Vendredi 21 février 2020

Festival

À Hyères, le design parade au ralenti

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 2015 - 808 mots

La 10e édition du festival de la Villa Noailles présente des expositions
de qualité très variable, sans grande cohérence.

HYERES - Drôle de manière d’inaugurer une exposition, début juillet, que de glisser, en guise de discours d’ouverture, quelques couplets tirés d’une mélodie chantée par France Gall : Résiste. On se dit que tout ne va pas pour le mieux dans la meilleure des demeures possibles : la Villa Noailles, à Hyères, centre d’art dans lequel se déroulent deux festivals importants de l’Hexagone, celui de la mode et de la photographie, en avril, et celui du design, tout l’été. Sourdent, en filigrane, quelques rapports complexes avec la municipalité et une baisse des finances : « Pour la première fois de notre existence, notre budget global est, en 2015, en baisse de 100 000 euros », glisse Jean-Pierre Blanc, directeur du lieu (lire l’entretien ci-dessous). Dont acte.

Du neuf avec du vieux
Le fait est que ce Festival Design Parade 2015 qui fête ses 10 ans semble, lui, accuser le coup, avec une programmation décousue et faiblarde. À commencer par Design Parade, dix ans de création, séries de dessins plaqués sur un coin de mur, sans cartels ni trompettes, censés illustrer un designer-lauréat par édition. Pis, en face, façon « écomusée » avec machine traditionnelle à l’appui, se déploie une présentation intitulée « Liège du Var » montrant les qualités de ce matériau local et déplorant son sous-emploi. Sauf qu’il est difficile de discerner quelque piste contemporaine parmi les maigres propositions exhibées. Même l’annuelle exposition dite « historique » (conçue à partir des archives de Marie Laure de Noailles) tourne un peu en rond. Certains des vingt-quatre  scrapbooks de la vicomtesse présentés dans le salon rose sont certes séduisants, mais peut-on « épuiser » à ce point des archives sans finir par émousser le propos ?

À l’étage, la designer Laura Couto Rosado, Grand Prix du Jury 2014, a, elle, automatiquement eu droit à une exposition monographique. Or, les doutes émis l’an passé sur son travail (lire le JdA n° 419) ne se dissipent pas à la vue de sa présentation 2015. Notamment avec cette série de « Vases en puissance » élaborés au Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques, à Marseille, dont l’utilisateur doit lui-même briser le col à l’aide d’un fil électrique chauffant, afin de pouvoir jouir de l’objet fini. Une vraie « usine à gaz » ! Enfin, à l’Espace d’art Le Moulin, à La Valette-du-Var, l’exposition « Double Play ! » concoctée par Mathieu Peyroulet-Ghilini et Laureline Galliot, deux anciens lauréats de Design Parade 2013, est, elle, carrément une reprise de leurs présentations respectives de l’an passé dans la Villa Noailles intramuros. Bref, rien de nouveau… hormis pour ceux qui auraient raté l’édition 2014.

Propositions inégales
Quelques expositions remontent le niveau. Le président du jury ayant droit, chaque année, à tous les honneurs, en l’occurrence une vaste présentation monographique, c’est cette année le designer Pierre Charpin, qui propose « Villégiature » – quarante objets et trente dessins –, exposition en deux temps. Dans la Piscine, il installe une « île » de meubles et d’objets « à poser sur un plan horizontal » que le visiteur contemple en tournant autour, sans véritablement y accoster. Et dans la Salle de squash, un splendide accrochage mêlant quelques pièces « à fixer sur un plan vertical » et une flopée de dessins remarquables. Non loin, la Manufacture de Sèvres expose les recherches d’anciens lauréats, dont les énigmatiques miroirs émaillés argent de Franck Fontana et Sébastien Cordoleani, ou des plats et des coupes signées Michel Charlot. À la Tour des Templiers, sise dans le centre historique d’Hyères, le designer Fabien Cappello, diplômé, en 2009, du Royal College of Art de Londres, montre en solo ses travaux : des poignées de porte en marbre aussi belles que des bijoux, une chaise au dossier en forme de panier et du mobilier urbain sobre et néanmoins parfaitement identifiable.

Au sous-sol de la Villa Noailles, sont présentées les propositions des dix jeunes designers en compétition. Le travail conséquent du Français Samy Rio sur le bambou, dont il a fait des sèche-cheveux et des enceintes, lui a permis de remporter le Grand Prix du Jury 2015. Le duo germano-helvète Max Frommeld et Arno Mathies a, lui, décroché une Mention spéciale pour une astucieuse luge pliable, en passe d’être commercialisée d’ici à la fin de l’année. Le Prix du public, lui, revient au Français Christophe Machet, en particulier pour un travail autour du recyclage réalisé au Burkina Faso.
Le déséquilibre criant entre les diverses expositions fait que le Festival Design Parade a du mal, cette année particulièrement, à afficher un propos fort et pose dès lors une question du fond : l’absence assumée d’une thématique commune – et, a fortiori, d’un commissariat général – ne joue-t-elle pas, au final, en sa défaveur ?

10e Festival Design Parade, expositions visibles jusqu’au 27 septembre, Villa Noailles, montée Noailles, 83400 Hyères, tél. : 04 98 08 01 98. Le programme complet est disponible sur : www.villanoailles-hyeres.com.

Légende photo
Max Frommeld et Arno Mathies, Folding Sled, 2014, projet lauréat de la Mention spéciale du jury, Design Parade, Hyères. © Photo : Lothaire Hucki/Villa Noailles.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°440 du 4 septembre 2015, avec le titre suivant : À Hyères, le design parade au ralenti

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