Directeur de la Villa Noailles

Jean-Pierre Blanc : « Le design se rapproche des savoir-faire »

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 2015 - 755 mots

Quel est le budget de fonctionnement de la Villa Noailles et comment est-il financé ?
La Villa Noailles est un centre d’art. Notre budget est de 2 millions d’euros par an, constitué à 50 % de fonds publics et à 50 % de fonds privés. Côté public, la communauté d’agglomération Toulon-Provence-Méditerranée nous finance à hauteur de 40 % environ, le reste étant partagé entre État, région, département et ville. Comparé à celui d’autres structures du milieu des arts plastiques, notre budget peut, certes, paraître conséquent. Mais nous produisons beaucoup chaque année, entre autres : trois défilés, dix expositions et cent personnes invitées pour le Festival de mode et de photographie, et une dizaine d’expositions pour le Festival Design Parade. Je passe 80 % de mon temps à chercher de l’argent!

Quel est le budget du Festival Design Parade ?

250 000 euros, un financement également moitié public moitié privé.

Comment est né ce festival ?
Le Festival Design Parade découle directement du Festival de mode et de photographie que nous avons créé en 1986 et fonctionne sur le même principe : la découverte des futurs talents. Il fête, cette année, sa dixième édition, mais avant qu’il ne devienne une manifestation annuelle, à partir de 2006, nous organisions déjà des expositions dédiées au design. La première, une monographie sur Christian Astuguevieille, a eu lieu en 1996. Puis, nous avons eu Marc Newson, les Radi Designers, les frères Bouroullec ou la collection Design du Fonds national d’art contemporain.

Quelle est la spécificité de ce festival ?
Nous sommes, en France, l’un des premiers concours publics pour accompagner les jeunes designers. Cela crée une forte motivation dans les écoles, notamment parce que les dotations sont conséquentes. Il n’est pas donné à tout le monde, étudiant ou jeune designer, d’avoir la possibilité de passer un an à concevoir des pièces à la manufacture de céramique de Sèvres et au Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques, à Marseille, ou de décrocher une bourse de 5 000 euros de la galerie parisienne Kreo pour réaliser un projet libre.

Comment le Festival Design Parade s’inscrit-il dans la politique de design en France ?
Je n’ai pas l’impression d’être intégré dans une politique nationale de design. D’ailleurs, sur le fond, je ne sais pas si cela serait souhaitable. Je pense, en revanche, que nous sommes un soutien à la jeune création et au secteur. Grâce à nos divers prix, nous apportons de la visibilité à de jeunes designers. Nous accueillons 25 000 visiteurs par an, avec un grand effort de médiation auprès du public. À cela, s’ajoutent des ateliers organisés à l’année pour les écoliers, à la fois dans et hors temps scolaire. Bref, nous pouvons espérer que ce tout contribue à la culture générale liée au design en France.

Avez-vous tissé un réseau hors les murs ?
Oui. Nous avons récemment participé à la mise en place d’une formation en design au lycée Rouvière, à Toulon, pour des classes de première et de terminale. Au lycée Jean Aicard, à Hyères, nous travaillons, avec la ville, à la création d’un BTS-Mode. Avec l’École supérieure d’art et de design de Toulon, nous avons mis en place une convention avec deux enseignants en design, le designer Antoine Boudin et l’artiste Olivier Millagou. Leurs étudiants viennent deux fois par semaine travailler à Hyères, dans l’atelier de prototypage que nous avons ouvert, l’an dernier, dans le château Saint-Pierre.

Quelles sont, selon vous, les grandes tendances du design aujourd’hui ?
La première tendance que j’ai identifiée est le souhait de la profession de se rapprocher davantage des savoir-faire. Ensuite, chez les jeunes designers, j’ai remarqué une grande capacité pour l’autoproduction. Je trouve d’ailleurs très intelligent et très dynamique de pouvoir se prendre en charge de cette manière. Je perçois, enfin, un renouveau de la décoration intérieure au sens large. C’est pourquoi nous avons décidé de lancer, l’année prochaine, au moment du Festival Design Parade, mais à Toulon cette fois, une nouvelle manifestation basée autour de l’aménagement intérieur : le Festival international architecture d’intérieur Design Parade Toulon.

Avez-vous un regret concernant le Festival Design Parade ?
Oui, celui de ne pas être soutenu par l’industrie. Le Groupe Seb a été présent, au début, avec un Prix du design. Cela a duré quatre ans : 2007-2010. Or, certaines recherches de ces jeunes designers sont très intéressantes. Je peux montrer leurs projets, en revanche je ne peux pas pousser les choses jusqu’à une éventuelle industrialisation. C’est aux industriels de venir faire leur marché ou, au moins, de se montrer plus réactifs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°440 du 4 septembre 2015, avec le titre suivant : Jean-Pierre Blanc : « Le design se rapproche des savoir-faire »

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