Mercredi 22 septembre 2021

Histoire

XIXE SIÈCLE

La légende dorée de Napoléon Bonaparte

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 15 septembre 2021 - 816 mots

Artistes, écrivains, musiciens et colporteurs ont entretenu le souvenir napoléonien pendant tout le siècle qui a suivi la mort de l’Empereur. Jusqu’à ce que le cinéma s’empare de la légende.

Ajaccio (Corse-du-Sud). Dans la ville qui s’enorgueillit du qualificatif d’« impériale » parce que le futur empereur y est né, le Palais Fesch-Musée des beaux-arts commémore le bicentenaire de la mort de Napoléon en interrogeant sa légende. Les salles d’exposition sont petites, mais cela n’a pas empêché les commissaires, Philippe Costamagna, Maria Teresa Caracciolo, Philippe Perfettini et Jean-Pierre Mattei d’y installer plus de 200 œuvres (sans cartels développés mais commentées dans un catalogue exemplaire), avec une densité rappelant les appartements du XIXe siècle où les tableaux étaient collés les uns aux autres. Des objets importants pour l’histoire de l’art en côtoient d’autres plus anecdotiques ou qui témoignent d’une dévotion touchante – dont certains provenant de l’entourage du souverain.

Une légende aux différentes facettes

Le visiteur comprend, dès l’espace d’introduction, que la légende de Napoléon présente plusieurs courants. L’un est évoqué par une affiche du film Napoléon (1927) d’Abel Gance, la seule subsistant de celles qui représentaient l’épisode dit de « La Marseillaise ». C’est le Bonaparte révolutionnaire qui apparaît dans cette partie du film, celui qu’honora la Troisième République. L’affiche annonce aussi la place donnée dans l’exposition aux films muets sélectionnés par le président fondateur de la Cinémathèque de Corse, Jean-Pierre Mattei.

En face, le tableau Désolation des Océanides au pied du roc où Prométhée est enchaîné (1850), d’Henri Lehmann, présente le voleur de feu auquel fut assimilé l’Empereur par les romantiques et notamment Byron : un idéaliste, puni par les représentants du conservatisme pour avoir voulu apporter la liberté et le progrès social et politique aux Européens, image promue par l’intéressé lui-même à la fin de sa vie. Enfin, un plâtre du Portrait en buste de Bonaparte (1802-1803) d’Antonio Canova appartenait au cardinal Fesch, oncle de Napoléon. Alors Premier consul, celui-ci avait invité le prestigieux artiste italien à faire son portrait. Le plâtre d’Ajaccio est peut-être le premier jet de cette sculpture, car il porte la mention « non finito ». Ainsi, ce buste évoque à la fois la politique d’autopromotion de Napoléon Bonaparte et le rôle de sa famille dans la commande ou l’acquisition d’œuvres d’art et donc dans la transmission de la légende. Napoléon III a été particulièrement actif dans ce domaine et on peut admirer plus loin le grand tableau Bonaparte franchissant le col du Grand Saint-Bernard (1853), d’Adolphe Yvon, qui lui appartenait.

Nombreux prêts d’œuvres, objets et documents

Une cinquantaine de musées nationaux et régionaux français et étrangers, des collectionneurs et des galeries ont été sollicités pour le prêt d’œuvres et de documents qui viennent compléter les collections de la Ville d’Ajaccio, régulièrement enrichies. Cette année par exemple, le musée a acheté une version de la sculpture de Vincenzo Vela intitulée Les Derniers Instants de Napoléon à Sainte-Hélène (1873). C’est l’une des trois réductions en marbre autographes connues, celle qui était destinée au vieux poète Alessandro Manzoni, qui, apprenant la mort de l’Empereur, avait composé la célèbre ode du « Cinq mai ». Les hommes de lettres qui ont contribué à construire la légende napoléonienne – parmi lesquels Hugo, Goethe, Byron ou le chansonnier Béranger – sont réunis dans une salle au côté des musiciens qu’il a inspirés, Beethoven ou Berlioz par exemple. Les objets ne sont pas oubliés : assiettes du célèbre service de table de Sèvres commandé par l’Empereur en souvenir de l’expédition d’Égypte, mais aussi statuettes ou petites porcelaines que les colporteurs vendaient aux familles des anciens grognards, boutons d’habit ornés de gravures des batailles napoléoniennes, mouchoirs de cou, tabatières, etc. Une grande place est donnée à l’estampe qui fut le média de la légende auprès du grand public – légende noire, lorsqu’il s’agit de Francisco de Goya. Si les images d’Épinal ne sont abordées qu’à travers une plaque de faïence inspirée par l’une d’elles, les lithographies originales d’Auguste Raffet et les gravures interprétant des œuvres d’Horace Vernet ou de Charles Steuben racontent l’engouement pour ces feuilles.

De la vie à la mort, de l’Histoire à l’intimité

Aujourd’hui méconnu, Steuben, qui a peint de nombreux épisodes de la vie de l’Empereur, de ses batailles à son lit de mort, est de ceux qui ont aussi abordé son intimité : Napoléon et le roi de Rome (1841), où l’on voit le père au travail avec son fils endormi sur ses genoux, appartient à la légende rose tout comme l’estampe Les Premiers Pas du roi de Rome (1900) d’après Jules Girardet. Le général intrépide qui s’attendrissait devant les enfants connaissait aussi des périodes de désarroi que les artistes ont parfois perçues. C’est le cas d’Auguste Rodin dans son plâtre Portrait de Napoléon (vers 1904,) exposé en toute fin de l’exposition des œuvres d’art. Mais c’est un Bonaparte incandescent, dans la scène du départ d’Ajaccio du Napoléon d’Abel Gance, qui clôt la présentation des films que l’Empereur a inspirés.

Napoléon, Légendes,
jusqu’au 4 octobre, Palais Fesch-Musée des beaux-arts, 50, rue Fesch, 20000 Ajaccio.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°573 du 17 septembre 2021, avec le titre suivant : La légende dorée de Napoléon Bonaparte

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