Vendredi 14 décembre 2018

Quand le groupe Zéro faisait l'éloge de la table rase

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 novembre 2006 - 409 mots

S’il a été constitué à Düsseldorf en 1957 par Otto Piene, Heinz Mack et Günther Uecker, le groupe Zéro (« Nul » en allemand), qui se veut un forum ouvert à toutes les avant-gardes conceptuelles de cette époque, est bien plus qu’un simple groupe, c’est un réseau.

Un réseau transversal qui rassemble des artistes d’origines, de générations et de moyens d’expression très différents, tous réagissant contre l’art informel, la subjectivité émotionnelle et toute forme de réalisme. Il a ainsi rallié à sa cause des artistes comme Fontana, Kusama, Klein ou Tinguely mais aussi des Hollandais du groupe Nul, des Belges de G 58, des Italiens d’Azimuth ou encore des Japonais de Gutaï.

Désireux de sortir du mutisme de leur pays, sans pour autant « élever la voix », les artistes fondateurs de Zéro se sont notamment exprimés au travers d’une revue du même nom dans lequel ils ont publié leur manifeste. « Zéro est silence. Zéro est commencement. Zéro est rond. Zéro tourne. Zéro est la lune. Le soleil est Zéro. Zéro est blanc… » Suit ainsi tout un lot de propositions élémentaires
qui innervent le groupe. Un manifeste qui avoue sa dette à Malevitch, dans cette volonté qu’ont les artistes de bien marquer leur indépendance et de s’affranchir du passé.

Soucieux de créer un nouveau langage plastique, les artistes du groupe exploitent dans leurs œuvres de nouveaux matériaux comme le feu, l’air, l’eau, la lumière ou la fumée, mais aussi certains issus de l’industrie comme des clous, des plaques métalliques ou des miroirs. Férus de technologie et d’expérimentations en tous genres, ils s’intéressent plus particulièrement au mouvement, à l’immatérialité et à l’énergie. En quête d’une « vision positive du monde et de l’être », comme le disait Mack, ils revendiquent une totale liberté et se refusent à toute adhésion idéologique.

Portés par le désir de révolutionner les structures de l’image et de la forme, ils en inventent de nouvelles privilégiant les modes de la série, de la monochromie, de l’installation, voire de l’action.
Peintures monochromes de Klein, objets/clous de Uecker, structures dynamiques de Mack, toiles lacérées de Fontana, sculptures animées de Tinguely, ballets de lumière de Piene sont ainsi au menu d’une exposition très éclectique qui documente avantageusement, et de façon prospective, la fortune critique de l’art contemporain des années 1950-1960.

« ZÉRO – Avant-garde internationale des années 1950-1960 », musée d’Art moderne, La Terrasse, Saint-Étienne (42), tél. 04 77 79 52 52, www.mam-st-etienne.fr, jusqu’au 15 janvier 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°585 du 1 novembre 2006, avec le titre suivant : Quand le groupe Zéro faisait l'éloge de la table rase

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