Mardi 10 décembre 2019

Italie - État d’urgence

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 19 septembre 2011 - 744 mots

Après une série de scandales, le nouveau ministre veut renforcer son ministère et s’appuyer sur le privé.

Dans la botte italienne, les restrictions budgétaires dans le domaine culturel n’ont, hélas, plus rien d’inédit. En dix ans, le poids de la Culture dans les dépenses de l’État italien s’est lentement érodé, glissant de 0,48 % (2001) à 0,18 % (2011). La chute s’est toutefois récemment accélérée, faisant passer le budget du ministère pour les Biens et les Activités culturels de 1,7 à 1,2 milliard d’euros, entre 2009 et 2011. Et l’ampleur de la dette publique italienne, qui s’élevait en août à 1 900 milliards d’euros, n’est guère propice à une inversion de tendance. Pourtant, depuis quelques mois, le secteur des biens culturels a vécu une série de psychodrames alarmants. Après l’effondrement, en novembre 2010, d’une partie de la Maison des gladiateurs du site de Pompéi, c’est au tour de la célèbre Pinacothèque Brera de Milan de subir les conséquences d’une politique culturelle italienne qui part à vau-l’eau. Le 11 juin, à la suite de violents orages, le musée a subi de graves infiltrations. Un accident a été évité de justesse pour le célèbre tableau de Raphaël, le Mariage de la Vierge. La faute à une toiture qui attend depuis trop longtemps sa réfection. Signe d’un malaise, l’affaire n’a été révélée qu’au mois d’août par un technicien du musée.

Ajoutons à ces scandales quelques déclarations fracassantes, telle celle de l’implacable ministre des Finances, Giulio Tremonti, « la culture ne donne pas à manger », mais aussi quelques initiatives de mauvais goût, comme utiliser les célèbres bronzes grecs de Riacce – ridiculisés en futurs vacanciers pour faire la promotion du tourisme calabrais –, et tous les ingrédients d’une ambiance délétère sont désormais réunis. Intellectuels et artistes se relaient désormais pour dénoncer une politique délibérée de « mise à mort de la culture italienne ». Las ! Les initiatives susceptibles de prêter le flanc à la critique continuent à fleurir. L’État vient de publier une liste de monuments transférables aux collectivités locales, qui comprend notamment les murs de Vérone ou le couvent San Domenico à San Gimignano, alors que les collectivités rechignent déjà à assumer l’entretien de leur patrimoine. La Ville de Florence vient ainsi d’innover en offrant aux entreprises en guise d’emplacement publicitaire les façades de 60 monuments, Palazzo Vecchio compris. Tarif : entre 50 000 et 300 000 euros pour quatre jours.

Un « plan Roosevelt »
Tribunes et pétitions venant régulièrement rappeler au gouvernement que la protection du patrimoine historique et artistique et des paysages est un principe constitutionnel (article 9), Giancarlo Galan, le nouveau ministre des Biens culturels, tente désormais d’inverser la tendance. Nommé le 23 mars, il a remplacé Sandro Bondi, exfiltré du gouvernement après le scandale de Pompéi. Sa stratégie ? User de son poids politique – ancien parlementaire, il a été ministre de l’Agriculture mais aussi gouverneur de Vénétie – pour obtenir quelques arbitrages en faveur de son ministère. « La politique a besoin de culture autant que la culture a besoin de politique », a-t-il ainsi martelé devant les sénateurs lors de sa prise de fonction. Alors que son prédécesseur avait accepté sans mot dire, en 2009, les premières coupes budgétaires drastiques, Galan plaide pour le lancement d’un « plan Roosevelt pour la culture » qui passerait par une « révolution libérale » du secteur culturel. Son activisme politique pourrait toutefois déjà porter ses fruits. Durant l’été, le ministre a obtenu le vote d’un amendement sénatorial à la prochaine loi de finances (décret-loi du 13 août 2011 no 138), qui fixe à 2014 l’objectif de 47 milliards d’euros d’économie sur les dépenses publiques. Les interventions de conservation et de restauration sur les biens culturels seraient ainsi expressément exclues des mesures de réduction budgétaires. La menace d’une suppression des subventions allouées aux instituts de recherche serait également levée. Reste que le pompier Galan aura encore fort à faire pour restaurer la confiance dans un système culturel à bout de souffle, quand son ministère est encore régulièrement critiqué pour des problèmes récurrents d’arriérés de paiement et une défaillance dans la consommation de ses crédits. Proposer de réduire de 20 % à 2 % le taux de TVA sur le sponsoring n’y suffira sans doute pas

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°353 du 23 septembre 2011, avec le titre suivant : Italie - État d’urgence

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