Lyon mise sur les arts

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 13 novembre 2013 - 1446 mots

Depuis le milieu des années 1980 et en dépit des alternances politiques, la Ville n’a jamais faibli dans son soutien actif et ambitieux à l’art contemporain considéré dans son rapport aux autres domaines de la création, de la musique à la danse et jusqu’à l’architecture et l’urbanisme

«Lyon, centre du monde ! » Le titre donné par les Musées Gadagne à leur retour sur l’Exposition internationale urbaine de 1914 (à partir du 21 novembre), donne la mesure des ambitions que la ville entendait affirmer dès cette époque. Près d’un siècle plus tard, la candidate malheureuse au titre de « Capitale européenne de la culture 2013 » pourrait être tentée de reprendre le slogan. Comme son maire, Gérard Collomb (PS), qui se prépare à battre campagne pour un troisième mandat, fort entre autres d’une politique culturelle qui a contribué à ériger la ville au statut de grande cité culturelle et artistique française, la première dans notre classement. En cette fin d’année, il est vrai que Lyon rayonne et poursuit ses ambitions internationales.

La Biennale d’art contemporain de Lyon est un événement sans commune mesure en France, comme la Biennale de la danse. Couverture médiatique et visiteurs sont au rendez-vous de cette douzième édition aux allures de grand-messe qui, depuis le 12 septembre, égrène diverses expositions et interventions d’artistes dans la ville. L’inauguration à la fin août de la première dizaine de kilomètres des rives de Saône aménagées en un lieu de promenade bucolique a constitué un autre temps fort de la rentrée. Six ans après le réaménagement des berges du Rhône et leur succès immédiat auprès des usagers, ce cheminement conçu de concert par des paysagistes, artistes, urbanistes et architectes, ouvre à d’autres perspectives artistiques.

Au Musée des beaux-arts, ce sont d’autres visions qui attirent le public, celle notamment de l’artiste surréaliste américain Joseph Cornell auquel l’institution consacre sa première rétrospective en France depuis l’escale, en 1981, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, de l’exposition itinérante du Museum of Modern Art de New York. Autres domaines phares, l’opéra, le théâtre ou le cinéma, historiquement ancrés dans la vie artistique de la cité, rythment à l’année la scène culturelle de Lyon qui n’a rien à envier à celle de Paris. Si ce n’est une meilleure visibilité dans les grands médias nationaux.

L’art vecteur propulseur
« Il y a trente ans, l’image de Lyon était terne, noire, et on ne pouvait faire déplacer les gens. Maintenant, jeunes et cadres choisissent de s’y installer », constate Catherine Dérioz, cofondatrice de la galerie Le Réverbère, qui fut la première à s’implanter en 1989 sur les pentes de la Croix-Rousse, rue Burdeau, dont les trottoirs sont alors désertés et les rez-de-chaussée d’immeubles, évidés. « Quand nous avons ouvert la galerie tout le monde nous a pris pour des dingues, se souvient-elle. Le quartier historique des galeries était rue Auguste-Comte » — une artère au collier d’antiquaires et de marchands d’art.

Depuis, la rue Burdeau est devenue l’autre grand axe de la ville où se profilent désormais, aux côtés du Réverbère, d’autres enseignes renommées liée à l’art contemporain comme la galerie Pallade, ou les centres d’art Néon ou La Salle de bains. À quelques rues de là, des espaces tels Le Bleu du ciel ou La BF15 ont enraciné avec la même opiniâtreté leurs actions de soutien aux artistes. Eux aussi sont devenus des diffuseurs, voire des producteurs actifs de la scène artistique actuelle investie dans la transversalité des disciplines. « Chacun se complète, joue la carte de mise en réseau via le site Adele et l’élargissement des publics », précise Perrine Lacroix, directrice de La BF15, qui participe au festivals de musique électronique Nuits sonores.

Qualité de la programmation en écho avec celle du Musée d’art contemporain, proximité territoriale également de ces espaces avec le Musée des beaux-arts et la tout aussi active École nationale supérieure des beaux-arts forment dans ce quartier historique du centre-ville un maillage d’actions et de sollicitations condensées, fil conducteur des sorties de fin de semaine. Certes, personne ne le nie, sans subventions ni soutiens publics, nombre de ces adresses auraient rapidement disparu du plan de la cité. Invariablement vous dit-on également que les collectionneurs lyonnais ont tendance à acheter ailleurs que dans les galeries ou chez les antiquaires de la ville, d’où encore un marché de l’art et des antiquités bien en deçà de ce qu’il devrait être pour une ville de 4,84 millions d’habitants, comparé à Bordeaux qui la talonne.

Reste le soutien fidèle de la municipalité et l’impulsion donnée par des figures comme Thierry Raspail, directeur du Musée d’art contemporain depuis sa création en 1984 au Musée des beaux-arts, créateur et directeur artistique de la Biennale d’art contemporain ; Sylvie Ramond, directrice du Musée des beaux-arts ; ou Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Louis-Lumière. Liste évidemment incomplète qui devrait comprendre, parmi d’autres, Emmanuel Tibloux, l’actif directeur de l’École des beaux-arts, ou le galeriste Georges Verney-Carron, qui convainquit en 1988 la Mairie d’habiller d’art contemporain les parkings du centre-ville.

Une polique culturelle dynamique
La Ville de Lyon consacre 20 % de son budget à la culture. Un engagement appuyé, consolidé régulièrement dans ses actions par la communauté urbaine et le conseil régional de Rhône-Alpes par l’entremise de son président, Jean-Jack Queyranne (PS), tout autant investi dans la scène artistique.
Dans la cité comme dans l’agglomération, culture et aménagement du territoire forment un duo indissociable que la rénovation des bâtiments historiques du centre-ville, l’extension du Musée des beaux-arts, le soutien aux galeries et la commande soutenue d’œuvres ou d’interventions d’artistes dans l’espace public ont symbolisé en leur temps et symbolisent encore aujourd’hui. « En matière de politique culturelle, Lyon bénéficie d’une formidable continuité. Depuis Michel Noir [maire de Lyon entre 1989 et 1995, RPR puis Force unie], qui a bousculé cette belle endormie, il n’y a jamais eu de maire pour déconstruire ce que le prédécesseur a fait », souligne Georges Képénékian, adjoint au maire, délégué à la culture et au patrimoine.

Le renouvellement urbain engagé dans le quartier de la Confluence s’inscrit dans cet axe. Les ambitions de Gérard Collomb de faire de ce quartier un autre centre culturel important de la ville, avec l’art contemporain en préfiguration de sa rénovation, sont à la hauteur des investissements publics et privés engagés (1,2 milliard d’euros). Si la construction du Musée des Confluences, financé par le Département, et la réhabilitation de La Sucrière, ancienne usine désaffectée devenue figure de proue de la Biennale d’art contemporain, ont été fondateurs, d’autres lieux, d’autres architectures innovantes comme le Cube Orange de Jacob & Mcfarlane (ou, à venir, celles d’Odile Decq et de Rudy Ricciotti, ont rendu ce quartier attractif, principalement en fin de semaine. Il le sera cependant davantage quand son accessibilité en transport en commun aura été améliorée.

« L’art, c’est ce qui peut permettre de tirer des parties de la ville de leur ghetto », déclarait en 2011 dans nos colonnes Gérard Collomb. Ce d’autant que « tous les projets rentrent dans des synergies communes portées tant par le théâtre, la danse, l’opéra, le cinéma que l’art contemporain, constate Patricia Houg, directrice de La Sucrière. On s’appelle, on se visite, on se rencontre ; l’équipe municipale est à l’écoute, on peut les appeler. » Lorsque le Musée des beaux-arts lance une souscription publique en septembre 2102 pour rassembler les 80 000 euros nécessaires à l’acquisition finale de L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint (1848), d’Ingres, les dons répondent à l’appel et viennent compléter les 90 % des 750 000 euros acquittés par la Ville, le Fonds régional d’acquisition des musées et des entreprises.
« Cet écosystème artistique est extrêmement favorable pour la ville et tous ses acteurs culturels, l’école des Beaux-Arts et les jeunes artistes en particulier », relève Emmanuel Tibloux, dont l’établissement accueille 350 étudiants. Gaëlle Choisne, jeune diplômée de l’école, le confirme : « Il n’y a que des avantages d’être à Lyon : l’école d’abord, qui vous soutient avant et après votre sortie et vous donne des ouvertures aussi bien à l’intérieur de la ville qu’à l’extérieur ; la scène culturelle réduite ensuite, qui permet d’accéder plus aisément, plus simplement à leurs acteurs qu’à Paris. » Prochainement, la jeune femme s’apprête à intégrer pour un loyer modique l’un des vingt-cinq ateliers du Grand Large inaugurés le 27 novembre prochain à Décines, en  banlieue. Aménagés grâce à l’engagement du propriétaire de ce site industriel désaffecté et le soutien de la Ville de Décines, de la Ville de Lyon et de la Région Rhône-Alpes, ces ateliers viennent parer à un déficit en la matière. Face à ce retard pris par la Ville, Georges Képénékian rétorque que d’autres ateliers seront aménagés dans le 8e arrondissement !

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°401 du 15 novembre 2013, avec le titre suivant : Lyon mise sur les arts

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