Vendredi 23 février 2018

Une semaine asiatique

Le Journal des Arts

Le 13 janvier 2009

La nouvelle édition de l’Asian Art Fair, du 27 mars au 1er avril, intervient dans un contexte difficile, marqué par la dépression qui a frappé l’économie des pays d’Extrême-Orient. Néanmoins, la foire, essentiellement destinée au marché américain, devrait peu en souffrir et renouveler le succès des années précédentes. Celui-ci suscite d’ailleurs l’organisation d’événements périphériques, et notamment de grandes ventes d’art asiatique.

NEW YORK. Créée il y a trois ans à New York, la Foire d’art asiatique avait connu un énorme succès, surprenant même ses organisateurs. L’Asie était à la mode et, outre les collectionneurs qui parcouraient ses allées, de très riches clients s’offraient volontiers un ou deux objets exquis pour apporter une note exotique à leur intérieur. Mais, au­jourd’hui, une question hante les esprits : dans quelle mesure le désastre économique des pays d’Extrême-Orient va-t-il affecter le marché de l’art ? Les professionnels semblent optimistes, persuadés que, même si l’essor de Hong Kong est terminé, le marché américain ne devrait pas en pâtir. Pour Henry Howard Sneyd, de Sotheby’s, “tout le monde à Hong Kong se tient sur ses gardes, à court de liquidités sinon d’actifs, et la contribution de l’ancienne colonie britannique à notre chiffre d’affaires va terriblement chuter. Mais l’économie américaine reste très solide, et les deux marchés sont complètement indépen­dants.” En effet, la foire s’adresse essentiellement au marché et au goût américains, accordant une large place aux porcelaines anciennes, aux sculptures de toutes sortes, aux textiles et aux émaux, ainsi qu’aux jades et aux porcelaines impériales. L’an dernier, les sculptures indiennes et chinoises avaient été très demandées, comme les meubles et les textiles de la période Ming. Jusqu’ici, la foire n’a pas attiré les grands collectionneurs de l’Asie du Sud-Est, et la plupart des antiquaires s’attendent à ce qu’au moins 80 % des acheteurs soient américains ou américains d’origine asiatique. Quant à Taiwan, son économie restant en bonne santé, il n’y a aucune raison pour que ses marchands, de gros acheteurs réguliers, ne reviennent pas cette année, même s’ils sont un peu moins nombreux.

La “Semaine de l’art asiatique”
La foire s’inscrit dans un ensemble d’événements baptisé “Semaine de l’art asiatique”. Ainsi, souhaitant profiter de la présence des collectionneurs et des antiquaires, Sotheby’s et Christie’s organisent leur grande vente cette même semaine – de peinture chinoise ancienne et moderne chez Sotheby’s, le 23 mars. Paral­lèlement, des marchands européens comme Giuseppe Eskenazi et Chris­tian Deydier proposent des objets de très grande qualité dans les galeries new-yorkaises. Quant à l’exposition à succès du Guggenheim, “5 000 ans d’art chinois”, qui rassemble des objets empruntés aux musées de Chine, elle n’est qu’à dix minutes en taxi de la foire. Et l’on peut également admirer au Metro­politan Museum of Art “Quand la soie valait de l’or”, une exposition de textiles d’Extrême-Orient. Une des participantes, Jacqueline Simcox, possède d’ailleurs un damas brodé de la période Ming, comparable à l’un de ceux présentés au Metropolitan. Cette effervescence a fait dire que le centre du marché de l’art asiatique s’était déplacé de Londres à New York. La majorité des marchands trouvent cette affirmation exagérée, même s’ils reconnaissent que, ces deux dernières années, l’expansion de l’économie américaine a temporairement constitué un fort pôle d’attraction. S’il est incontestable que les riches collectionneurs se trouvent aux États-Unis et que certaines catégories d’objets s’y vendent mieux, le marché londonien est riche de générations de savoir et d’expertise : la capitale britannique possède les plus belles pièces, les plus belles collections de musées et les meilleures librairies et bibliothèques du monde.

De la Méditerranée à la mer de Chine
Les marchands proposeront essentiellement des œuvres d’Extrême-Orient et de l’Inde ; seules cinq galeries exposeront de l’art du Proche et Moyen-Orient, parmi lesquelles figure l’unique Française, Anne-Marie Kévorkian, dont c’est la première participation. En archéologie, elle présentera notamment des bronzes hittites, et en art islamique, des céramiques d’Iznik, des chandeliers anatoliens du XIVe siècle et des miniatures, surtout mogholes. L’absence de marchands d’art islamique aux États-Unis offre d’intéressantes perspectives à ces cinq antiquaires. Plusieurs galeries d’Extrême-Orient ont également fait le déplacement, avec des pièces jusqu’ici peu montrées en Occident. Ont ainsi été invités deux Taiwanais, Art of Chen, spécialisé dans le meuble chinois, les accessoires d’érudits et la sculpture, et Li Yin Co, qui propose essentiellement des sculptures bouddhiques, tandis que Uragami Sokyo-Do, de Tokyo, vend des œuvres chinoises. Quatre marchands de Hong Kong, dont Grace Wu Bruce, grande spécialiste du meuble chinois, et Plum Blos­soms, grand marchand d’art asiatique contemporain, seront présents. L’Aoi Gallery, dirigée par le Nippo-Américain Frank Aoi, se distingue par l’originalité de sa sélection. Elle exposera ainsi les premières photographies prises par un Chinois, Lai Chong : ces daguerréotypes de 1853, peints à la main, représentent l’officier Ko-Lin dans un costume traditionnel. À côté de photographes japonais contem­porains, Frank Aoi a rassemblé des clichés réalisés par Felix Beato, entre 1863 et 1884, dans lesquelles il a fixé les derniers instants d’un Japon isolé et im­muable, s’ouvrant à l’Occident. La plupart des marchands exposent des objets plus traditionnels couvrant tout le spectre de l’art asiatique : Hadji Babu, des poteries lustrées iraniennes et des céramiques d’Iznik ; Terence McIner­ney des objets d’art indien de luxe, comme un parchemin moghol clairement influencé par la peinture chinoise et illustrant un poème classique, ainsi qu’un vrai bijou, une table d’argent du XVIIIe siècle émaillée de fleurs exquises. Le spécialiste de l’Inde John Eskenazi présente l’une des pièces les plus rares de la foire, une déesse de la fertilité (yakshî) en bois du IIe siècle, à l’opulente nudité. Chez Francesca Galloway, les peintures tantriques aux couleurs vives de l’Inde du Nord donnent une image de la sexualité beaucoup plus explicite. De Chine, Gisèle Croës a rapporté de magnifiques bronzes anciens et des figurines Tang. Sydney Moss présente une tête en fer d’un Bouddha chinois (XIe-XIIIe siè­cle), au visage expressif et grotesque. Le Japon est bien représenté, entre autres par la Kyoto Gallery et Flying Cranes, qui montrent des laques et des émaux.

INTERNATIONAL ASIAN ART FAIR, 27 mars-1er avril, Seventh Regiment Armory, Park Avenue, New York, tél. 1 212 382 0969.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°56 du 13 mars 1998, avec le titre suivant : Une semaine asiatique

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