Lundi 10 décembre 2018

Affaire Terrasson

Une collectionneuse dépouillée à Bordeaux

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 11 mai 2010 - 517 mots

La justice a ordonné la vente, le 10 juin à Drouot, d’objets appartenant à Jeannine Terrasson, octogénaire bordelaise spoliée par des notables locaux.

BORDEAUX-PARIS - L’affaire Terrasson, qui secoua la cité girondine voilà trois ans, relève à la fois de Chabrol et de Mauriac. En janvier 2007, quatre notables bordelais sont mis en examen pour vols aggravés, recel et abus de faiblesse sur la personne de Jeannine Terrasson, octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Le profil des mis en examen n’est pas banal. Au rang des accusés, la voyante Nicole Dumont, son amant François-Xavier Bordeaux, ancien président de la Caisse sociale de Bordeaux, Jean-François Lhérété, ancien directeur des Affaires culturelles, et Martine Moulin-Boudard, avocate et ancienne adjointe au maire de Bordeaux. Ils auraient approché la vieille dame début 2005 et, profitant de sa dégradation intellectuelle, l’auraient progressivement spoliée.

Le monde de l’art ne se serait pas ému de cette histoire si Jeannine Terrasson n’avait pas été une grande collectionneuse, achetant notamment certains de ses meubles à la Biennale des antiquaires, à Paris. Or, les quatre personnes mises en examen auraient dérobé une grande quantité d’œuvres. Lors des différentes perquisitions initiées en janvier 2007, la police a retrouvé chez les prévenus et leurs amis près de sept cents objets appartenant à Jeannine Terrasson. Une commode de Simon Œben et une valise pleine de bijoux avaient été cachées dans une cave.

Un vrai trésor
Le 24 décembre 2009, le juge d’instruction Jean-Michel Gentil, bien décidé à clore l’instruction, ordonne une expertise judiciaire menée par Gilles Perrault, expert agréé par la Cour de cassation, assisté de Nelly Fouchet pour la céramique et Hélène Jactel pour les bijoux. Ce que les prévenus présentaient comme des pièces sans valeur se révèle être un vrai trésor, estimé autour de 1,4 million d’euros.

Une petite vingtaine de pièces retrouvées par la police seront mises en vente le 10 juin sous le marteau de Me Pescheteau-Badin à Drouot, à Paris, afin d’assurer la subsistance de la vieille dame sous tutelle. « Madame Terrasson est en manque de liquidités pour subvenir à son existence. Son patrimoine financier a fait l’objet d’un virement à Nassau [aux Bahamas] sur un compte inconnu. Elle a vécu dans un certain luxe. On essaye de faire en sorte qu’elle puisse rester chez elle et montrer qu’elle avait des pièces de grande qualité, alors que les personnes mises en examen prétendaient qu’elles étaient sans valeur », indique Christian de Rocquigny du Fayel, vice-procureur au tribunal de grande instance de Bordeaux. Trois meubles seront présentés du 19 au 24 mai lors des Temps Forts de Drouot, notamment la commode de Simon Œben, estimée 60 000 à 80 000 euros, ainsi qu’un secrétaire de Riesener évalué entre 50 000 et 60 000 euros.

« Ce sont des estimations très raisonnables, sans prix de réserve. Il est évident qu’on va dépasser ces montants, indique Armand Godard Desmarest, expert auprès de la cour d’appel de Paris. Le secrétaire, par Riesener, avait été vendu en 1984 dans la succession de Florence Gould chez Sotheby’s. Il avait alors atteint 730 000 francs, soit l’équivalent de 100 000 euros. »  

Légende photo

Large commode à double ressaut central, estampillée S. Œben, transition des époques Louis XV Louis XVI, 90 x 162 x 64,5cm, estimation : 60 000 – 80 000 euros, vente sur ordonnance de la collection de Madame J. Terrasson par le ministére de Maitre Pescheteau-Badin, le 10 juin à Paris. © Pescheteau-Badin

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°325 du 14 mai 2010, avec le titre suivant : Une collectionneuse dépouillée à Bordeaux

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