Mercredi 29 janvier 2020

Photographie

Dix figures de la photo en France

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 3 novembre 2017 - 1731 mots

Depuis Nicéphore Niépce et Louis Daguerre, la France est une terre d’élection pour la photographie. Qu’ils soient universitaire, conservateur, éditeur ou galeriste, nombreux sont ceux qui aujourd’hui enrichissent le savoir, repèrent, exposent ou achètent des photos.

Sam Stourdzé © Photo Lutz Vu | Diane Dufour © Photo Patrick Tourneboeuf | Marin Karmitz © Photo Benoît Linero
Sam Stourdzé © Photo Lutz Vu | Diane Dufour © Photo Patrick Tourneboeuf | Marin Karmitz © Photo Benoît Linero

Sam Stourdzé
Festival.
Né en 1973, l’ancien pensionnaire de la villa Médicis (2007-2008) a connu en dix ans une ascension fulgurante. Après quatre ans à la direction du Musée de l’Élysée, sa nomination en 2014 à la tête des Rencontres d’Arles propulse le festival dans d’autres territoires d’influences, et encourage les conservateurs, galeristes et institutions à produire des expositions et à vouloir y participer. À la différence de ses prédécesseurs, il s’implique dans la politique culturelle de la région PACA. Membre du comité d’orientation de Provence 2018 (MP18), il signe l’événement d’ouverture. Le dialogue avec Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, a donné naissance au projet d’un centre de conservation et d’exposition, tandis que ses liens avec Françoise Nyssen ont permis la commande d’un rapport sur le devenir des fonds photos d’auteurs vivants.

Xavier Barral
Editeur
. Être édité par Xavier Barral (né en 1955) assure une reconnaissance ou des dialogues entretenus sur la durée comme avec Sophie Calle, Raphaël Dallaporta ou Josef Koudelka. Les réalisations des catalogues du Bal, de la Fondation Cartier-Bresson, du Jeu de paume, de la fondation Cartier ou de la galerie photo du Centre Pompidou sont autant de gages de la réputation de sa maison d’édition, tandis que les coéditions avec Aperture, Thames & Hudson ou Hatje Cantz traduisent sa présence à l’international. Le succès de l’édition d’Autophoto et de l’exposition du même nom, conçue avec Philippe Séclier à la Fondation Cartier en 2017, s’inscrit dans la lignée de ceux connus avec d’autres ouvrages matrices d’expositions tels Évolution (2007), Mars, une exploration photographique (2013) ou Martin Gusindé (2015) aux Rencontres d’Arles ou Koudelka au C/O de Berlin (2017).

Diane Dufour
Lieu privé d’exposition.
La créatrice du Bal (née en 1966)  a bousculé le paysage des expositions photo avec son équipe. Sa manière de penser le médium et d’exposer en élargissant les visions, voire en faisant passer le photographe au statut d’artiste (tel Antoine d’Agata), fait du lieu une référence. Fondé avec Raymond Depardon via l’Association des amis de Magnum et le soutien de la Ville de Paris, Le Bal mobilise une jolie brochette de partenaires-mécènes, d’institutions internationales et de commissaires. Les premières éditions du prix PMU sont programmées au Bal. La création du prix Le Bal de la Jeune Création avec l’ADAGP compte déjà parmi les plus prestigieux dès son premier lauréat, Clément Cogitore. L’ancienne directrice de Magnum (2000-2007) a décliné l’offre de succéder à Jean-Luc Monterosso à la Maison européenne de la photographie.

Benoit Baume
Média.
Le fondateur du magazine Fisheye (né en 1978), après à peine quatre ans d’existence, a fait de son titre une référence grâce à sa couverture de la création photo dans toutes ses formes d’expression. L’ouverture de la galerie en 2016 a été un pas vers plus de visibilité pour les photographes, qu’ils soient ou non en galerie comme Jean Christian Bourcart ou Jérôme Bonnet. Le VR Arles Festival, créé il y a deux ans, a de son côté intégré en 2017 la programmation officielle des Rencontres d’Arles et rejoint en 2018 la Biennale de photographie de Moscou. Consultant pour des sociétés, il est aussi l’auteur de l’exposition de Guerlain à la Maison européenne de la photographie et vient de créer deux prix de photo dont le prix Fidal de la photographie documentaire, doté de 20 000 euros et attribué cette année à Philippe Chancel.

Christian Caujolle
Commissaire d’exposition.
Son parcours de critique, de commissaire d’exposition ou de directeur artistique témoigne de son talent à faire émerger des auteurs, à les soutenir. Nombre de photographes lui doivent leur première exposition en France, d’Antoine d’Agata à Isabelle Munoz, Michael Ackerman, Anders Petersen ou JH Engström, voire leur retour sur le devant de la scène tel Daniel Boudinet au Jeu de paume à Tours, en 2018. Aux côtés depuis le début de l’équipe du festival d’ImageSingulières à Sète et du comité exécutif du prix HSBC pour la photographie, Christian Caujolle (né en 1953)  est souvent sollicité pour diriger des projets en France (Ma Samaritaine pour LVMH) ou reprendre des festivals (Landskrona en Suède). L’Espagne et l’Italie sont d’autres terres d’élection, ou encore le Cambodge où il a créé le festival de Phnom Penh Photo.

Marta Gili
Lieu public d’exposition.
La directrice du Jeu de paume (née en 1957) construit depuis onze ans une programmation très cohérente. Entre monographie de photographes clés de l’histoire moderne, focus sur la création actuelle et traversées dans l’œuvre d’ auteurs contemporains, elle joue un rôle actif dans la construction de repères et l’émergence ou la redécouverte de travaux. Elle a donné très tôt une visibilité aux femmes (45 % des artistes exposés), à la vidéo et passé commande d’œuvres aux artistes exposés. Nombre de photographes ou d’artistes lui doivent leur première rétrospective en France (Sophie Ristelhueber, Ai Weiwei, Mathieu Pernot, Peter Campus, Susan Meiselas, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, etc.). Dans le cadre de Paris Photo 2017, elle signe le commissariat de l’exposition « Les Larmes des choses » consacrée à la collection d’Helga de Alvear.

Françoise Paviot
Galeriste.
Seule galeriste française (née en 1948) à participer au jury de Paris Photo, elle y défend la représentation de ses consœurs. Les enseignes désireuses d’y entrer prennent conseil auprès d’elle. En dehors de son rôle dans la foire, son écoute, sa disponibilité sont souvent relevées par des jeunes galeristes comme Jean-Kenta Gauthier, par ses élèves (de l’IESA) ou par des photographes non représentés par la galerie. Vera Röhm ou Yves Trémorin figuraient ainsi dans l’exposition « Géométrie » qu’elle a organisée durant le Mois de la Photo 2017. Les artistes qu’elle représente (Dieter Appelt, Anna et Bernhard Blume, Jürgen Nefzger, Jocelyne Alloucherie ou Juliette Agnel) bénéficient d’une belle visibilité en France. Avec Alain Paviot, expert en photographie du XIXe siècle et de l’entre-deux-guerres, elle est la seule galeriste de photographie à être à la Fiac.

Sylvie Aubenas
Conservatrice.
La directrice du département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France (née en 1959) est à la tête de la plus importante collection photo en France. Constitué à la faveur du dépôt légal, le fonds couvrant l’ensemble des périodes du médium s’est enrichi de donations, acquisitions ou dépôts, tel celui de la collection de la mission photographique de la Datar. Elle veille à son enrichissement. En novembre 2016, elle a fait ainsi classer « trésor national » l’album de portraits par Gustave Le Gray provenant de la succession d’Alfred de Vigny présentée par Artcurial. Cette grande spécialiste de la photographie du XIXe siècle a contribué aussi par ses expositions à la connaissance d’Atget ou de Nadar, qui a fait l’objet en 2018 d’une rétrospective en collaboration avec le Musée de l’Élysée.

Marin Karmitz
Collectionneur.
Fondateur de la société MK2 (né en 1938), « L’Étranger résident » à la Maison Rouge révèle le collectionneur de photographies dans son ampleur vertigineuse, tant par sa cohérence que par son propos. L’exposition au Rencontres d’Arles en avait donné un aperçu sous le commissariat de Christian Caujolle, qui l’accompagne dans ses achats. À Paris, la collection se déploie de Lewis Hine à Michael Ackerman. La condition humaine, fil rouge de la collection, colle à l’histoire du XXe et l’histoire familiale confrontée à Bucarest au nazisme, puis au communisme. La photo en noir et blanc domine, comme le choix d’ensemble de pièces d’un même auteur et le dialogue avec des œuvres d’artistes, où la figure humaine est centrale (Hammershøi, Germaine Richier, Giacometti, Annette Messager et Boltanski, Chris Marker et Abbas Kiarostami).

Michel Poivert
Universitaire.
L’historien de la photographie (né en 1965) , professeur à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, appartient à cette génération de quinqua qui s’est battue pour faire entrer la photo à l’université. Il vient d’obtenir, après moult demandes, la création à Paris I d’un deuxième poste d’enseignant, qui permettra aux étudiants de cette année de suivre une spécialisation en ce domaine dès la première année. Depuis quinze ans, l’enseignant accompagne en parallèle la Fondation Neuflize-OBC pour les arts visuels. Son soutien à la jeune création se manifeste aussi via l’écriture de nombreux textes de catalogue et sa participation au prix Camera Clara. Son travail sur Gilles Caron, les expositions au Musée de l’Élysée, puis au Jeu de paume à Tours, ont bouleversé la vision de l’œuvre que prolongera la monographie en 2018 à l’Hôtel de ville de Paris.

Les acteurs importants pour la promotion de la photographie
Agnès Sire (directrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson) ; Jean-Luc Monterosso (directeur de la Maison européenne de la photographie) ; Hervé Chandès (directeur de la Fondation Cartier) ; Jerôme Neutres (RMN-Grand Palais) ; Pascal Beauce (responsable de la collection photo du Cnap) ; Christine Barthe (responsable des collection photos du Musée du quai Branly) ; Anne de Mondenard (responsable du département photo du Musée Carnavalet) ; François Hébel ; François Cheval ; Christine Ollier ; Gilles Mora ; Michel Frizot ; André Gunthert ; Jean-François Chevrier ou Georges Didi-Huberman.

Les prescripteurs dans leur soutien à la création
Nathalie Giraudeau du Cpif (Pontault-Combault) ; Béatrice Didier, David Barriet et David Benassayag (Point du jour, Cherbourg) ; Jérôme Sother (Centre d’art GwinZegal). Font aussi bouger les lignes, les directeurs Jean-Charles Vergne (Frac Auvergne) ; Michaël Houlette (Maison Robert Doisneau) et les conservateurs Pia Viewing (Jeu de paume), Heloïse Conésa (BNF), Thomas Galifot (Musée d’Orsay), Karolina Ziebinska-Lewandowska (Mnam) et Julie Jones (Mnam).

Les incontournables Jean-François Leroy (Visa pour l’Image) ; Gilles Favier et Valérie Laquittant (ImageSingulières, Sète) ; Fred Boucher et Adriana Wattel (Photaumnales, Beauvais) ; Sylviane Van de Moortele et Patrick Delat (Rencontres de la jeune photographie internationale, Niort) ; Marion Hislen (Circulations, Paris) ; le duo Jacques Rocher-Cyril Drouhet (La Gacilly) et Fany Dupêchez (Vichy Portrait(s)).

Les éditeurs et collectionneurs Patrick Le Bescont (Filigranes) ; Éric Cez (Loco) ; Marianne Thery (Textuel) ; Actes Sud, les duo André Frère-Arnaud Bizalion (André Frère et Images en Manoeuvre) et Matthieu Charon-Rémi Faucheux (RVB Books). De son côté, la collection photo d’Agnès b. compte parmi les plus importantes avec celle de Florence et Damien Bachelot.

Les galeristes photo Didier Brouste (Camera Obscura) ; Michèle Chomette, Catherine Dérioz (Le Réverbère) ; Gilles Peyroulet et Dominique Chenivesse (Peyroulet & Cie) ; Baudouin Lebon, Françoise Morin (Les Douches) ; Mélanie Rio, Hanane Hilmi et Jean-Noël de Soye (In Camera) ; Esther Woerdehoff ; Adélie Genestar de Ipanema (Polka) ; Marion et Philippe Jacquier (Lumières des Roses) ; Valérie Cazin (Binôme) et Jean-Kenta Gauthier.

Christine Coste

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°488 du 3 novembre 2017, avec le titre suivant : Dix figures de la photo en France

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