Art non occidental

ASIE

Bouddha, une légende tout en styles

Par Stéphanie Lemoine · Le Journal des Arts

Le 19 juillet 2019 - 656 mots

PARIS

L’exposition du Musée Guimet sur la vie légendaire de Bouddha lui permet de mettre en relief la richesse et l’ampleur de ses collections.

Bouddha assis faisant le geste de la prédication, Corée, époque Koryo, 11e - 12e siècle, bois doré, 62 x 48 x 33 cm. © Photo MNAAG RMN-Grand Palais/Jean-Yves et Nicolas Dubois.
Bouddha assis faisant le geste de la prédication, Corée, époque Koryo, 11e - 12e siècle, bois doré, 62 x 48 x 33 cm.
© MNAAG RMN-Grand Palais / Jean-Yves et Nicolas Dubois.

Paris. Une exposition sur Bouddha dont le titre réfère explicitement aux vies de saints écrites par Jacques de Voragine au XIIIe siècle ? On pourrait croire à un pied de nez, tant sont nombreuses les divergences entre bouddhisme et christianisme. Le choix d’un tel titre suggère pourtant un trait commun entre les deux formes de spiritualité : l’appétit pour la légende, et la manière dont elle donne forme à une très riche iconographie. Ce fil rouge est déroulé dès le seuil de « Bouddha, la légende dorée », que le Musée Guimet consacre à celui diversement surnommé « l’Éveillé » (Bouddha), « le Bienheureux », ou encore « le sage du clan des Shakya » : en face d’une carte illustrant la diffusion géographique progressive du bouddhisme en Asie depuis son éclosion en Inde au Ve siècle avant notre ère, une peinture votive tibétaine à la datation incertaine (XVIIe siècle ?) décrit sans ordre apparent toutes les étapes de la vie du guide spirituel.

On y voit le prince Siddharta sortir du flanc droit de sa mère Maya, puis manifester dès l’enfance une force physique surhumaine. L’œuvre dépeint aussi sa jeunesse opulente et feutrée, dans le palais où son père le tient reclus. Le pinceau délicat du copiste décrit, bien sûr, l’événement fondateur du parcours de Bouddha : au cours d’échappées secrètes hors du palais, celui-ci rencontre successivement un vieillard, un malade, un mort et un renonçant. Le jeune homme découvre alors la douleur, et trouve dans la spiritualité le moyen d’y échapper. Il quitte le palais familial, se dépouille de ses attributs princiers et part à la rencontre des maîtres brahmaniques, dont il suit l’enseignement. La peinture relate ensuite une vie d’ascèse extrême, qui mène Bouddha à l’épuisement. Revenu à la vie, il élabore alors ce qui constitue l’enseignement fondateur du bouddhisme : la voie du milieu, ni trop rude ni trop douce, comme moyen d’atteindre l’Éveil. Bouddha y parvient par une longue pratique de la méditation, au cours de laquelle il se libère des « assauts de Mara », le maître de la mort et de l’enchaînement dans le Samsara, le cycle des réincarnations. Il dispense ensuite son enseignement à sa communauté jusqu’à sa mort, qui lui vaut d’accéder au nirvana.

Une légende déclinée dans toute l’aire bouddhiste

Le parcours de « Bouddha, la légende dorée » illustre cette matrice légendaire à partir d’un vaste corpus de sculptures, peintures, manuscrits, céramiques ou textiles piochés dans les collections du Musée Guimet. La vie du guide spirituel y forme un trait d’union entre des déploiements stylistiques très divers : le style hellénisant du Gandhara, qui donne au personnage ses premières représentations sculptées dans le schiste aux Ier et IIe siècles, s’y confronte à l’effigie en céramique de l’Éveillé conçue par Takahiro Kondo en 2016, dans le sillage du tsunami qui frappa le Japon en 2011, et constraste avec les ornements et dorures développés en Chine et dans le Sud-Est asiatique.

En prenant le parti de suivre chronologiquement les épisodes successifs de sa légende, depuis ses vies antérieures sous diverses incarnations jusqu’à sa postérité, formée par la communauté des moines, Thierry Zéphir, commissaire de l’exposition, opère un choix doublement judicieux. Il introduit ainsi le visiteur, parfois ignorant du bouddhisme, à ses grands principes spirituels, et permet surtout d’éviter l’égarement auquel aurait inévitablement conduit une approche stylistique. Le fil chronologique de l’exposition lui permet à l’inverse de faire saillir une série d’invariants dans les représentations successives de Bouddha, identifié à une série de caractéristiques physiques et de postures asana, sans oublier son costume monastique. Il permet aussi d’aborder, avant même un inventaire plus précis dans la dernière salle, les divers styles nés de l’art bouddhique au fil des siècles. En cela, « Bouddha… » atteint pleinement l’une de ses ambitions, à savoir : révéler l’ampleur de la collecte effectuée par Émile Guimet à la toute fin du XIXe siècle…

Bouddha, la légende dorée,
jusqu’au 4 novembre, Musée national des arts asiatiques-Guimet, 6, place d’Iena, 75116 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°527 du 5 juillet 2019, avec le titre suivant : Bouddha, une légende tout en styles

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