Vendredi 23 février 2018

Du rififi chez Vasarely

Trois ans de prison requis contre Charles Debbasch

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 4 février 2008

Devant le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, trois ans d’emprisonnement – dont dix-huit mois à deux ans ferme –, une amende de 2,5 millions de francs
et une mesure de privation des droits civiques et de famille durant cinq années ont été requis vendredi 14 décembre contre l’ancien président de
la Fondation Vasarely, Charles Debbasch. Président de l’université d’Aix-Marseille-III au moment des faits et ancien conseiller du président Valéry Giscard d’Estaing, il est accusé du détournement de 3 millions de francs (450 000 euros) et de plusieurs toiles du peintre d’origine hongroise, au côté de Pierre Lucas, ancien délégué général de la fondation.

AIX-EN-PROVENCE - Devant le tribunal correctionnel, le procureur Annie Brunet-Fuster a réclamé le maximum des peines encourues, considérant que Charles Debbasch s’était livré à “un pillage systématique de l’œuvre de Victor Vasarely”. Président de la Fondation Vasarely de 1981 à 1993, l’ex-doyen de la faculté de droit, aujourd’hui âgé de soixante-quatre ans, à qui l’artiste décédé en 1997 vouait “une confiance aveugle” selon l’accusation, aurait, au fil du temps, accentué sa mainmise sur l’établissement jusqu’à en faire “sa chose”. Il aurait détourné 2,3 millions de francs, via un circuit complexe impliquant une société panaméenne ayant un compte bancaire en Suisse, l’Art Technical Research (ATR). Estimant avoir été exclue de la gestion de la fondation, la famille Vasarely avait déposé entre 1992 et 1994 trois plaintes successives contre l’ex-doyen de la faculté de droit, qui avaient abouti à son interpellation mouvementée le 27 novembre 1994 – protégé par des étudiants, il s’était réfugié pendant deux jours dans l’université. De son côté, Charles Debbasch reproche à la famille Vasarely, contre laquelle il a lui aussi déposé plusieurs plaintes, d’avoir “dépouillé totalement la fondation”.

Longueur de la procédure
Après avoir passé plus de deux mois en détention provisoire, l’ancien doyen a également introduit un recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme pour protester contre la longueur de la procédure. Lors de la deuxième journée d’audience, le 12 décembre, Charles Debbasch a systématiquement pris le contre-pied des thèses de l’accusation. “On va reprendre tout ça car ce que vous dites est exactement le contraire de ce qu’il y a dans le dossier”, lance le président du tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, Alain Ramy, à l’adresse du prévenu. Celui-ci dément toutes les accusations, notamment le détournement de quelque 324 000 francs pour des travaux dans son appartement parisien, et met en cause le déroulement de l’instruction, divers témoignages ainsi que l’attitude de certains gendarmes. “Un des moyens de la défense, c’est de dire que ce qui ne vous arrange pas a été obtenu sous la pression”, lui répond le président, le sommant de ne pas “répondre par une attaque à chaque fois qu’on pose une question !” Partie civile et belle-fille du peintre, Michèle Vasarely a affirmé que son beau-père l’avait “menacée” – “je vous tuerai, je vous anéantirai” – en 1989, lorsqu’elle s’était étonnée du nouveau mode de versements par l’ATR. Des propos que l’accusé juge “abracadabrants”. Entendu par ailleurs sur le rapport payé par la fondation (13 000 francs) à sa concubine, il répond : “Ce n’est pas madame Tibéri. Ce n’est pas la fermière du coin. C’est un chercheur de haut niveau qui a effectué un travail de recherches sur la jurisprudence des fondations.” Charles Debbasch est, enfin, accusé d’avoir volé plusieurs toiles en compagnie de Pierre Lucas, dont certaines ont été retrouvées au domicile de la mère de ce dernier. Pierre Lucas aurait, quant à lui, détourné une partie du produit de la vente de certains tableaux au Liechtenstein et en Suisse, pour environ un million de francs (152 000 euros). Le jugement a été mis en délibéré au 20 février.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°139 du 21 décembre 2001, avec le titre suivant : Du rififi chez Vasarely

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