Avant-garde

Repartir de Zéro

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 13 octobre 2015 - 452 mots

Le Stedelijk Museum d’Amsterdam, dont l’histoire est étroitement associée à Zéro, tente de cerner historiquement ce courant.

AMSTERDAM - Il paraît difficile de dater précisément Zéro, mais il est établi que ce courant émergea vers 1957 et dura l’espace d’une décennie. Ses deux principaux animateurs furent les artistes allemands Heinz Mack et Otto Piene, installés à Düsseldorf en Allemagne, qui était déjà une scène artistique très dynamique. Loin du pessimisme propre aux années de guerre et de reconstruction, Zéro entendait dessiner un futur pour l’art fait d’optimisme et de joyeuse énergie créatrice. La technologie, les matériaux modernes, l’attrait pour le cosmos ont fondé nombre de démarches alors reflétées dans la revue d’art Zéro et se retrouvent dans les œuvres associées à cette sensibilité.
Si Zéro est né de l’initiative de deux artistes allemands, l’exposition présentée au Stedelijk Museum d’Amsterdam rappelle son ancrage aux Pays-Bas : à sa plus grande époque, le musée d’art contemporain amstellodamois consacra ainsi deux grandes expositions à Zéro, dès 1962 puis en 1965, et, à la fin des années 1950, les artistes Armando, Jan Henderikse, Henk Peeters, Jan Schoonhoven et Herman de Vries fondèrent le « Nul Groep » aux Pays-Bas. L’exposition entend aussi souligner les ramifications de Zéro s’étendant dans toute l’Europe, en France, Belgique, Suisse, Italie, mais aussi au Japon. On retrouve ainsi une même formidable énergie créatrice dans les œuvres ou les performances d’artistes ici exposés tels qu’Yves Klein ou Yayoi Kusama, comme chez les nombreux artistes qui ont exploré les voies de l’art optique à l’image de Jesús Rafael Soto.

Un réseau distendu
D’une belle étendue, réunissant des œuvres remarquables, en particulier des sculptures de Lucio Fontana, Heinz Mack, François Morellet ou Günther Uecker, l’exposition pèche toutefois par l’ambiguïté qu’elle ne parvient pas à lever : Zéro fut-il un groupe au sens généralement retenu par l’histoire de l’art, qui évoque un ensemble d’intérêts communs et de collaborations – ou du moins de contacts –, ou le fait d’utiliser ce terme relève-t-il d’une appellation a minima pour simplement désigner, comme au sens statistique, divers individus non nécessairement proches ? Il faut rendre justice aux commissaires de ne pas systématiquement recourir au vocable de « groupe », préférant parfois parler de réseau. Ce terme, pourtant, peut sembler encore excessif. Ainsi, Yves Klein, très présent dans l’accrochage, au travers de Monochromes surtout, refusa-t-il de participer à l’exposition du Stedelijk en 1962 et, s’il fut exposé dans la manifestation de 1965, ce fut… à titre posthume. Il aurait mieux valu mettre en avant que, plus qu’une école, un groupe ou même un réseau, Zéro, si divers, si riche, fut un point de vue porté sur la création d’une époque foisonnante. Dont rend très bien compte en revanche l’actuelle exposition.

Zero : Let Us Explore the Stars

Jusqu’au 8 novembre, Stedelijk Museum, Museumplein 10, Amsterdam, www.stedelijk.nl, tlj 10h-18h, jeudi jusqu’à 20h, entrée 15 €.

Légende Photo :
Heinz Mack lors du tournage du film TELE-MACK, 1968 © Photo Edwin Braun

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°443 du 16 octobre 2015, avec le titre suivant : Repartir de Zéro

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