Chuck Close : hyperréaliste et hypergrand

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 16 décembre 2010 - 356 mots

Ils ne sont pas si nombreux à avoir résisté aux années 1980. Malcolm Morley incontestablement et Chuck Close sûrement, figures cultes de la peinture américaine.

De figure il est d’ailleurs presque toujours question chez ce dernier artiste né en 1940. Du très grand format – son fameux Big Nude en 1967 agrandissait à l’acrylique sur plus de six mètres de long une photographie en noir et blanc d’une jeune femme allongée façon odalisque côté pubis, marques de bronzage, duvet, cicatrices et vergetures comprises. « Ce n’est pas une reproduction photographique, se souvient Close en 2002. Je regardais quelque chose de petit et net, et j’ai fait quelque chose de grand et net. Dans un processus mécanique d’agrandissement, ce qui est petit et net devient grand et flou. » 

De la chambre au numérique
Dans les années 1970, le protocole se renverse : gros plan, visages en noir et blanc puis en couleur, saisis de face, mais sur grands formats verticaux. Les modèles, Cindy, John, Keith, Bob, sont d’abord photographiés à la chambre, de façon à faire le point sur les yeux et les lèvres. Résultat : les zones à l’avant et à l’arrière du visage glissent vers le flou. Et c’est en respectant ces variations de texture que Close construit sa peinture, elle-même structurée par une trame quadrillée. Grands carreaux les premières années, puis grille de plus en plus serrée, jouant la décomposition de l’image par carrés ou points. Des moyens qui ne sont pas sans rappeler le processus même de l’image électronique, avec laquelle Close va bien souvent construire. Jusqu’à aujourd’hui, pixelisant la peinture elle-même, insistant davantage encore sur la surface qu’il recouvre, perché sur un escabeau ou sur un chariot élévateur ou en déplaçant le tableau en cours d’exécution. Si la manière se relâche avec les années, si la touche neutre et sèche fait place à une facture plus souple, l’enjeu reste le même. « Je voulais seulement présenter les gens de manière aussi directe que possible, explique Close. Je pense que le visage est une sorte de carte routière de la vie d’une personne. » Pour une vision « monoculaire du monde ».

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°631 du 1 janvier 2011, avec le titre suivant : Chuck Close : hyperréaliste et hypergrand

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