Dimanche 25 juillet 2021

Art contemporain

Damien Hirst, dans sa période cerisiers en fleurs

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 23 juillet 2021 - 640 mots

PARIS

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la nouvelle série du trublion anglais, qui marque son retour à la peinture.

Damien Hirst, The Triumph of Death Blossom, 2018, huile sur toile, 549 × 732 cm. © Photo Prudence Cuming Associates. © Damien Hirst and Science Ltd.
Damien Hirst, The Triumph of Death Blossom, 2018, huile sur toile, 549 × 732 cm.
© Photo Prudence Cuming Associates. © Damien Hirst and Science Ltd.

Paris. Il y a le Damien Hirst des images choc, animaux morts conservés dans du formol pour la série « Natural History », ou armoires à pharmacie remplies d’emballages de médicaments, des « Medicine Cabinets » aux « Pill Cabinets » actuellement exposés à la galerie Gagosian, à Paris. C’est le Young British Artist des années 1990, dont le sens de la provocation visuelle a séduit le publicitaire et galeriste Charles Saatchi. Et puis il y a le Damien Hirst controversé, du moulage d’un crâne humain incrusté de diamants et de ses dents d’origine (For the Love of God, 2007) à une installation tournant au massacre de papillons lors de sa rétrospective à la Tate Modern en 2012 (In And Out of Love). Celui pour lequel les expositions ressemblent parfois à des superproductions hollywoodiennes, comme celle qui se tint au Palazzo Grassi et à la Pointe de la Douane, à Venise, en 2017 (« Treasures from the Wreck of the Unbelievable »). Enfin il y a l’artiste qui régulièrement revient à la peinture. C’est celui que met en avant la Fondation Cartier pour l’art contemporain, laquelle s’offre ainsi d’être la première institution française à consacrer une exposition monographique au quinquagénaire. « Cerisiers en fleurs » doit son titre, qui sonne comme un pastiche, à une série dont sont issues les trente toiles rassemblées.

De son propre aveu, lorsqu’il peint ses premiers tableaux au début de sa carrière, Hirst fut « totalement dépassé par la couleur ». ll imagine alors les « Spot Paintings », gros points colorés évoquant un échantillonnage industriel, strictement alignés sur un fond blanc selon un agencement géométrique remixant Mondrian et art mécanique. Suivent les « Spin Paintings », où la peinture est projetée sur le châssis dans un mouvement centrifuge pour un effet d’éclaboussement implosif. Procédé efficace que Hirst lui-même qualifiera d’enfantin. Il y a en effet un côté régressif revendiqué dans les « Visual Candy » que peint l’artiste, prenant au pied de la lettre la critique de superficialité qui lui est faite, à laquelle semble directement répondre le patchwork malhabile de rose fuchsia et d’orangés pâteux de Super Silly Fun (1993). Le ton qu’il adopte ensuite se veut cependant plus sérieux, la série « Two Weeks One Summer » prenant pour modèle les natures mortes, en mode peinture de chevalet d’après nature. C’est dans ses tableaux Two Parrots with Grotesque Baby (2010) et Blossom with Shell (2010) qu’apparaît le motif de la branche de cerisier en fleurs. Il sert de point de départ à la série du même nom commencée en 2017 et que Hirst aurait achevée dans la solitude confinée de son atelier. Et à nouveau se pose la question, s’agit-il d’un emprunt (décomplexé) ou d’invention, plus rare dans son travail ?

Fond bleu ciel et branchage presque naïf dans ses sinuosités brunes, la représentation florale est encore figurative dans la première salle du rez-de-chaussée de la Fondation. Les pétales versicolores s’empâtent cependant sur la toile où ils semblent avoir été tantôt apposés, tantôt projetés, combinant allégrement impressionnisme, pointillisme, action painting et matiérisme. De plus gros empâtements, telles des feuilles formant des baisers, viennent se superposer à l’ensemble, aux dimensions parfois monumentales, immersives (Spiritual Day Blossom, 2018). Puis les pétales se font de plus en plus invasifs sur la toile, jusqu’à la recouvrir totalement, la criblant avec une profusion que l’on pourra trouver anxiogène. Au sous-sol, les quatorze toiles de format identique ceinturant la première salle prolongent cette sensation de saturation. À la fin du parcours, la perspective semble par moments s’inverser, comme si les corolles flottaient à la surface de l’eau, entre continents de plastique à la dérive et référence à Giverny. Dans un tableau, leur rose pâle se teinte de rouge, évoquant une pluie ruisselante de gouttelettes de sang. Hirst revient à son leitmotiv : les Cerisiers, explique-t-il « parlent de beauté, de vie et de mort »,dans une tentative renouvelée de saisir, ou de susciter, l’émotion.

Damien Hirst, Cerisiers en fleurs,
jusqu’au 2 janvier, Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261, bd Raspail, 75014 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°571 du 9 juillet 2021, avec le titre suivant : Damien Hirst, dans sa période cerisiers en fleurs

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