Dimanche 15 décembre 2019

Photographie

Susan Meiselas raconte

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 15 février 2018 - 442 mots

PARIS

Dès ses premières séries réalisées dans les années 1970, la photographe interroge ses modèles, inaugurant une pratique de récits parallèles à l’image. À voir au Jeu de paume.

Susan Meiselas, <em>Muchachos attendant la riposte de la Garde nationale</em>, Matagalpa, Nicaragua, 1978
Susan Meiselas, Muchachos attendant la riposte de la Garde nationale, Matagalpa, Nicaragua, 1978
Photo Susan Meiselas
©Magnum Photos

Dans l’ouvrage Susan Meiselas. En première ligne publié en novembre 2017 aux éditions Xavier Barral, la photographe américaine, connue pour son travail sur les insurrections en Amérique centrale durant les années 1978-1983, revenait série après série sur son positionnement et ses usages du médium. Elle rappelait alors que ce n’est pas uniquement le sujet ou l’objet photographique qui l’intéressent, « c’est comment les images sont partagées, comment on s’en souvient et comment elles réapparaissent ». Au Jeu de paume, Pia Viewing, commissaire d’exposition de l’institution, et Carles Guerra, directeur de la Fondation Antoni Tàpies à Barcelone, suivent sur quarante-sept ans de carrière ce fil conducteur qui fait de « la photographie un instrument de liaison entre les personnes et les lieux ». Leur analyse fine, limpide et resserrée sur quelques récits phares ne se veut en aucune manière une rétrospective. Nombre de travaux et activités de la photographe ne sont en effet pas abordés.

À chaque projet son récit
Comme nombre de photographes de sa génération, Susan Meiselas (née en 1948 à Baltimore, Maryland) est une autodidacte ; ses études en éducation visuelle sont menées sans « parvenir à l’idée d’en faire son métier ». Elle en a pourtant fait sa profession, mais à sa manière, comme le rappelle Pia Viewing en soulignant l’importance du « lien chez elle entre la présence du sujet et le lieu, un aspect fort de son travail, sensible dès les premières œuvres ». Ainsi, pour la série « 44 Irving Street », adresse où elle loge à Cambridge, elle photographie les habitants qu’elle côtoie et dont elle ignore tout. Mais en 1971 déjà, Susan Meiselas ne se contente pas de les portraiturer dans leur univers, elle leur demande de commenter leur portrait.

Par la suite, prenant pour sujet le Nicaragua, le Salvador, le Kurdistan ou la violence domestique aux États-Unis, la photographe de Magnum Photos y inclut le témoignage oral, écrit et/ou l’archive. Que cette archive émane des documents familiaux ou publiés (tel est le cas de son travail sur le Kurdistan entamé depuis 1991) ou qu’elle soit issue de ses propres archives personnelles. Ainsi de l’installation « Médiations » réalisée par la photographe à partir du traitement de son travail au Nicaragua (1978-1982) par la presse, mais aussi par elle-même dans divers livres ou expositions. À chaque projet son récit en propre, indissociable de la recherche de sens auquel personne n’échappe, ni la photographe, ni la personne photographiée ou celle qui regarde, y compris dans la série « Pandora’s Box » réalisée en 1995 dans les clubs SM de New York.

informations

Susan Meiselas, Médiations,
jusqu’au 20 mai, Jeu de paume, 1 place de la Concorde, 75008 Paris.

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°495 du 16 février 2018, avec le titre suivant : Susan Meiselas raconte

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