Société

Galeristes et artistes luttent contre la gentrification de Chinatown

Par Antonin Gratien · lejournaldesarts.fr

Le 10 juin 2019 - 395 mots

NEW YORK / ETATS-UNIS

Les associations locales ont  obtenu la suspension d’un projet de construction de tours dans le quartier.

Pell street à Chinatown, Manhattan, en 2009. © Photo Chensiyuan
Pell street à Chinatown, Manhattan, en 2009.

C’est une victoire provisoire pour les new-yorkais, artistes et galeristes mobilisés contre l’édification de nouveaux immeubles luxueux à proximité de Chinatown. Mercredi 5 juin, un juge de la Cour suprême de New York a ordonné la suspension temporaire du projet de construction de tours durant deux mois. Une plainte d’association locale dénonce le passage en force du projet et ses risques de gentrification.

“ Pas de tours ! Pas de compromis ”, pouvait-on lire sur les pancartes que brandissaient des dizaines de manifestants sur les marches de la Cour suprême à Manhattan mercredi dernier. Au même moment, la plainte déposée en mars par l’association Lower East Side Organised Neighbours (LESON) contre plusieurs organismes de la ville de New York ayant donné leur aval au projet de construction était discutée au tribunal.

Se définissant comme une “ coalition d’artistes et de professionnels de l’art cherchant à amplifier les démarches de ceux qui luttent contre la prédation immobilière ”, l’organisation locale Art contre le Déplacement, fondée en 2017, a soutenu l’initiative de LESON. En cause, le projet de tours porté par les entreprises JDS, CIM and L&M Development Partners et CIM Group dans le quartier des Deux Ponts, partiellement situé à Chinatown, comportant près de 3 000 nouveaux logements bien au-dessus des revenus des habitants du quartier.

Investi par la communauté chinoise, mais aussi hispanique et afro-américaine, cet espace compte de nombreux logements sociaux ainsi que plusieurs maisons de retraite. Les représentants du LESON et de l’Art contre le Déplacement craignent que ces tours n’entraînent le départ des résidents aux revenus les plus modestes.

On peut s'étonner que des galeristes s’engagent contre cette perspective. En effet, ils profitent habituellement de la proximité avec les populations au fort pouvoir d’achat, et la présence même de galeries est souvent synonyme - sinon moteur - de gentrification. Toutefois, les galeristes soutiennent que la construction des tours détruirait l’identité patrimoniale du quartier, et que plusieurs de leurs entreprises ne survivraient pas à une inflation des loyers.

“ La décision du juge d’ordonner une suspension temporaire de deux mois n’impacte pas notre calendrier puisque la construction n’était pas imminente ”, a déclaré un représentant des promoteurs immobiliers. L’avenir des tours sera décidé par Arthur Engoron, le magistrat en charge du dossier, d’ici la fin du mois d’août.
 

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