Dimanche 18 février 2018

Des animaux mythiques

Le Journal des Arts

Le 13 janvier 2009

Parmi les nombreuses manifestations organisées pendant la Semaine asiatique à New York, deux expositions importantes se tiendront dans des galeries. L’animal, élément central du répertoire ornemental chinois, est au centre de celle de Giuseppe Eskenazi : en 24 pièces, du bronze à la céramique, il propose une véritable anthologie du génie des artisans chinois. Quant à Jan Krugier, il accueille le marchand français Christian Deydier pour une présentation d’une vingtaine de pièces archéologiques, au milieu d’encres sur papier de Zao Wou-ki .

NEW YORK - Pour sa nouvelle exposition “Animaux et représentations animales dans l’art chinois”, Giuseppe Eskenazi a rassemblé 24 pièces – bronzes archaïques, jades sculptés, objets en métal moulé, argenterie et céramiques – ornées de motifs animaliers. Parmi ces œuvres, les bronzes incrustés se distinguent par leur qualité. À la fin de la période des Zhou orientaux et durant la première époque Han, soit du Ve siècle av. J.-C. au Ier siècle de notre ère, l’art chinois a été influencé par le “style animalier” des Steppes, comme en témoignent deux plaques de bronze de l’Ordos représentant des combats d’animaux. Les artisans chinois ont adopté cette forme d’art et l’ont portée à un degré inégalé dans toute autre tradition artistique, ainsi que l’atteste une grande agrafe en forme de tigre incrustée d’or et d’argent. La place des animaux mythologiques dans l’art chinois est illustrée notamment par un dragon de bronze moulé (période des Six Dynasties, IVe-VIe siècle ap. J.-C.). Quant au bixie (“détourneur-du-mal”), autre créature fantastique dont deux représentations figurent dans l’exposition, il a été introduit en Chine par l’Ouest vers le Ier siècle de notre ère. Cet animal est devenu, par la suite, une forme courante pour les génies protecteurs des tombes royales. Si les métaux constituent la majeure partie des pièces exposées, d’autres techniques – céramique ou jade – ne sont pas moins importantes pour comprendre cet aspect de l’art chinois. Une paire d’oies en terre cuite peinte (dynastie Han, 206 av.-220 ap. J.-C.) en montre l’humour, tantôt aimable, tantôt outrancier. Hors du contexte funéraire, les motifs animaliers ne manquent pas. Ainsi, le bol d’argent décoré d’un couple de canards mandarins et le chevet de céramique orné d’un cerf peint étaient destinés à un usage quotidien.

Les représentations animalières figurent également en bonne place dans l’exposition de Christian Deydier chez Jan Krugier. Litté­ra­le­ment, avec les chevaux en terre cuite émaillée des dynasties Sui et Tang (618-907) ; indirectement avec le récipient zoomorphe en bronze de la période des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.). La pièce la plus remarquable est certainement le candélabre en bronze réalisé entre le IIIe et le Ier siècle av. J.-C. Il représente un xian, ou personnage “transcendental” de forme hu­maine, qui exprime la capacité de passer d’un état à un autre, à moins que ses ailes et ses plumes ne se réfèrent à l’être qui vole de la Terre au Ciel. Parmi les figurines Tang, deux petits personnages barbus intriguent : ce sont vraisemblablement des conteurs étrangers, nombreux le long de la Route de la Soie. Le son des cymbales et des cliquettes, qu’ils tiennent dans la main, ponctuaient leurs récits.

ANIMAUX ET REPRÉSENTATIONS ANIMALES DANS L’ART CHINOIS, 24 mars-4 avril, Giuseppe Eskenazi, 28 East 78th Street, New York, tél. 1 212 628 3828.
CHINE ÉTERNELLE, 26 mars-11 avril, Christian Deydier à la Jan Krugier Gallery, 41 East 57th Street New York, tél. 1 212 755 7288.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°56 du 13 mars 1998, avec le titre suivant : Des animaux mythiques

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