Dimanche 22 septembre 2019

Remagen (Allemagne)

Otto Piene et la fusion des éléments

Musée Arp - Jusqu’au 5 janvier 2020

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 28 août 2019 - 324 mots

Rien ne convient mieux pour mettre en valeur la soixantaine d’œuvres d’Otto Piene (1928-2014) que ces salles percées de verrières conçues par l’architecte américain Richard Meier.

Les peintures et les céramiques reçoivent sans limites ce qu’elles exigent pour exister, la pleine lumière. Il faut du temps pour appréhender le sens de pièces si différentes en tailles et en formes et comprendre les ressorts qui ont inspiré l’artiste allemand, d’autant plus que les titres ne sont ni explicites ni traduits au moins en anglais. Piene multipliait les approches conceptuelles et s’était consacré à la transmutation des substances, alliant le feu, l’air et la terre pour leur donner une dimension cosmique et quasi spirituelle. Il estimait que l’art devait servir le vivre ensemble et les progrès techniques. « Ce que les artistes peuvent apporter aux sciences est important, parce que cela a affaire avec les valeurs humaines fondamentales, avec l’éthique, avec une sorte d’unité de l’esprit et du corps », déclarait-il en 2006. Puissance, éloquence, sensualité, les mots favoris de Piene se concrétisent au long du parcours réparti sur deux étages. Les matières et les couleurs, inertes et plates de loin, gagnent en nuances et densité à mesure que le visiteur s’approche et qu’il saisit les jeux de structures entre la toile et l’argile ou les relais instaurés entre les glaçures et les dorures. Il est invité à les comparer aux reliefs et aux perforations des Concetti Spaziali de Lucio Fontana, un ancien de la période ZERO, et aux compositions poétiques de Sophie Taeuber-Arp présentées à côté. Gonflée à l’hélium, comme tombée de l’espace sidéral, une gigantesque copie de Paris Star a été arrimée à l’extérieur et fait éclater une gerbe de piquants blancs. Fondateur avec Heinz Mack du groupe ZERO, Otto Piene en 1966 célébra la fin de ce collectif d’artistes venus de tous les horizons dans cette curieuse gare néo-classique bâtie au bord du Rhin et inaugurée en 1858. Par chance, les trains s’y arrêtent toujours.

« Otto Piene, alchimiste et rêveur »,
Musée Arp, Bahnhof Rolandseck, Remagen, Allemagne, www.arpmuseum.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°726 du 1 septembre 2019, avec le titre suivant : Otto Piene et la fusion des éléments

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