Arts premiers

L’Afrique et l’Océanie sous le feu des enchères

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 5 juin 2013 - 886 mots

Sotheby’s et Christie’s France misent à la fois sur des collections prestigieuses, des provenances irréprochables et des découvertes ou redécouvertes.

PARIS - La session parisienne des ventes d’arts d’Afrique et d’Océanie débute chez Sotheby’s le 18 juin « avec une vacation extrêmement riche, et beaucoup de découvertes », affirme Marguerite de Sabran, expert de la maison de ventes. Françoise et Jean Corlay ont pu réunir une collection stupéfiante largement orientée sur des objets du Congo mais aussi d’Afrique de l’Ouest.
Les objets du Congo comprennent un corpus de huit statues Songye, dont l’une des plus grandes existantes, rarissime, est une statue janiforme [à deux têtes] (ancienne collection Anspach), estimée 350 000 à 500 000 euros. D’Afrique de l’Ouest, sont proposées quelques statues Dogon du Mali, mais surtout des objets du Nigeria, telle cette statue Idoma (est. 80 000 à 120 000 euros) à l’allure monumentale, proche de la statue assise du Musée du quai Branly. Si ces collectionneurs avaient un goût prononcé pour la statuaire puissante, ils aimaient aussi les petits objets, à l’image de ce sifflet Mbuun en ivoire, Congo (est. 20 000 à 30 000 euros).

« Un bijou par sa facture »
Parmi les 70 lots provenant de divers amateurs, figure une coupe royale agere ifa, Yorouba du Nigeria, datée au carbone 14 du XVIIIe siècle, issue de la collection Borro. « C’est un chef-d’œuvre absolu de l’art africain, seule coupe connue à iconographie royale. Un bijou par sa facture », jubile Marguerite de Sabran. Elle est estimée environ 1 million d’euros : « un vrai prix ; le collectionneur est gourmand, mais elle est vraiment très belle », commente le spécialiste Alain de Monbrison. Quatre objets de la très confidentielle collection J. H. W. Verschure sont mis en vente, tel cet appuie-tête Songye, véritable redécouverte puisque Sotheby’s a retrouvé une publication de 1892 qui permet enfin de connaître l’histoire de son « frère », conservé au pavillon des Sessions du Louvre (est. 120 000 à 180 000 euros). Toujours issu de cette collection, un très beau pendentif en or Baulé, Côte d’Ivoire, à trois personnages, estimé 20 000 à 30 000 euros. Le collectionneur en parlait comme « l’œuvre la plus belle de [s]a collection ! ». Autre redécouverte, un masque Baoulé, d’une forme très peu connue, vient de la collection Frank Crowninshield (est. 120 000 à 180 000 euros).
Christie’s met les bouchées doubles par rapport à l’an dernier et tente de se hisser au niveau de Sotheby’s. Elle présente 132 lots pour une estimation de 5 à 7,7 millions d’euros. Vendus séparément, 15 lots de la collection Jolika, des œuvres de Nouvelle-Guinée, proviennent des Fine Arts Museums de San Francisco. L’œuvre la plus remarquable en est une figure faîtière cérémonielle Biwat, région du Bas-Sépik (est. 750 000 à 1 million d’euros). « C’est un objet d’une extrême rareté ; une dizaine seulement sont connus, la plupart sont dans des musées. De ceux qui sont encore en mains privées, celui-ci est un des plus beaux et certainement un des plus anciens », affirme Charles Hourdé, spécialiste chez Christie’s. Et, provenant également de la région du Sépik, un crochet rituel daté au carbone 14 de 1640-1820 est estimé 250 000 à 350 000 euros (ancienne collection Hélène Leloup).

« De véritables chefs-d’œuvre pour une somme raisonnable »
La deuxième partie de la vente de Christie’s met à l’honneur diverses collections d’amateurs, ainsi la collection Céleste et Armand Bartos à laquelle appartient un magnifique serpent Baga, Guinée, icône de l’art africain. D’une superbe polychromie et d’un équilibre parfait entre courbes et contre-courbes, il a été collecté par Hélène Leloup en 1957 (est. 800 000 à 1,2 million d’euros). De cette même collection, une tête de reliquaire Fang du Gabon (est. 300 000 à 500 000 euros) constitue une véritable redécouverte puisque sa trace était perdue depuis près de quatre-vingts ans. Selon les termes du spécialiste Louis Perrois dans sa notice, c’est « une œuvre exceptionnelle et rare, à la fois intimiste et expressive, archétype des têtes à coiffe tressée ».
D’après Alain de Monbrison, « les prix sont tout à fait raisonnables. Il y aura toujours des objets ravalés : ce n’est pas nécessairement que les estimations sont hautes, c’est juste que c’est un petit marché ».
Ces ventes vont être l’occasion de faire un bilan sur ce marché extrêmement soutenu jusqu’à présent, dans lequel « de nouveaux collectionneurs ont émergé. Ils se concentrent sur le remarquable, regroupant les critères esthétiques, la rareté et la provenance », souligne Marguerite de Sabran. « Ils se rendent compte qu’il est possible d’acheter de véritables chefs-d’œuvre pour une somme relativement raisonnable », confirme Charles Hourdé.

Sotheby’s, le 18 juin

Expert : Marguerite de Sabran
Estimation : 5,5 à 7,5 millions d’€
Nombre de lots : 120

Arts d’afrique et d’océanie, le 18 juin à 16 heures, Sotheby’s, 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris, tél. 01 53 05 53 05, www.sothebys.com ; expositions publiques : le 14 juin, 10h-20h, le 15 et 17 juin, 10h-18h.

Christie’s, le 19 juin

Expert : Charles Hourdé
Estimation : 5 à 7,7 millions d’€
Nombre de lots : 132
Arts d’afrique et d’océanie, le 19 juin à 16 heures, Christie’s, 9, av. Matignon 75008 Paris, tél. 01 40 76 85 85, www.christies.com; expositions publiques : du 15 au 18 juin, 10h-18h, le 19 juin, 10h-14h.

Légende photo

Coupe royale, Agere ifa, Yoruba, Nigéria, XVIIIe siècle, bois, estimation : 1 000 000 euros, vente du 18 juin, Sotheby’s, Paris. Photo www.sothebys.com 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°393 du 7 juin 2013, avec le titre suivant : L’Afrique et l’Océanie sous le feu des enchères

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