Dimanche 16 décembre 2018

Questions d'actu

Olivier Bonfait - Président de l’ApAhAu

Entretien

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 14 janvier 2013 - 598 mots

Alors que le ministère vient de clôturer la consultation nationale sur l’éducation artistique et culturelle en France, Olivier Bonfait, président de l’ApAhAu, rappelle les enjeux d’un enseignement d’histoire de l’art.

Isabelle Manca : Vous appeliez récemment à une consultation sur l’enseignement des arts, pourquoi n’avez-vous pas participé à la consultation nationale menée par le ministère de la Culture ?
Olivier Bonfait : Nous n’avons tout simplement pas été invités à y prendre part comme, d’ailleurs, de nombreux responsables de services pédagogiques des musées qui ont pourtant joué un rôle essentiel dans l’éducation artistique. L’Association des professeurs d’archéologie et d’histoire de l’art des universités (ApAhAu) a, à ce sujet, cosigné, avec plusieurs personnalités du monde de l’art, une lettre à la ministre. Notre absence à cette consultation témoigne du fossé qui existe entre l’enseignement de cette discipline et l’université qui est, actuellement, la seule institution à former des historiens de l’art, avec l’École du Louvre.

I.M. : Quel regard portez-vous sur l’ensei­gnement de l’histoire des arts en France ?
O.B. : Nous sommes très en retard par rapport à d’autres pays, comme l’Italie où cet enseignement existe depuis de nombreuses années. Nous voyons ainsi arriver à l’université, même dans les filières artistiques, des bacheliers qui ont une culture artistique et culturelle très mince. La mise en place de l’enseignement de l’histoire des arts en 2009 a été une bonne chose, mais elle a été faite au rabais, puisque la discipline a été confiée à des professeurs – de français, d’histoire ou d’arts plastiques – qui ne sont pas formés pour la dispenser. De plus, étant donné qu’il n’y a pas de programme obligatoire, les œuvres sont trop souvent réduites à n’être que des documents venant illustrer les cours. De même, l’approche des professeurs d’arts plastiques est par nature différente, car ils se considèrent comme des plasticiens et des créateurs et non comme des historiens.

I.M. : Quelles solutions préconisez-vous pour améliorer cet enseignement ?
O.B. : Nous prônons la création d’un certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes) spécifique ou, à défaut, d’un bi-Capes histoire-histoire de l’art. Cela pourrait être mis en œuvre rapidement et simplement en recrutant par concours cinq mille professeurs en cinq ans, c’est-à-dire relativement peu par rapport aux soixante mille postes d’enseignants promis par le président de la République. Mais aujourd’hui, il y a encore de fortes oppositions au sein du ministère de l’Éducation nationale. L’histoire de l’art apparaît trop souvent comme une matière secondaire, bien moins importante que les sciences ou l’histoire, et qui ne nécessite donc pas de formation spécifique. Nous voyons d’ailleurs planer la menace que cet enseignement devienne une éducation culturelle qui engloberait les arts et les sciences techniques. Mais d’autres solutions que le Capes sont aussi possibles…

I.M. : Quels sont pour vous les enjeux de l’enseignement des arts à l’école ?
O.B. : Nous sommes dans une société de l’image, et l’histoire de l’art permet aux élèves de développer un regard critique indispensable pour déchiffrer cet univers visuel. De plus, il s’agit d’une matière pluridisciplinaire et agrégative qui permet d’intéresser davantage les élèves à d’autres matières qui demeurent parfois abstraites pour eux. Mais surtout, l’enseignement des arts constitue un jalon fondamental de la démocratisation culturelle et un accélérateur d’intégration sociale, en même temps qu’une formidable ouverture aux cultures du monde et donc un apprentissage au respect de l’autre : bref, des enjeux totalement d’actualité.

Repères

Olivier Bonfait est président de l’Association des professeurs d’archéologie et d’histoire de l’art des universités et coauteur du Livre blanc sur l’enseignement de l’histoire des arts dans les écoles, collèges et lycées.

HISTOIRE DES ARTS 
Instaurée en 2009 pour les collèges et les lycées, l’histoire des arts est un enseignement transversal dispensé dans plusieurs disciplines. Pour les collégiens, elle fait l’objet d’une évaluation au diplôme du brevet.

5 000 
C’est le nombre de postes de professeurs d’histoire des arts préconisé par l’ApAhAu, soit environ le nombre de postes ouverts au Capes non pourvus.

« Je propose un véritable plan d’éducation artistique qui doit permettre à tous les enfants de la République, quel que soit leur quartier ou leur région, d’avoir accès à cette connaissance des arts, de son histoire, de ses pratiques. »

Aurélie Filippetti, alors responsable du pôle culture de la campagne de François Hollande, Le Journal des Arts, 13 avril 2012.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°654 du 1 février 2013, avec le titre suivant : Olivier Bonfait - Président de l’ApAhAu

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