Entre les arts, le cinéma et la musique, mon cœur Valence (part I)

À la première Biennale de Valence Bonito Oliva fait équipe avec Greenaway

Le Journal des Arts

Le 29 juin 2001

Petite dernière parmi les manifestations internationales, la Biennale de Valence ne fait pas dans la discrétion pour sa première édition. Envahissant la quasi-totalité des lieux d’exposition de la cité espagnole, la manifestation, placée sous la bannière de la « communication entre les arts », accueille des invités prestigieux comme Robert Wilson ou Emir Kusturica. Avec « Le corps de l’art », le projet commun d’Achille Bonito Oliva et Peter Greenaway, les arts plastiques ne seront toutefois pas délaissés.

Même dans le choix de ses dates, la Biennale de Valence essaie de mimer sa (très) grande sœur : Venise. Pour les organisateurs, cette coïncidence n’est pas un inconvénient ; a contrario, c’est une opération stratégique permettant de mettre à profit la marée de commissaires et de journalistes internationaux qui affluent vers l’Italie à cette époque. Mais la Biennale de Valence se singularise par ses choix. En lieu et place d’un critique d’art de renommée internationale, le commissariat de la manifestation a été confié à un spécialiste en marketing et en communication : Luigi Settembrini. Le pragmatisme l’a emporté, et la Biennale ne prétend pas seulement être une manifestation culturelle. Elle est aussi un événement qui “crée de l’emploi et assoit le tourisme”, en même temps qu’elle consolide le rayonnement international de la ville, estime Consuelo Ciscar, sous-secrétaire à la Promotion culturelle. Sous-titrée “Un monde nouveau – La communication entre les arts”, la manifestation veut dépasser le cadre des arts plastiques en établissant des échanges avec la littérature, le théâtre, la scénographie, la musique, la peinture, la photographie, la performance la vidéo, la danse ou la mode... Une approche dans l’air du temps, comme en témoigne l’édition 2001 de la Biennale de Lyon (lire notre supplément p. I à VIII). À l’image de cette pluridisciplinarité, l’ensemble des événements de la Biennale a été dispersé dans la plupart des espaces institutionnels de Valence, avec pour chaque projet un commissaire : Robert Wilson et Viktor Misiano organisent la leur – “Russian madness” – dans les Arsenaux, tandis que l’Almudi accueille une installation d’Emir Kusturica et Mladen Materic. Quant à Shiro Takatani en collaboration avec Fujiko Nakaya, il présente pour les nuits d’été un projet de son et lumière dans les docks du port. La Gallera fera, elle, la part belle à la musique avec le projet de Scanner qui, en septembre, laissera place à l’intervention de José Antonio Orts. Enfin, la création locale sera à l’honneur à San Miguel de Los Reyes où une exposition collective intitulée “Lignes de fuite”, menée par le critique David Pérez, promet “un possible visage du jeune art valencien”. Pour le versant plus mobile, le Videorom, conçu par le collectif de designers hollandais Droog Design, assurera dans toute la ville et pendant 123 jours, la diffusion de 123 vidéos d’artistes sélectionnés par Cristiana Perrella.

Symbolisée par cette effervescence et la présence de personnalités comme Robert Wilson ou Emir Kusturica, l’interdisciplinarité n’est toutefois pas le sujet même de la Biennale. Pour Luigi Settembrini, son cadre thématique reste celui “des passions, les vices et vertus humaines suivant la systématisation de la pensée philosophique issue de la tradition théologique chrétienne”. Si le thème est suffisamment large pour englober la totalité ou presque des différentes propositions, il semble surtout avoir été énoncé autour du projet mené par Achille Bonito Oliva et Peter Greenaway. Intitulé “Le corps de l’art”, l’exposition phare de la Biennale s’est installée dans le couvent des Carmélites remodelé pour l’occasion par le designer Denis Santacharia et l’architecte Peter Bottazzi. Réunissant une centaine d’artistes, dont l’éclectisme – Yoko Ono, Kulik, Closky, Lavier, Thoretton, Kapoor ou encore Dj Spooky – n’a d’égal que l’ambition du propos, l’exposition entend envisager les œuvres d’art présentées comme autant de cellules métaphoriques du corps humain (lire l’entretien ci-contre).

- BIENNALE DE VALENCE, jusqu’au 20 octobre, Carrer Sant Pius V 9, Valence, Espagne. Tél. 34 963 693 088/963 605 793, www.bienaldevalencia.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°130 du 29 juin 2001, avec le titre suivant : Entre les arts, le cinéma et la musique, mon cœur Valence (part I)

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