Histoire de l'art

Néandertal, le premier peintre

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 1 janvier 2021 - 765 mots

FRANCE

On a longtemps méprisé les Néandertaliens. Depuis une vingtaine d’années, on commence cependant à les reconnaître artistes…

Structure aménagée par l’homme, il y a 176 500 ans, au fond de la grotte de Bruniquel, à partir de 400 stalagmites brisées et rangées. © Luc-HenriFage / SSAC
Structure aménagée par l’homme, il y a 176 500 ans, au fond de la grotte de Bruniquel, à partir de 400 stalagmites brisées et rangées.
© Luc-HenriFage / SSAC

Et si l’homme de Néandertal n’était pas la brute pour laquelle on l’a longtemps tenu ? Au début du XXe siècle, on le représentait encore velu, avec des traits simiesques. Mais depuis la découverte du premier squelette de Néandertal, en 1856, notre regard sur lui n’a cessé d’évoluer. Ainsi, vers 1921, un paléoanthropologue étudiant le squelette d’un Néandertalien écrivait : « Il faut remarquer que ce groupe humain du pléistocène moyen, si primitif au point de vue des caractères physiques, devait aussi, à en juger par les données de l’archéologie préhistorique, être très primitif au point de vue intellectuel. » Aujourd’hui, voici Néandertal devenu presque notre égal ! On reconnaît qu’avec un chapeau et une cravate, il pourrait passer inaperçu dans le métro new-yorkais, comme le suggère avec humour le titre de l’ouvrage de la philosophe Claudine Cohen, Un Néandertalien dans le métro [Seuil, 2007]. Le Musée de l’homme le réhabilitait d’ailleurs en 2018 dans une exposition qu’il consacrait à cet homme de Néandertal qui a façonné les pierres, créé des parures, enseveli ses morts et rencontré notre espèce, Sapiens.

La même année, une équipe de scientifiques menée par Dirk Hoffmann (Institut Max-Planck, Leipzig, Allemagne) publiait par ailleurs dans la revue Science un article stupéfiant : ses résultats de datation, obtenus par uranium-thorium, mettaient en évidence que les tracés de trois grottes espagnoles, celles de la Pasiega, Maltravieso et Ardales, pouvaient être attribués à l’homme de Néandertal. Et pour cause, ces traces de peintures, remontant à au moins 64 800 ans, seraient trop anciennes pour avoir été réalisées par des humains modernes, qui n’étaient pas encore arrivés en Europe.

Le sens de l’aménagement

Néandertal aurait-il donc été peintre avant Sapiens ? La nouvelle fit l’effet d’une bombe au sein de la communauté scientifique. Un collectif d’une quarantaine de spécialistes d’art paléolithique publia en 2019 dans Journal of Human Evolution une réponse pour discuter les implications archéologiques de ces dates et pointer une rigueur insuffisante dans les analyses. Une réaction d’une ampleur inédite, qui témoigne aussi, sans doute, des réticences persistantes au sein de la communauté scientifique à considérer Néandertal comme notre égal.

Il faut reconnaître que cette datation ouvrirait une brèche dans nos connaissances sur les Néandertaliens. Pourtant, depuis le début des années 2000, les découvertes attestant une expression esthétique et symbolique de Néandertal, dont on sait désormais qu’il peignait son corps, l’ornait de parures en canines de cerf, coquillages ou serres de rapaces, et gravait des motifs sur des fragments d’os ou des pierres, se multiplient. Ainsi, en 1990, on découvrait la grotte de Bruniquel et, en son sein, 400 concrétions ou tronçons de concrétions, accumulés et agencés en des formes circulaires, ainsi que des vestiges d’utilisation du feu. Or, en 2016, une équipe internationale menée par Jacques Jaubert de l’université de Bordeaux révèle que ces structures remonteraient à environ 176 500 ans. « Cet aménagement de l’espace, par des stalactites et des stalagmites intentionnellement brisées et disposées en cercles, reste énigmatique – il relève presque de la sculpture », souligne Claudine Cohen. Contrairement à ce qu’on savait de Néandertal, ce dernier se serait donc approprié les grottes profondes, en y construisant des structures symboliques complexes, en y apportant et en y entretenant des feux, et en y célébrant, peut-être, des rites ou des cérémonies… Désormais, tous les rêves semblent permis : un jour, sans doute découvrirons-nous un Chauvet néandertalien !

À Pompéi,le graffito qui envoie au pilon les manuels d’histoire

« Il s’est livré à la nourriture avec excès » : cette modeste inscription tracée au charbon sur un mur de Pompéi, découverte en 2018, a rendu la plupart des livres d’histoire obsolètes. Et pour cause, ce graffito est accompagné d’une date : le 17 octobre 79. Or la date officielle de l’éruption du Vésuve, qui détruisit Pompéi, Herculanum, Oplontis, Boscoreale, Stabies et le site de Terzigno en l'an 79, était jusqu’alors le… 24 août. Celle-ci était reprise d’une copie du XIe siècle de la lettre où Pline le Jeune relate la catastrophe. Elle divisait cependant la communauté scientifique : depuis les premières fouilles du site, au XVIIe siècle, des archéologues remettaient régulièrement cette date en question, s’étonnant de la présence de braseros et de fruits d’automne, ou, en 2001, de la découverte de jarres de vin scellées, attestant que les vendanges avaient eu lieu au moment de la catastrophe. La découverte de la date du 17 octobre 79 tracée au charbon est venue clore le débat : celle mentionnée dans la copie de la lettre de Pline était une coquille, et l’éruption qui détruisit Pompéi s’est bien produite en automne.

Marie Zawisza

Néandertal
Le nom est celui d’une petite vallée située sur le territoire des villes d’Erkrath et de Mettmann, entre Düsseldorf et Wuppertal en Allemagne. C’est là, dans une carrière, que des ouvriers ont trouvé les premiers ossements de l’homme de Néandertal en 1856. Celui-ci a vécu pendant plus de 300 000 ans avant de s’éteindre.
1859
Charles Darwin publie L’Origine des espèces, texte fondateur de la théorie de l’évolution, 4 ans après la découverte des ossements de Néandertal. Cro-Magnon sera, lui, découvert en 1868.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°740 du 1 janvier 2021, avec le titre suivant : Néandertal, le premier peintre

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