Mercredi 28 octobre 2020

XIX

Quand Werner Spies rêve

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 22 avril 2014 - 443 mots

Werner Spies a reçu « carte blanche » pour puiser dans le fastueux fonds d’art graphique du Musée d’Orsay.

PARIS - Depuis « Le mystère et l’éclat », organisé à la suite d’une vaste campagne de restauration de ses plus beaux pastels en 2008, le Musée d’Orsay n’avait plus mis en avant la richesse de son fonds d’art graphique. Fragilité oblige, le dessin est un mets pour fins connaisseurs à consommer avec modération. Accueillie par le Musée de l’Orangerie, la « carte blanche » proposée à Werner Spies ouvre une piste intéressante de valorisation subjective des collections de dessins de l’institution. Dans le cas présent, « Les archives du rêve » brille par un indéniable sentiment d’intimité : sous les yeux des visiteurs se déploie le XIXe siècle tel qu’a choisi de le partager Werner Spies avec, annonce-t-on, l’intériorité pour fil conducteur.

Nul n’ignore les difficultés récemment traversées par l’ancien directeur du Musée national d’art moderne, emporté dans la tourmente de l’affaire Beltracchi – le faussaire allemand avait entraîné dans sa chute cet expert (trompé) de Max Ernst. La noirceur qui émane des thèmes « Monstres et chimères », « Mort et Mélancolie » et « Solitude et néant » prend ici une saveur particulière.

Un cheminement sombre et intimiste
Les visiteurs non-avertis apprécieront une sélection qui met l’accent sur les spécificités et les apports du siècle à la modernité – la profondeur psychologique de ses portraits chez Baudelaire comme chez Émile Laugé, l’égard d’un Jean-François Millet porté aux travailleurs, l’attrait pour l’occulte cristallisé par Carlos Schwabe ou Félicien Rops… Les autres ne pourront s’empêcher d’identifier un travail d’introspection à travers le regard aguerri et contemplatif du commissaire, tout en décelant sa quête d’apaisement. Comme s’il cherchait le réconfort dans les courbes des corps d’une splendide série de nus de Degas. Servi par un accrochage impeccable, le parcours se permet d’inclure des pièces rarement vues comme autant de sésames de la pensée des artistes – les lettres délicieusement illustrées par Manet, les feuilles d’études de Renoir ou Bracquemond… L’Arbre mort de Charles Lameire, silhouette anthropomorphe contorsionnée dans la douleur, pourrait enfoncer le clou si le commissaire, secondé par Leïla Jarbouai conservatrice des dessins à Orsay, ne s’était pas entouré, in fine, d’une petite centaine d’artistes et d’écrivains contemporains. Ces derniers ont été invités à choisir parmi la sélection de Werner Spies et créer un dialogue, par le biais d’une œuvre originale ou d’un texte, reproduit dans le catalogue de l’exposition. Laconique (Imi Knoebel), technique (Christian de Portzamparc), très personnel (Anselm Kiefer) et même drôle (Pierre Alechinsky), ces réflexions donnent lieu à un livre d’artistes très intime, parfaitement en phase avec l’esprit de l’exposition.

Les archives du rêve. Dessins du musÉe d’Orsay : carte blanche à Werner Spies

Jusqu’au 30 juin, Musée de l’Orangerie, Jardin des Tuileries, 75001 Paris, tél. 01 44 50 43 00
www.musee-orangerie.fr
tlj sauf mardi 9h-18h, catalogue, coédité par le Musée d’Orsay et Hazan, 2014, 432 pages, 49,99 €.

Légende photo
William Degouve de Nuncques, Nocturne au parc Royal de Bruxelles : croisements d’allées, 1897, pastel, 65 x 50 cm, Musée d’Orsay, Paris. © Photo : RMN (Musée d’Orsay)/Hervé Lewandowski.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°412 du 25 avril 2014, avec le titre suivant : Quand Werner Spies rêve

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