Disparition

Okwui Enwezor (1963-2019)

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 18 mars 2019 - 478 mots

Le nigério-américain incarnait le modèle du commissaire d’exposition novateur, international et charismatique.

Okwui Enwezor
Okwui Enwezor
Courtesy Haus der Kunst Munich

« Je suis né après l’indépendance [du Nigéria], dans un monde ouvert, où tout était possible. Nous n’avions peur de rien. On nous a donné le goût de l’aventure, avec le respect » disait Okwui Enwezor au Journal des Arts alors qu’il préparait la Triennale de 2012. Quelques jours après sa disparition (le 15 mars) d’un cancer à l’âge de 55 ans, un constat s’impose :  le commissaire d’exposition a respecté à la lettre ce qui apparaît comme un programme de vie. 

Né au Nigéria en 1963, il y a vécu suffisamment longtemps pour s’imprégner de la culture africaine et en tirer un autre programme de vie.  A l’âge de 18 ans il s’installe à New York pour y suivre des études de science politique. Mais l’art l’attire davantage, surtout s’il s’agit de mettre en valeur les artistes africains. En 1994, il fonde avec d’autres un journal dédié à l’art contemporain africain : Nka, Journal of Contemporary African Arts.

Très vite, il passe du statut d’observateur à celui d’acteur. En 1996 il est l’un des premiers à révéler les photographes africains dans une exposition dans une annexe (aujourd’hui fermée) du Guggenheim dans le quartier de Soho. L’année suivante, il est le commissaire de la deuxième Biennale d’art contemporain de Johannesburg dont il dira plus tard : « Cela peut sembler présomptueux, mais mon idée maîtresse, pour cette deuxième édition, était de déterminer si l’on pouvait réinventer le concept de biennale en tant qu’exposition internationale, et de savoir comment organiser une exposition mondiale de grande échelle sans tomber dans le spectaculaire. »

La manifestation et son approche du sujet lui confèrent une visibilité internationale qui conduit les organisateurs de la Documenta à lui confier la direction artistique de l’édition de 2002, une première pour un non européen. Les nombreux contacts qu’il noue alors en Allemagne lui font accepter en 2011 la direction de la Haus der Kunst à Munich, un centre d’art abrité dans un bâtiment construit sous le régime nazi, où il mène une programmation ambitieuse.

La France l’appelle alors pour organiser une manifestation, qui a fait long feu, la Triennale de l’art. Censée soutenir la création française, celle-ci se retrouve diluée dans un panorama international que défend l’intéressé : « La Triennale n’est pas là pour soutenir un art national. Ce serait un désastre, une opération totalement contre-productive qui enfermerait les créateurs, en les coupant de l’économie mondiale. » 

En 2015, vient la consécration, il est le premier directeur artistique d’origine africaine de la Biennale de Venise. Une édition, très politique se faisant l’écho des convulsions du monde intitulée « Tous les futurs du monde ».

Malheureusement la maladie devait mettre un terme à ce parcours brillant et disruptif. En 2018 il annonçait devoir quitter le Haus der Kunst pour des raisons de santé.
 

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