Mercredi 12 décembre 2018

Rétrospective

Tous les tubes de Breuer

Par Sophie Trelcat · Le Journal des Arts

Le 26 mars 2013 - 761 mots

Marcel Breuer (1902-1981) occupe la Cité de l’architecture dans une rétrospective qui souligne tout son talent à créer des « formes qui supportent la répétition », tant dans le design que l’architecture.

PARIS - Une grande photo de 1926 représentant Marcel Breuer âgé de vingt-quatre ans confortablement installé dans la B3 qu’il vient de mettre au point, signale l’entrée de l’exposition que lui consacre la Cité de l’architecture de Paris. La pose décontractée et le fin sourire reflètent la confiance en soi et en l’avenir d’un jeune homme qui connaît déjà de vifs succès.
Remarqué lorsqu’il était qu’étudiant à l’école du Bauhaus de Weimar en Allemagne, il est chargé de meubler le nouveau bâtiment de l’établissement, déménagé pour raisons politiques à Dessau. Nouveau lieu, nouvelle fonction : Breuer y dirige l’atelier de menuiserie. C’est paradoxalement dans ce cadre, l’ébénisterie, que sera développée la chaise en acier tubulaire, la fameuse B3 ou Wassily, baptisée ainsi en hommage à son confrère et ami peintre, Kandinsky, qui en admirait les formes. Ce siège, révolutionnaire par son utilisation de l’acier et du cuir, confortable et souple tout en délaissant les lourds capitonnages Art déco, atteste à quel point les modèles du passé n’ont pas de prise sur Breuer. Il innove dans un aller-retour continu entre l’usage quotidien et l’exploration opiniâtre des capacités d’un matériau. L’idée d’exploiter l’acier tubulaire lui vint d’ailleurs alors qu’il roulait sur sa bicyclette Adler au guidon lisse et sans soudure apparente. La Wassily, toujours en vogue, produite en série à partir des années 1960 et dont les droits sont détenus par la société Knoll, est une icône du mobilier moderne. Mais l’objet cache l’étendue de la forêt créatrice de Breuer qui essentiellement se veut architecte, et le sera.

Un architecte tout en équilibre
En 1928, il quitte le Bauhaus pour s’installer à Berlin comme architecte. Activité qu’il prolongera après son départ d’Allemagne en 1933 (Breuer était juif hongrois) pour Londres, puis les États-Unis. La rétrospective, conçue en 2003 par le Vitra Design Museum de Weil am Rhein en Allemagne, haut lieu de fusion de l’architecture et du design, fait donc la part belle à l’édification de bâtiments tout en démontrant que les deux disciplines sont pour Breuer sur un pied d’égalité. Qu’il s’agisse du Begrisch Lecture Hall (1959-1961) de la New York University Heights dans le Bronx, avec ses deux grands côtés en porte-à-faux, ou de la chaise B32, structure tubulaire d’une seule pièce à l’assise suspendue, le créateur défie la gravité, cherchant l’équilibre du stable et du vertigineux, du fonctionnel et du signe. La scénographie de l’exposition réalisée par Dieter Thiel met en exergue ces correspondances entre les deux pratiques. Les plus fameuses pièces de mobilier originales, placées sur des estrades légèrement surélevées, classées par matériaux et mises en situation par des photos d’aménagements intérieurs légendaires – qui sont aussi une part essentielle de son œuvre – dialoguent avec un échantillonnage de bâtiments emblématiques. Réalisés pour la plupart en béton sculpté, on les découvre par le biais de photos, de grandes maquettes blanches réalisées pour l’exposition et d’astucieux tiroirs à plans, formant un choix exemplaire de la diversité de son œuvre. La rétrospective, en tournée internationale depuis 2003, a été enrichie pour sa version française à Paris. Des documentaires relatent les aventures hexagonales de Breuer, de véritables épopées : comme la partition à plusieurs mains avec Zehrfuss et Nervi sur le siège de l’Unesco (1952-1958) en plein cœur de Paris ou le centre d’études et de recherche IBM à La Gaude (1960-1962) dans le Var, un immense vaisseau de béton en lévitation sur des piliers en Y. D’autres grands chantiers suivront, notamment les grands ensembles des Hauts de Sainte Croix à Bayonne (1968-1971), un modèle de préfabrication lourde, et la station de sports d’hiver de Flaine (1969) pensée comme une utopie. L’œuvre de Breuer transmet une vision de la création qui s’avère toujours actuelle : les éditions de ses mobiliers se poursuivent avec succès et la rigueur de ses recherches reste une référence pour les designers et architectes. Bénéficiant d’un regain d’intérêt manifeste, l’œuvre de Breuer sera également présentée cet été à la villa Noailles.

Marcel Breuer (1902 - 1981), Design %26 Architecture

Commissariat : Mathias Remmele, commissaire d’exposition du Vitra Design Museum, assisté d’Alexandra Pioch
Jusqu’au 17 juillet, Cité de l’architecture & du patrimoine, 1, place du Trocadero, 75016 Paris, www.citechaillot.fr, tous les jours sauf le mardi 11h-19h, nocturne jusqu’à 21h le jeudi. Catalogue en anglais Marcel Breuer. Design and architecture, Vitra Design Museum, 2003, 448 p, 62 €

MARCEL BREUER, SUN %26 SHADOW

Du 6 juillet au 29 septembre, Villa Noailles, www.villa-noailles.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°388 du 29 mars 2013, avec le titre suivant : Tous les tubes de Breuer

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