Lundi 17 décembre 2018

Design

Industriel et démocratique

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 3 janvier 2017 - 663 mots

Le Danois Knud Holscher, exposé à la Maison du Danemark, a contribué à forger un ingénieux design du quotidien.

PARIS - Il est, certes, moins connu que ses glorieux prédécesseurs Finn Jules et Hans Wegner, voire de ses contemporains Verner Panton ou Poul Kjaerholm, dont il était l’ami. Pourtant, Knud Holscher, 86 ans, a hautement contribué à la renommée du design scandinave et plus particulièrement danois. C’est ce que montre cette exposition intitulée « Knud Holscher, design au quotidien » déployée à la Maison du Danemark, à Paris.

Né en 1930 à Rødby (Danemark) et diplômé, en 1957, de l’Académie royale danoise des beaux-arts, Knud Holscher débute comme architecte dans l’agence du célèbre Danois Arne Jacobsen (1902-1971), pour lequel il suit notamment la construction d’un nouvel édifice pour le St Catherine’s College, à Oxford (Angleterre). Dès 1964, il obtient la reconnaissance avec son projet pour le vaste complexe de l’université d’Odense (Danemark). L’exposition montre des bribes, seulement une maquette et une photographie, de ces bâtiments innovants conçus à l’aide d’une myriade de modules en acier Corten. On reste évidemment sur sa faim, comme c’est le cas pour les quelques projets de la section « architecture », en particulier la propre maison de l’architecte, construite à Holte, en 1972, rigoureuse construction cernée par deux hauts murs parallèles tout en offrant, à l’intérieur, une belle liberté spatiale.

Design industriel froid et épuré
La section « design », elle, est autrement plus fournie. Car l’homme n’est pas seulement architecte, mais se révèle être un designer industriel de premier ordre, a fortiori lorsqu’en 1995 il fonde sa propre entreprise, la Knud Holscher Design. La firme œuvre tous azimuts : de la poussette au stylo, du mobilier d’intérieur aux luminaires, de la poignée de porte aux sanitaires, du mobilier urbain aux arts de la table. Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, tous les objets ici présentés sont disposés sur une série de tables également dessinées par Knud Holscher. Particulièrement influencée par l’architecte allemand Mies van der Rohe – et son fameux adage « Less is more » – et par les préceptes prônés par l’école d’Ulm (la Hochschule für Gestaltung), en Allemagne, sa production est d’une précision froide, sans fioritures.

De son père plombier, il « hérite » notamment d’un matériau emblématique : le tube métallique. Ledit profil apparaît en filigrane dans nombre de ses créations, à commencer par la gamme « D-Line », série de plus de cent éléments permettant, tel un jeu de construction, de concevoir une flopée d’objets, du porte-serviettes au support de rouleau de papier toilette. Ce « design du quotidien », Knud Holscher en fera son cheval de bataille, témoignant d’un esprit démocratique engagé : « Nous avons au Danemark une tradition de design pour les gens ordinaires. Lorsque quelqu’un me demandait de faire du design pour un autre segment de marché, je répondais toujours que ce n’était pas possible, raconte-t-il. Je ne peux dessiner que des choses que j’aime. Et donc pour des gens tout à fait ordinaires. J’ai été élevé dans l’idée qu’on fait du design pour le quotidien de Monsieur Tout-le-Monde. » D’où, par exemple, cette collaboration au long cours, quarante années durant, dont il n’est pas peu fier, avec le fabricant de sanitaires suédois LFÖ.

Sa production est truffée de détails quasi invisibles mais fort utiles. Las de voir des taches d’encre sur les poches de chemise, il invente un stylo qui ne peut s’accrocher qu’une fois la bille rentrée. Pour la société Seed, il conçoit une judicieuse poussette compacte, dont l’épaisseur, une fois repliée, n’excède pas une dizaine de centimètres. Enfin, pour le groupe Grundfos, il imagine une grille d’arbre en fonte circulaire, dont les éléments concentriques se retirent au fur et à mesure que le tronc s’élargit.
À ne pas manquer, un court-métrage sous forme de portrait évoque, en trois minutes, la chaleur humaine du personnage.

KNUD HOLSCHER

Commissariat : La galerie Anders Petersen Collection & Craft, à Copenhague, associée à la Maison du Danemark

KNUD HOLSCHER, DESIGN AU QUOTIDIEN

Jusqu’au 26 février, Maison du Danemark, 142, avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris, www.maisondudanemark.dk, tlj sauf lundi, du mardi au vendredi 13h-19h, we et jf 13h-18h, entrée libre.

Légende Photo :
Jean-Michel Othoniel, Ejnar Pedersen et Knud Holscher en montage de l'Avant-dernière chaise. © Photo : Line Klein.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°470 du 6 janvier 2017, avec le titre suivant : Industriel et démocratique

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