Disparition

La disparition de Frédéric Mitterrand

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 22 mars 2024 - 492 mots

L’homme de télévision et ancien ministre de la Culture est décédé hier à l’âge de 76 ans.

Frédéric Mitterrand. © Richard Ying, 2009, CC BY-NC-SA 2.0
Frédéric Mitterrand.
© Richard Ying, 2009

C’est sans doute le ministre de la Culture le plus connu des Français lorsqu’il arrive Rue de Valois. Frédéric Mitterrand qui est décédé hier à la suite d’un cancer a en effet une longue carrière à la télévision avant de s’installer en juin 2009 dans le fauteuil de Christine Albanel. Une arrivée qu’il annonce lui-même à la télévision avant le communiqué officiel. Outre cette bourde, cette nomination fait grand bruit : un Mitterrand ministre de Nicolas Sarkozy ! La prise de guerre est belle pour un président qui tente d’élargir son gouvernement. A dire vrai, les deux hommes se connaissent déjà puisque Nicolas Sarkozy l’avait nommé un an plus tôt à la Villa Médicis à Rome, voulant solder un épisode tragicomique mettant en scène Olivier Poivre d’Arvor et Georges-Marc Benamou.

Dès l’automne, sa position est handicapée par la polémique lancée par Marine Le Pen en octobre 2009 (*) qui exhume un livre de 2005, La Mauvaise vie, dans lequel il raconte son attirance pour les jeunes garçons en Thaïlande. Il parvient cependant à surmonter cette crise et met en œuvre ce pourquoi il a été nommé : la loi Hadopi et la Maison de l’histoire de France. La première s’est par la suite lentement étiolée tandis que la seconde est abandonnée par Aurélie Filippetti qui le remplace Rue de Valois en 2012 dans le sillage de l’arrivée à l’Élysée de François Hollande. Ce n’est d’ailleurs pas le seul projet abandonné : un centre dédié à la photographie dans l’Hôtel de Nevers à Paris fait partie de la liste.

C’est un ministre qui est très encadré par les conseillers culture de l’Élysée et de Matignon ainsi que par un Conseil de la création artistique dirigé par Marin Karmitz qui faisait à l’époque couler beaucoup d’encre. On doit cependant à Frédéric Mitterrand la création du label Maison des illustres et la volonté de créer une Villa Médicis dans une tour de Seine-Saint-Denis.

« Le fait est que ne pouvant pas mettre en œuvre un vrai programme de réformes, j’essaie de compenser en étant présent partout et en faisant mille petites choses plus ou moins utiles » écrit-il dans un livre savoureux sur son passage au ministère (La récréation) un an après son départ. Il en profite pour régler ses comptes (avec Eric de Chassey ou Jean-Jacques Aillagon par exemple) ou encenser certaines personnalités qui auront un destin plus difficile (Mathieu Gallet).

« Mon passage au ministère aura été un chapitre romanesque de plus de ma vie  » avait-il dit au Journal des Arts. Frédéric Mitterrand aura au fond mené toute sa vie comme un roman.

Erratum

(*) Contrairement à ce que nous avions précédemment écrit, c'est en 2009 et non en 2019 que Marine Le Pen s'en prit à son livre La mauvaise vie comme nous l'avions relaté dans notre article du 8 octobre 2009 « Frédéric Mitterrand : un ministre dans la tourmente »

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