José Berardo, homme d’affaires et collectionneur portugais

« Pour moi, collectionner, c’est préserver »

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 28 octobre 2008 - 1247 mots

Après avoir fait fortune en Afrique du Sud dans les domaines de l’or, du vin et de la banque, le milliardaire José Berardo est retourné au Portugal en 1986. Collectionneur éclectique, il a mis en dépôt au Centre culturel de Belém, à Lisbonne, 862 œuvres pour dix ans dans un musée qui a pris son nom en 2007. Une sélection d’environ soixante-dix pièces d’art moderne et contemporain issues de sa collection est actuellement présentée à Paris, au Musée du Luxembourg (jusqu’au 22 février 2009). José Berardo commente l’actualité.

Comment est née l’idée de faire cette exposition de votre collection au Musée du Luxembourg à Paris ?
Sylvestre Verger nous a rencontrés avec Jean-François Chougnet [directeur de la collection Berardo] pour évoquer la possibilité de faire cette exposition. Nous sommes très contents de l’exposer ici et sommes très fiers d’être associés au Musée du Luxembourg.

Comment ont été choisies les œuvres exposées ?
Nous avons regardé quelles étaient les œuvres disponibles. Le commissaire [André Cariou] a choisi les pièces et nous avons fait en sorte de libérer celles qu’il voulait montrer ici. Nous avons beaucoup d’autres expositions en ce moment, mais nous nous sommes arrangés.

Comment s’est constitué cet ensemble ?
Cette collection, depuis la première œuvre, a été réunie pour constituer une collection d’art du XXe siècle. Initialement, elle commençait après la Deuxième Guerre mondiale. Puis, nous avons décidé de remonter au début du XXe siècle. J’ai des conseillers. Chaque pièce a été acquise non pas sur une logique de coup de cœur, mais selon le pedigree. Nous ne nous sommes pas attachés seulement aux noms, mais nous avons essayé de choisir le meilleur de chaque artiste quand nous le pouvions.

Où achetez-vous ?
À l’origine, beaucoup de choses ont été acquises ici [à Paris] en galeries. Puis nous avons acheté aux enchères dans différentes parties du monde, en France, en Angleterre, à New York, à Milan, en Allemagne…

Mais vous vous refusez à fréquenter les foires.
Oui, mais mes conseillers y vont. Moi, j’ai une approche très romantique. Si des œuvres me plaisent, je les achète pour moi, pour ma propre collection, parce que je possède ma propre collection à côté de la collection Berardo.

Cette collection est-elle celle qui est accrochée chez vous ?
Oui, dans mes différentes propriétés. Cette collection n’a rien à voir avec l’autre. Je possède ces œuvres parce que je les aime, sans prendre en considération le nom de l’artiste. Pour la collection Berardo, j’ai des conseillers qui me disent quelles œuvres je dois acheter parce qu’elles ont été exposées ici ou là. Nous connaissons l’histoire de chaque pièce de la collection. Ensemble, elles ont été présentées dans plus de neuf cents musées dans le monde.

La collection Berardo est très éclectique. Vous collectionnez de l’art contemporain, de l’Art déco ou de la céramique portugaise. Pourquoi ?
L’idée est de donner aux étudiants, aux artistes portugais, la possibilité d’avoir accès à des œuvres parmi les plus importantes au monde. Ils peuvent aussi découvrir différents artistes et mouvements, parce que sont représentés dans la collection soixante-treize mouvements différents du siècle passé.

Pourquoi collectionnez-vous ?
Pour moi, collectionner, c’est préserver, c’est pourquoi j’ai tout type de collections. Parfois, on me propose d’acheter des collections réunies au cours de trente ou quarante ans. Si je les aime, je les achète pour les préserver ensemble. Un journal anglais a écrit que ma collection était plus importante que celle du Guggenheim. Le New York Times a dit que la Collection Berardo était une bible qui donnait une vision complète sur ce qui est arrivé en art au siècle dernier. Le XXe siècle correspond au moment où les artistes ont disposé de champs illimités. Aujourd’hui, après Duchamp, tout peut être dit.

Achetez-vous beaucoup d’œuvres d’artistes portugais ?
J’ai toujours voulu acheter des œuvres d’artistes internationaux. Parce que je voulais que les artistes portugais puissent voir leurs travaux. Mais ma première acquisition pour la collection a été celle d’une œuvre d’une portugaise, Maria Elena Vieira da Silva.

Où exposez-vous la collection Berardo ?
Au Berardo Collection Museum à Lisbonne, au Musée de Sintra, à Madère… et nous prêtons aussi beaucoup d’œuvres à d’autres musées. Après que les Talibans ont fait exploser les Bouddhas de Bâmiyân, je suis allé en Chine et j’ai acheté 6 000 tonnes de Bouddhas en granit ou en marbre. Nous les avons ramenés au Portugal et installés dans un jardin, le jardin de la paix, à Bombarral. Il est déjà ouvert au public mais il n’a pas encore été inauguré officiellement.

Lorsque vous avez ouvert votre musée à Lisbonne, pourquoi avez-vous souhaité une contribution de l’État portugais ?
Mon idée, au sujet de cette collection, c’est qu’elle ne m’appartient pas, ni à personne. Je pense que l’art appartient à tout le monde. Quand nous nous retournons vers le passé, ce qui retient notre attention est toujours lié à la culture. Il est donc très important de préserver. Dieu merci, on construit toujours de nouveaux musées. Les gens sont de plus en plus sensibilisés au fait qu’il est important de préserver la culture.

Cette partie de la collection sera-t-elle achetée par l’État portugais ?
Nous ne le savons pas. L’État a une option, mais ce n’est pas sûr qu’il l’utilisera, mais je ne suis pas inquiet. C’est l’une des conditions que le gouvernement portugais a souhaité [pour contribuer financièrement au musée]. Ce qui est important à mon sens, c’est que la collection ne soit pas dispersée.

Vous étiez aussi en contact avec la France avant de trouver un accord avec le gouvernement portugais.
Nous avons eu des réunions constructives avec le ministre français de la Culture et nous sommes allés à Toulouse. L’idée était d’y installer un musée pour ma collection parce que les négociations avec le gouvernement portugais étaient compliquées. Quand ce dernier a su que ma collection pourrait venir en France, il a été très vexé et a réussi à arrêter nos discussions à temps. Mais j’étais très intéressé par Toulouse.

Avez-vous encore des projets en France ?
Nous espérons que quelque chose va évoluer dans le bon sens. J’aime la France.

Nous traversons actuellement une grave crise financière. Pensez-vous qu’elle va avoir un impact sur le marché de l’art ?
Cette crise est importante. Heureusement que j’ai investi dans l’art, parce que si j’avais toute ma fortune dans les banques ou sous forme d’actions, je me ferai beaucoup plus de soucis ! J’ai perdu beaucoup d’argent en bourse cette année, c’est un peu mieux maintenant. Les gouvernements ont injecté beaucoup d’argent dans les banques, mais je ne pense pas qu’ils vont résoudre le problème. Il devrait y avoir davantage de contrôles. Les marchés devraient être mieux régulés. Les contrôleurs gouvernementaux devraient pouvoir contrôler ces personnes qui réussissent à avoir beaucoup de pouvoir sur le marché. Et deviennent incontrôlables. Il y a moins de spéculateurs dans le marché de l’art. Parce qu’en art, on ne peut pas acheter une œuvre future, ou un « Picasso loan ». On ne peut qu’acheter en espérant vendre plus cher, ce qui est un business normal. Mais on ne peut pas faire sur le marché de l’art ce que certains font sur les marchés financiers. C’est un cauchemar. Sans réglementation, les gouvernements ne pourront jamais dormir tranquille.

Quelles expositions vous ont marqué dernièrement ?
« Picasso et les maîtres » au Grand Palais. Picasso, dans les années 1920 et 1930, s’inspire des grands maîtres, ce qui est remarquable. C’est un bon signe pour les jeunes artistes. On peut avoir une nouvelle imagination, mais en fait on ne découvre jamais rien de neuf.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°290 du 31 octobre 2008, avec le titre suivant : José Berardo, homme d’affaires et collectionneur portugais

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