Musée

Le Centre Pompidou fermera finalement pendant cinq ans

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2023 - 700 mots

L’État a acté un report de la fermeture entre 2025 et 2030. À sa réouverture, le Centre Pompidou ne sera pas très différent de ce qu’il est aujourd’hui.

Paris. Le Centre Pompidou ne sera pas fermé pendant trois ans pour travaux, comme l’avait annoncé Serge Lasvignes, le président du Centre en janvier 2021, peu de temps avant son départ, mais cinq ans. Entre-temps (en juillet), il a été remplacé par Laurent Le Bon qui, quelques semaines plus tard, annonçait la remise en cause du calendrier de son prédécesseur. Au motif que le Centre doit rester ouvert pendant les Jeux olympiques 2024 – alors que l’expérience des JO de Londres a montré que les touristes venus pour les JO vont peu dans les musées –, il reporte la fermeture après l’événement sportif. Car, depuis la tenue du conseil d’administration du 10 mai dernier, l’État a acté une fermeture du Centre au public à partir de l’été 2025 pour une réouverture en 2030 (sans précision sur le mois, ni même le trimestre de réouverture).

Le projet aussi a changé, à la marge, ou plutôt en sous-sol. Le nouveau président a ainsi convaincu ses tutelles d’annexer le parking souterrain inutilisé afin d’agrandir les espaces au niveau -1 et d’y créer une « nouvelle Agora, consacrée à la création contemporaine et aux débats d’idées ». Les espaces d’exposition des collections permanentes restent dans leur configuration actuelle, de même que la Bibliothèque publique d’information (BPI). L’Atelier Brancusi sera transféré de son bâtiment actuel, en face du Centre, dans les collections permanentes et sera transformé en centre de recherches et de ressources. Le projet prévoit également d’ouvrir le Centre de tous les côtés et d’améliorer la convivialité – ce qui ne sera pas un luxe. Cependant, l’essentiel des travaux porte sur ce qui justifie la fermeture : le désamiantage des façades, l’isolation thermique et la mise en sécurité incendie.

Le Centre pendant la fermeture

Comme pendant la fermeture précédente pour travaux entre 1997 et 1999, les collections du Musée national d’art moderne vont voyager un peu partout à Paris, en région et dans le monde. À Paris, le musée va profiter de la réouverture des galeries nationales du Grand Palais, en 2024, pour y organiser des expositions. Il va aussi prêter des œuvres aux musées du Louvre, d’Orsay et au Quai Branly pour des « contrepoints » avec leurs propres collections. À partir de 2026 et l’ouverture des réserves à Massy dans la banlieue sud de Paris (à un peu moins d’une heure de transport en commun du Centre), il sera possible de voir des œuvres dans un espace dévolu. En région, des œuvres seront prêtées à l’antenne du Centre à Metz, ainsi qu’à d’autres lieux comme le Tripostal à Lille. Dans le monde enfin, le Centre louera ses œuvres aux musées avec lesquels il a signé des partenariats, comme à Málaga, Shanghaï, Jersey City (dont l’ouverture a été retardée à 2026), Bruxelles (Kanal), Séoul et AlUla en Arabie saoudite.

Ce dernier volet est particulièrement crucial car les recettes tirées de la location constituent une bonne part des 442 millions d’euros du projet. Si l’État a confirmé sa dotation de 262 millions d’euros pour les travaux, il reste encore à trouver 160 millions. Outre la location d’œuvres, le Centre compte sur un grand mécène et un appel au public. La programmation culturelle sera adaptée à l’argent qui sera récolté. En d’autres termes, il faudra ajuster les ambitions aux financements.

Profitant de sa localisation en dehors du bâtiment de Renzo Piano et Richard Rogers, l’Ircam restera ouvert (comme en 1997). En revanche, pour des raisons évidentes, la BPI devra provisoirement déménager ; un bâtiment « Le lumière » a été trouvé à côté de Bercy, dans le 12e arrondissement. Les négociations sont en cours avec les syndicats pour trouver une affectation aux agents d’accueil et de surveillance pendant les travaux. Le reste des effectifs utilisera les locaux qui se trouvent en dehors du Centre.

Dans les faits, le Centre va fermer progressivement à partir de l’automne 2024, car le déménagement des collections prend du temps (au moins dix-huit mois). Reste à trouver une solution pour marquer, ne serait-ce que symboliquement, l’anniversaire des cinquante ans du Centre Pompidou, en 2027, qui sera alors fermé.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°612 du 26 mai 2023, avec le titre suivant : Le Centre Pompidou fermera finalement pendant cinq ans

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