Vendredi 24 janvier 2020

Anniversaire sur fond de polémique

Lambert en colère

Alors que la Collection souffle ses dix bougies, Yvon Lambert menace de déménager si la Ville d’Avignon n’assume pas ses engagements

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 15 décembre 2010 - 693 mots

Alors que la Collection Lambert en Avignon fête ses 10 ans avec une exposition de groupe, le galeriste Yvon Lambert accuse publiquement la municipalité de ne pas tenir ses engagements. Plafond qui s’écroule, conditions de conservation défectueuses, services techniques défaillants : le galeriste se dit prêt à quitter la ville si la situation n’évolue pas rapidement.

AVIGNON - D’abord prévue pour début novembre, finalement inaugurée le 11 décembre, l’exposition « Je crois aux miracles » organisée pour fêter les 10 ans de l’ouverture de la Collection Lambert en Avignon (Vaucluse) a bien failli ne pas avoir lieu. Et aux miracles, Yvon Lambert n’y croit plus vraiment touchant à la ville où il a élu domicile en l’an 2000 pour présenter ses œuvres au public et développer son activité. Comme il l’a fait savoir à la presse, le galeriste ne supporte plus l’inertie de la municipalité, laquelle ne remplirait pas ses engagements, à commencer par l’entretien du bâtiment où est installée la Collection, l’hôtel de Caumont, édifice du XVIIIe siècle. « Aucune promesse n’est tenue, il ne se passe rien. Les services techniques de la ville sont totalement défaillants. La sécurité des œuvres n’est pas assurée à cent pour cent », s’insurge Yvon Lambert. Et de résumer : « L’art contemporain n’intéresse pas cette municipalité. » 

La colère du galeriste est à la hauteur de ses désillusions. L’hiver dernier, la Collection Lambert a été fermée pendant plusieurs mois pour effectuer d’indispensables travaux de mise aux normes, notamment en ce qui concerne le système climatique et l’éclairage. Pourtant, au moment de la réouverture du lieu, en juin, avec l’exposition « Miquel Barceló », les équipes de la Collection réalisent, non sans stupeur, que les travaux n’ont pas été réalisés tels qu’ils étaient prévus. Il a alors fallu « bricoler », de l’aveu même d’Éric Mézil, directeur de la Collection, pour ne pas fermer à nouveau les portes au public deux jours après le vernissage. « Début décembre, un plafond entier s’est écroulé, la mairie n’a pas réagi. Heureusement, nous sommes soutenus par la DRAC [direction régionale aux Affaires culturelles (Provence-Alpes-Côte d’Azur)] », précise Éric Mézil. 

Dans un communiqué daté du 9 décembre, la Ville s’est fendue d’une réponse laconique. Dans ce texte, Marie-Josée Roig, la députée maire (UMP), se dit « étonnée » des propos tenus par Yvon Lambert, et rappelle que la municipalité « renouvelle chaque année son soutien financier », soit 440 000 euros sur les trois prochaines années. Par ailleurs, le conseil municipal a voté deux délibérations le 11 décembre, l’une pour débloquer une subvention de 45 000 euros sur 2010, l’autre portant sur le renouvellement de la convention tripartite entre l’État, la Collection et la Ville, et ce pour une durée de trois ans. Ceci démontre selon la mairie que « l’intérêt de la ville est toujours intact ». 

Dialogue de sourds
Pour tenter de mettre un terme à ce dialogue de sourds, « une réunion est prévue en janvier avec le ministère de la Culture et la municipalité. Elle aura lieu en dehors des bureaux de la mairie pour redéfinir les responsabilités de chacun », nous a indiqué Éric Mézil. Yvon Lambert se dit, quant à lui, prêt à déménager sa collection si la situation n’évolue pas rapidement. Des villes comme Arles (Bouches-du-Rhône) ou Vence (Alpes-Maritimes) ont d’ores et déjà été approchées… Pour l’heure, Éric Mézil pare au plus pressé : « Notre priorité est de protéger les œuvres qu’on nous a prêtées, [des pièces réunies pour l’occasion et qui ont fait l’objet de] dons [par] Yvon Lambert aux musées du Louvre, d’Orsay ou de Grenoble ».

Ouverte jusqu’au mois de mai 2011, « Je crois aux miracles » réunit de nombreux artistes, parmi lesquels Jean-Michel Basquiat, Christian Boltanski, Joseph Beuys, Daniel Buren, Marcel Broodthaers, Nan Goldin, Douglas Gordon, Bertrand Lavier, Giuseppe Penone, Daniel Spoerri, Cy Twombly… Un bel aperçu du travail réalisé avec les artistes, dont la municipalité d’Avignon ne mesure peut-être pas tout à fait l’ampleur.

Collection Yvon Lambert, 5, rue Violette, 84000 Avignon, tél. 04 90 16 56 20, www.collectionlambert.com. À voir : « Je crois aux miracles », jusqu’au 8 mai 2001, tlj sauf lundi, 11h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°337 du 16 décembre 2010, avec le titre suivant : Lambert en colère

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