Mercredi 27 janvier 2021

Enseignement - Politique culturelle

POLITIQUE BUDGETAIRE

Loi de programmation de la recherche : l’histoire de l’art délaissée

Par Catherine Gimonnet · Le Journal des Arts

Le 12 janvier 2021 - 680 mots

PARIS

L’ancien président de l’Association des professeurs d’archéologie et d’histoire de l’art regrette la place réservée à sa discipline dans la nouvelle loi.

Façade de la chapelle Sainte-Ursule de l'Université la Sorbonne à Paris. © Celette, 2019.
Façade de la chapelle Sainte-Ursule de l'Université la Sorbonne à Paris.
© Celette, 2019.

Paris. L’ambition de la loi de programmation de la recherche (LPR) pour 2021-2027, adoptée en novembre, est de doter la France de réels moyens pour la recherche afin de lui rendre sa compétitivité internationale. Mais si le constat est partagé par tous, les solutions apportées par la loi sont loin de faire l’unanimité. Pour Olivier Bonfait, professeur d’histoire de l’art à l’université de Bourgogne, membre et ancien président de l’APAHAU (Association des professeurs d’archéologie et d’histoire de l’art des universités), le texte adopté « est une occasion manquée ».

Il rappelle, au sujet du doctorat, que « le monde universitaire espérait un assouplissement de sa durée, actuellement alignée sur le système européen. Une durée de 3 ans qui vaut tant pour le financement de la thèse que pour son évaluation ». Or si la thèse de médecine ou de sciences physiques peut être menée en 3 ans, il n’en va pas de même pour les sciences humaines. « Pour maîtriser, posséder et dépasser un sujet, il faut plus de 3 ans. Le fait qu’on ait accès à de plus en plus de ressources numériques ne change pas tout. Il faut donner du temps au temps pour ouvrir la recherche. » Le problème des doctorats, s’inquiète Olivier Bonfait, « c’est aussi le fait qu’ils puissent un jour dépendre totalement d’un financement privé. Or, si c’est envisageable dans le domaine des sciences exactes, il est clair que ces financements ne suivront pas dans le domaine des sciences humaines. »

Ces dernières semaines, le gouvernement s’est défendu de privilégier les sciences fondamentales. Le système de financement de la recherche qui se met en place via les appels à projet de l’Agence nationale de la recherche (ANR) inquiète pourtant certains universitaires. « Il y a de l’argent à l’ANR, mais en priorité pour les sciences exactes », estime Olivier Bonfait. « Si dans les commissions CNU (Conseil national des universités), les historiens de l’art siègent avec les musicologues et les historiens, à l’ANR, ils sont dans un groupe élargi au patrimoine et à la culture. Or l’histoire de l’art peut certes avoir des projets en relation avec les musées et la valorisation du patrimoine, mais ce n’est pas toujours le cas ! L’ANR va privilégier les projets profitables et rentables », s’inquiète l’historien, comme bon nombre de ses collègues dans d’autres filières des humanités.

Inquiétudes pour les recrutements

Autre sujet, celui du nombre de postes qui ne répond pas à l’augmentation constante du nombre d’étudiants. Certaines universités gèlent même des postes. Olivier Bonfait rappelle qu’à l’université d’Aix-Marseille, il n’y a pas de professeur d’histoire de l’art moderne depuis 2011. Au détriment de la recherche puisqu’il est de ce fait impossible pour les étudiants d’y faire une thèse dans ce domaine. « L’État n’a pas abondé les budgets pour gérer les masses salariales et l’évolution des carrières des enseignants chercheurs. En conséquence, il faut geler des postes. Pour le gouvernement actuel, l’université est la 5e roue du carrosse. » Les innovations apportées par la LPR, telle que les chaires de professeurs juniors aussi appelées tenure tracks, seront réservées aux « besoins stratégiques ». Une « libéralisation » bienvenue pour certains, une « dérégulation » pour d’autres, qui craignent que l’écart entre Paris et les régions se creuse irrémédiablement.

De manière plus large, face aux critiques du monde universitaire, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, réagissait lors d’une audition à l’Assemblée, le 20 octobre dernier : « Des voix se sont élevées ces dernières semaines pour dénoncer un investissement dans la recherche au détriment de l’enseignement supérieur. » Pour la ministre, c’est un faux procès. « Le projet de loi de finances pour 2021 ouvre 80 millions d’euros à destination de l’enseignement supérieur, auxquels s’ajoutent les 165 millions d’euros de la loi de programmation de la recherche. En réalité, comme le prouve ce budget, recherche et enseignement supérieur sont indissociables l’un de l’autre, et se nourrissent l’un et l’autre avec beaucoup de force. »

Un discours qui peine à convaincre, en témoigne le recours déposé en décembre au Conseil constitutionnel par un collectif d’universitaires.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°558 du 8 janvier 2021, avec le titre suivant : Loi de programmation de la recherche : l’histoire de l’art délaissée

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