Mardi 21 septembre 2021

Justice

La condamnation de Werner Spies fait débat en Allemagne

Werner Spies n’aurait sans doute pas été condamné en Allemagne pour les faits qui lui sont reprochés en France.

PARIS - Werner Spies a été rattrapé par l’affaire Beltracchi le jour même du vernissage de la rétrospective Max Ernst à la fondation Beyeler qui, selon le quotidien Tagespiegel, prenait la forme d’une réhabilitation pour l’expert, éclaboussé par l’affaire Beltracchi pour avoir authentifié sept contrefaçons du faussaire. Le tribunal de grande instance de Nanterre a en effet condamné le 24 mai dernier Werner Spies et le galeriste français Jacques de la Béraudière à verser la somme de 652 833 euros à la société Monte Carlo Art SA, dont l’unique associé est Louis Reijtenbagh, spéculateur néerlandais à la réputation sulfureuse. Criblé de dettes, celui-ci avait dû vendre en 2009 par l’intermédiaire de sa société une grande partie de sa collection d’art. Sotheby’s New York avait été chargée de la vente.
La condamnation concerne le tableau Tremblement de terre, faux peint par Beltracchi et attribué à Max Ernst. Une analyse scientifique commanditée par Sotheby’s avait révélé la présence d’un pigment, la phthalocyanine, et l’utilisation d’une résine alkyde inventés postérieurement à 1925, date présumée de conception l’œuvre. Cette analyse avait conduit Sotheby’s à annuler la vente, et Monte Carlo Art SA avait dû rembourser la somme qu’elle avait touchée, 969 000 $ (652 833 euros).

L’œuvre avait été préalablement acquise pour 900 000 $ en 2004, à la galerie Cazeau-Béraudière à Paris. Au lieu de demander à son tour l’annulation de la vente, Monte Carlo Art SA a préféré attaquer en justice Werner Spies et Jacques de la Béraudière pour négligence fautive dans l’émission et la transmission d’un certificat d’authenticité sans réserves. Sans la caution de l’expert mondialement reconnu, Monte Carlo Art SA n’aurait pas acquis l’œuvre, argumente la société. Werner Spies n’a pourtant eu de contact ni avec la galerie ni avec l’acheteur. Il a reconnu avoir mené une analyse stylistique sur photo, sans même avoir vu l’œuvre originale, et décidé de l’inclure dans la prochaine édition de son catalogue raisonné, ce qui pour le TGI équivaut à l’authentification de l’œuvre. De plus, même si Jacques de la Béraudière est également condamné pour ne pas avoir procédé à des vérifications d’usage, il a été induit en erreur par l’authentification de l’expert, qui doit en conséquence le garantir de la moitié de la somme. Werner Spies avait reconnu dans son autobiographie en 2012 avoir commis des erreurs dans l’affaire Beltracchi, mais avait également déclaré que si c’était à refaire, il ne changerait pas ses analyses stylistiques : Beltracchi était tout simplement un faussaire de génie. Selon Der Spiegel, il aurait reçu 400 000 euros d’un complice des faussaires pour ses authentifications. Spies n’aurait probablement pas été condamné en Allemagne pour les mêmes faits. Winfried Bullinger, dont le cabinet d’avocat CMS Hasche Sigle a travaillé sur l’affaire Beltracchi, précise : « La décision française a soulevé de vifs débats en Allemagne. Jusqu’à maintenant, la conception dominante ici est que l’expert n’est pas responsable mais simplement exprime une opinion scientifique au mieux de ses connaissances sur l’authenticité d’une œuvre. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°394 du 21 juin 2013, avec le titre suivant : La condamnation de Werner Spies fait débat en Allemagne

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