La collection du Commandeur

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 21 novembre 2008

Collectionneur fervent, José Berardo l’est depuis toujours.

Après les timbres, les cartes postales, les minéraux, il accumule des peintures d’Afrique du Sud (où il émigre à l’âge de 19 ans) et mille autres choses. Mais rien ne le prédisposait à réunir l’une des collections privées d’art moderne et contemporain les plus importantes d’Europe. Lui-même évoque avec humour sa méconnaissance de l’histoire de l’art en racontant cette anecdote : présentant à sa femme une de ses premières acquisitions, il est surpris qu’elle émette l’hypothèse que ce n’est peut-être pas une toile originale. Effectivement, c’est une copie… de La Joconde !
De retour au Portugal au début des années 1990, après avoir fait fortune dans des domaines aussi variés que l’or, le vin, la banque ou les télécommunications, celui que ses compatriotes nomment le « Commandeur », conseillé par des experts judicieusement choisis, entreprend de réunir une collection de peintures et de sculptures du xxe siècle avec l’ambition d’ouvrir le premier musée d’art moderne du Portugal.
Il est vrai que plus de quarante ans de dictature avaient laissé le pays pauvre en œuvres importantes du xxe siècle. Le musée Collection Berardo ouvre en 2007 à Lisbonne. Huit cent soixante-deux œuvres y sont déposées pour dix ans, à l’issue desquels l’État bénéficie d’une option d’achat exclusive.
L’exposition « De Miró à Warhol » réunit un choix de soixante-quatorze œuvres de la collection. Organisée autour de quatre courants majeurs du xxe siècle : le surréalisme, l’abstraction géométrique en Europe entre les deux guerres, le Pop Art américain confronté au Nouveau Réalisme français et, dans la dernière salle, les abstractions géométriques et lyriques des années 1960, de Frank Stella notamment, elle permet de vérifier une fois de plus l’extraordinaire richesse des mouvements artistiques du siècle dernier.
Le parcours de l’exposition, agréablement didactique, permet de surprenantes rencontres. Un grand paravent vert d’Yves Tanguy (il n’en a peint que deux) côtoie un des objets les plus emblématiques du surréalisme : le Téléphone aphrodisiaque blanc de Salvador Dalí. Et la découverte ou la redécouverte de quelques noms oubliés ou mal connus, Francis Gruber, Pierre Roy ou Jacques Hérold, est un plaisir dont il serait dommage de se privr.

Voir

« De Miró à Warhol. La collection Berardo à Paris », musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard, Paris VIe, www.museeduluxembourg.fr
jusqu’au 22 février 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°608 du 1 décembre 2008, avec le titre suivant : La collection du Commandeur

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