Mercredi 6 juillet 2022

Art contemporain - Exposition

XXE-XXIE SIÈCLE

Le Tours des artistes portugaises

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 13 juin 2022 - 632 mots

TOURS

Le CCC OD présente un panorama de la création féminine portugaise, du début du siècle dernier à nos jours, en la contextualisant et en accordant une place notable à chaque artiste.

Vue de l'exposition "Tout ce que je veux. Artistes portugaises de 1900 à 2020" au CCC-OD de Tours. © François Fernandez
Vue de l'exposition "Tout ce que je veux. Artistes portugaises de 1900 à 2020" au CCC-OD de Tours.
© François Fernandez

Tours. À l’évocation de l’exposition « Tout ce que je veux. Artistes portugaises de 1900 à 2020 », présentée au CCC OD (Centre de création contemporaine Olivier-Debré) à Tours dans le cadre de la Saison croisée France-Portugal, la question qui vient immédiatement à l’esprit est la suivante : pourquoi les artistes portugaises à Tours ?

La réponse est donnée par Benjamin Weil, directeur du Centre d’art moderne de la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne (partenaire de la Saison) : il rappelle que la transformation très réussie de l’ancienne école des beaux-arts en Centre de création contemporaine, inauguré en 2017, a été réalisée par le cabinet d’architectes portugais des frères Manuel et Francisco Aires Mateus. Et signale en outre la présence d’« une communauté portugaise importante dans la ville et dans la région ». Soit.

Le visiteur se rend cependant rapidement compte que le sujet (placé sous le commissariat d’Helena de Freitas et Bruno Marchand), qui s’inscrit dans les thématiques du moment, se justifie pleinement. C’est d’une part la première fois qu’un regard est ainsi posé sur l’art portugais, faisant apparaître une scène artistique féminine indéniablement importante tout au long du siècle, ce qui n’est pas une mince affaire. D’autre part, un certain nombre de ces femmes ont joué, par leurs prises de position et leur regard, un rôle significatif dans l’histoire artistique mais aussi politique de leur pays.

Enfin, la sélection proposée, composée de quarante artistes, permet de découvrir la face cachée d’un iceberg dont on connaît vaguement la partie émergée (Lourdes Castro [1930- 2022], Paula Rego née en 1935, Ana Vidigal, en 1960) et surtout la pointe, avec Joana Vasconcelos (née en 1971) et Maria Helena Vieira da Silva. Cette dernière, née à Lisbonne en 1908, est morte en 1992 à Paris, où elle était venue s’installer dès 1928 avant d’y épouser deux ans plus tard le peintre hongrois Arpad Szenes et d’être naturalisée française en 1956.

C’est d’ailleurs par Vieira da Silva (souvent assimilée à l’école de Paris et représentée par la galerie Jeanne Bucher depuis 1937 !) que le parcours de Tours commence, mais ceci, non pas, de façon étonnante, avec l’une de ses toiles emblématiques, caractérisées par des jeux de perspectives dans des compositions en mosaïque labyrinthiques, mais par une merveilleuse petite toile figurative, peu connue, intitulée Moi, réfléchissant sur la peinture, datée de 1936-1937 et montrant l’artiste de profil de façon très stylisée [voir ill.]. Elle est suivie, de la même artiste et dans un même registre figuratif, par quelques jolies surprises comme La Cheminée (1930) ou L’Échelle (1937).

De salles noires en salles blanches, le parcours est divisé en une quinzaine de sections, telles « La place de l’artiste », « Le regard et le miroir », « L’espace de l’écriture », « Le politique », « Mémoires collectives », « Féminin pluriel » où l’on croise les œuvres de Rosa Carvalho, Sarah Affonso, Ana Hatherly, Graça Morais, Filipa César, Marie José Aguiar. Par moments un peu confus, en raison de la configuration des cimaises, l’ensemble propose néanmoins de fructueux dialogues entre des générations différentes, de l’artiste la plus ancienne et classique Aurélia de Sousa (1866-1922) à la jeune Sonia Almeida (née en 1978). Il permet, avec la présentation de plusieurs œuvres par artiste, de mieux entrevoir la démarche personnelle de chacune et témoigne de la diversité des disciplines pratiquées (peinture, photographie, sculpture, installation, vidéo…). Mais aussi de la grande variété des propositions qui vont des tableaux assez pop de Lourdes Castro aux sculptures pour le moins érotiques de Patrícia Garrido en passant par les pièces plus conceptuelles de Fernanda Fragateiro ou les belles toiles évoquant des sous-bois de Maria Capelo (née en 1970, [voir ill.]), l’une des révélations de cette sélection.

Tout ce que je veux. Artistes portugaises de 1900 à 2020,
jusqu’au 4 septembre, Centre de création contemporaine Olivier-Debré, jardin François-Ier, 37000 Tours.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°591 du 10 juin 2022, avec le titre suivant : Le Tours des artistes portugaises

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