Océanie

« Made in tapa »

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · Le Journal des Arts

Le 10 décembre 2013 - 500 mots

Expression de l’identité océanienne, le « tapa », ou étoffe fabriquée à partir de l’écorce de l’arbre, s’exhibe dans tous ses états au Rautenstrauch-Joest-Museum de Cologne.

COLOGNE - Fabriqués à partir de l’écorce du banian, de l’arbre à pain ou du mûrier, les tapa ont fasciné très tôt les voyageurs européens « égarés » dans les régions exotiques des mers du Sud. Séduits par leur aspect décoratif, les capitaines au long cours roulaient ainsi dans leurs bagages ces « étoffes à dessins de Tahiti », comme on les appelait alors. Sans doute ignoraient-ils la valeur économique et sacrée de ces magnifiques panneaux en écorce battue, dont certains mesuraient parfois plus de cent mètres de long !

Tissant un dialogue entre regard occidental et océanien, confrontant pièces anciennes et art contemporain, l’exposition organisée par le Rautenstrauch-Joest-Museum à Cologne est donc suffisamment originale pour que l’on fasse le voyage. Des masques rituels d’initiation de Papouasie-Nouvelle-Guinée aux cloisons de maison des îles Fidji, en passant par les compositions oniriques du lac Sentani (si prisées par Breton et ses amis surréalistes !), ces « morceaux de mémoire » reflètent toute la diversité des mondes polynésien et mélanésien : poussière d’îles parlant une kyrielle de dialectes et de langages artistiques.

Sorties exceptionnellement des réserves des musées de Cologne, de Bâle, mais aussi de Wellington (Nouvelle-Zélande) et de Sydney (Australie), quelque 250 tapa éblouissent ainsi par leur fraîcheur et leur audace. Car comment ne pas songer à Matisse et ses papiers découpés face à ces symphonies végétales flottant dans l’espace ? Et comment ne pas évoquer Paul Klee face aux compositions en damiers des îles Salomon ?

De la naissance au deuil
Au-delà de ces affinités esthétiques, cependant, il convient de ne jamais oublier la dimension symbolique et rituelle du tapa océanien. En Polynésie, aucune présentation de cadeaux n’était complète sans l’exhibition d’une de ces pièces de prestige. Leur fabrication relevait, en général, du domaine féminin, même si c’était les hommes qui plantaient les arbres dont on extrayait les écorces. Bien plus qu’un simple vêtement, le tapa révélait le rang, la valeur et la richesse. Mais il enveloppait aussi les sculptures et les masques, servait de linceul lors des cérémonies funéraires. C’était aussi un formidable marqueur ethnique, véhiculant les motifs décoratifs propres à chaque région, à chaque communauté. Enfin, les pièces les plus remarquables servaient de monnaie d’échange et scandaient les moments les plus importants de la vie : la naissance, l’initiation, le mariage, le deuil…

C’est donc habités de toute cette mémoire collective que les jeunes plasticiens océaniens expérimentent, avec plus ou moins de bonheur, la technique ancestrale du tapa. Certains d’entre eux, tels John Pule, Timothy Akis ou David Lasisi, ont désormais les honneurs des biennales d’art contemporain…

Made in Oceania : Tapa. Art et paysages sociétaux,

jusqu’au 27 avril 2014, Rautenstrauch-Joest-Museum-Cultures du Monde, Cäcilienstrasse 29-33, Cologne, tél. 49 221/221-31356, tlj sauf lundi, du mardi au dimanche 10h-18h, jeudi jusqu’à 20h, www.made-in-oceania.com. Catalogue bilingue allemand/anglais, éditions Nünnerich-Asmus Verlag (Mainz), 250 p., 96 ill., 29,90 €.

Légende photo

Affiche de l'exposition au Rautenstrauch-Joest-Museum de Cologne

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°403 du 13 décembre 2013, avec le titre suivant : « Made in tapa »

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