Samedi 28 novembre 2020

Décentralisation

Le Centre Pompidou part en tournée

Chalons, Cambrai et Boulogne-sur-Mer accueilleront les chefs-d’œuvre en tournée du « Centre Pompidou mobile »

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 25 mai 2011 - 782 mots

Après quatre années de gestation, la structure itinérante du Musée national d’art moderne est prête à circuler. Conçu comme un outil de démocratisation culturelle, le « Centre Pompidou Mobile «, musée ambulant d’un nouveau type, fera escale à partir de l’automne à Chalons, Cambrai puis Boulogne-sur-Mer.

PARIS - Le projet aura été complexe à monter, mais il a fini par aboutir. Dès l’automne, le grand barnum du « Centre Pompidou mobile », conçu par les architectes Patrick Bouchain et Loïc Julienne, va pouvoir se lancer sur les routes de France pour une première tournée. Objectif : s’arrimer pendant trois mois sur la place publique de plusieurs villes moyennes de l’Hexagone afin d’offrir à des populations, censées être éloignées des musées, la possibilité d’une confrontation directe et gratuite avec des œuvres majeures des collections du Musée national d’art moderne (Mnam). Annoncé dès 2007 par Alain Seban, le président du Centre Pompidou, ce projet s’inspire d’un précédent au succès plus confidentiel : le « Musée précaire Albinet ».

Installé en 2004 par l’artiste suisse Thomas Hirschhorn dans un baraquement, au pied d’une barre d’immeubles, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), il a bénéficié de prêts d’œuvres de la collection du Mnam et du Fonds national d’art contemporain. Ce nouveau « muséobus de luxe »  prendra cette fois-ci, la forme d’une structure légère, celle d’un assemblage de trois chapiteaux démontables et offrant une superficie totale de 650 mètres carrés. Elle n’en sera pas moins un réceptacle sécurisé pour les chefs-d’œuvre exposés. Un système spécifique a été mis au point pour en garantir la protection, le cœur de la structure étant occupé par une boîte étanche, répondant aux conditions hygrométriques requises et à laquelle les œuvres, placées sous vitre, seront scellées. Conçue par Emma Lavigne, conservatrice au Mnam, la première exposition sera dédiée à la couleur et confrontera Léger, Braque, Matisse, Picasso, Calder ou Olafur Eliasson. Un dispositif de médiation spécifique, s’appuyant sur des comédiens, a été élaboré sur mesure par les équipes du Centre Pompidou. Il assurera la formation des personnels. Sur place, la gestion de l’espace sera concédée à un prestataire. Le coût de la structure (2,5 millions d’euros) a été entièrement pris en charge par des mécènes. Ces derniers assumeront par ailleurs, pendant trois ans, la moitié des 400 000 euros des frais de fonctionnement du chapiteau, le reste étant pris en charge par les collectivités. 

Cartographie politique
Si le Centre affirme avoir reçu de nombreuses candidatures – et continuer à en recevoir –, la cartographie des premières étapes est néanmoins d’une tonalité très politique. Le chapiteau sera inauguré sur les terres de Luc Chatel, maire de Chaumont (Haute-Marne) mais aussi ministre de l’Éducation nationale, qui peut ainsi s’associer à bon compte à ce projet visant aussi à attirer un public scolaire. 

Les deux étapes suivantes, Cambrai et Boulogne-sur-Mer, relèvent quant à elles du volontarisme culturel débridé du président de la Région Nord - Pas-de-Calais. Très interventionniste dans la politique des musées de sa région – y compris des institutions qui ne dépendent pas de sa tutelle –, Daniel Percheron se paie ainsi, après le Louvre-Lens et les carrosses de Versailles, qui stationneront prochainement au Musée des beaux-arts d’Arras, quelques chefs-d’œuvre du Mnam. Le chapiteau devrait ensuite rouler vers l’Aquitaine, Aubagne et Le Havre. Face à des élus locaux manifestant une telle appétence culturelle, le ministre de la Culture se devait de donner le change. Sans prendre les accents d’un Monsieur Loyal, Frédéric Mitterrand a donc annoncé, en personne, le lancement de cet « outil adapté à notre temps pour les grandes missions prioritaires du ministère de la Culture : la conquête des territoires et la démocratisation de la culture et des savoirs » . Sans que son ministère n’en ait, à aucun moment, ni financé un centime ni même assisté la conception.

Sedan veut son Musée d’Orsay !

Si elle peut prêter à sourire, l’affaire est pourtant prise très au sérieux du côté des Ardennes. Depuis plusieurs mois, Didier Herbillon, maire de Sedan, milite activement pour satisfaire sa dernière ambition : ouvrir une antenne du Musée d’Orsay à Sedan, une ville de 20 000 habitants. Inspiré par le succès du Centre Pompidou-Metz, l’élu socialiste rêve ainsi de redorer le blason de sa ville grâce à la culture. L’idée serait de présenter, sur le site du Tapis Point, un ancien bâtiment industriel racheté récemment par la Ville, les œuvres des collections municipales (aujourd’hui pour la plupart en réserves) et surtout quelques chefs-d’œuvre du Musée d’Orsay. L’élu a d’ores et déjà adressé sa demande et devrait bientôt être reçu par Guy Cogeval, le président du musée. Ce dernier n’a jamais fait mystère de son refus de monter des antennes d’Orsay, préférant développer une politique de prêts et de dépôts.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°348 du 27 mai 2011, avec le titre suivant : Le Centre Pompidou part en tournée

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