Mardi 25 septembre 2018

Dominique Voynet, Les Verts

« Valoriser les pratiques artistiques amateur »

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 2 août 2007 - 1151 mots

Quel doit être selon vous le rôle du ministère de la Culture ? Quel budget souhaitez-vous lui
accorder ?
Le ministère de la Culture est aujourd’hui inaudible, sans souffle, et ses nominations « fait du Prince » ne le grandissent pas. Son existence est pourtant indispensable pour garantir la liberté de l’artiste, les financements des structures, la bonne fin des processus décentralisés, et l’équité de l’aménagement du territoire.

Nous sommes pour la création d’un grand ministère d’État de la Culture qui ne soit ni le « temple du clientélisme », ni le « couloir des partisans ». Ce ministère aura les moyens d’affirmer haut et fort la culture comme mission de service public, tout en garantissant la liberté de l’artiste, le foisonnement de la création comme le soutien et la valorisation de toutes les pratiques artistiques amateur, en tant que mode d’expression et d’épanouissement personnel, source d’échange et fondement d’un nouvel art de vivre. Il devra redonner à l’éducation artistique d’une part, à la rencontre des artistes d’autre part, toute sa place à l’école.

Sous quelles formes l’État doit-il soutenir la création contemporaine ? Comment concevez-vous le rôle de l’artiste dans la société ?
Globalement, les systèmes d’aide à la création contemporaine qui existent actuellement fonctionnent plutôt bien. Force est de constater qu’ils ont permis à la France de conserver un réseau de scènes théâtrales et une industrie du cinéma sans équivalent en Europe. Différents points sont cependant à améliorer. Il nous apparaît par exemple essentiel que les décisions soient prises dans la transparence et que des représentants du public soient associés aux commissions d’experts (les « experts » ne sont jamais aussi bons dans leurs prises de décisions  que lorsqu’ils sont obligés de les prendre conjointement avec des « candides »).

Nous souhaitons aussi qu’une plus grande partie des aides, notamment au spectacle vivant, relève de mécanismes automatiques, à l’image de l’avance sur recette pour le cinéma.

En ce qui concerne le « rôle de l’artiste », nous ne croyons pas au mythe de l’artiste avec un grand « A ». Les gestes et les rôles des artistes relèvent de la diversité. Il est tout aussi nécessaire d’avoir des artistes engagés dans un processus de recherche – que d’aucuns qualifieront d’élitiste –, que des artistes de terrain engagés dans la société, afin d’en faire ressortir les paradoxes voire les absurdités. Pour nous la coupure entre culture et éducation populaire n’a aucun sens.

Les différents plans de relance de l’éducation artistique se sont jusqu’à présent soldés par des échecs. Comment améliorer le dialogue avec le ministère de l’Éducation nationale afin de développer l’enseignement artistique à l’école ?
Les Verts regrettent que l’éducation artistique soit vraiment le parent pauvre de l’Éducation nationale. Pourtant nous considérons que la politique d’éducation et d’aide aux pratiques artistiques est le meilleur relais de la démocratie culturelle. L’éducation culturelle et artistique doit être pleinement intégrée et développée dans les socles communs de connaissance de l’Éducation nationale et compter en tant que telle dans les évaluations et examens.

L’éducation et les pratiques culturelles et artistiques doivent être également encouragées à tous les niveaux par une relance des aides aux associations d’éducation populaire et aux collectifs d’artistes engagés dans la formation.

L’État doit-il faire appel au secteur privé pour financer son action en faveur de la culture ?
Nous ne refusons pas le mécénat ; si effectivement l’économie privée veut investir dans la culture à travers le mécénat, on ne peut que s’en féliciter. Mais cela ne saurait s’accompagner d’un désengagement des pouvoirs publics (sinon la liberté de l’art sera celle du goût des nantis de l’époque). De plus, il faut être prudent sur les cofinancements publics-privés, car, par expérience, très souvent dans ce genre d’accord le public investit beaucoup plus d’argent que le privé. Au final, on se retrouve dans une exposition où l’on a l’impression qu’elle est privée, et donc on ne doit pas financer le paiement d’une publicité induite. Ainsi, il faut bien encadrer le mécénat pour éviter les dérives en termes de marketing.

Êtes-vous favorable à des avantages fiscaux pour encourager la culture ? Si oui, lesquels ? Pensez-vous que les œuvres d’art doivent être prises en compte dans l’assiette de l’ISF ?
Nous sommes favorables à la défiscalisation des achats d’œuvres d’art au travers de réductions d’impôts accordées aux particuliers, aux entreprises, considérant que les uns et les autres soutiennent la production des artistes et ainsi toute la création. Par ailleurs, il est indispensable que cela ne contribue en rien à la constitution d’un patrimoine personnel, mais renforce l’accès pour tous à des œuvres collectives.

Comment remédier à l’échec de la démocratisation culturelle ?
La démocratie culturelle, nous avons la responsabilité de la concrétiser (et non s’en gargariser comme beaucoup), et à cet effet nous sommes pour une totale transparence des décisions et une réelle participation citoyenne aux politiques culturelles.

Nous sommes très attachés à ce que les institutions ouvrent des espaces plutôt que de formater des pratiques. Il faut construire des lieux de partage, des lieux de diffusion, des lieux destinés à l’exercice et au développement des pratiques artistiques et culturelles dans des espaces collectifs, ouverts à tous et d’un accès aussi simple que peut l’être un équipement public destiné aux pratiques sportives.
Au cœur de la démocratisation de la culture, il est nécessaire d’avoir une réelle politique d’éducation et d’aide aux pratiques artistiques.

Enfin, il faut mettre en place des passerelles entre les arts, la culture, l’éducation populaire et les politiques de la ville, [passerelles] destinées à divulguer la culture auprès de tous les citoyens, afin que chacun possède un minimum d’outils critiques face aux problèmes éthiques, sociaux, économiques… de la société.

Êtes-vous collectionneuse ? Si oui, dans quelle spécialité ? Quelle exposition vous a marquée récemment ? Quel est votre musée préféré ? Quel est votre artiste préféré ?
Je n’ai pas l’âme d’une collectionneuse, sauf, en cette période, de soutien et de voix !
Je manque souvent de temps pour me rendre à des expositions, mais je suis curieuse et, lorsque je me déplace à l’étranger, j’essaie toujours de prendre un moment pour visiter des lieux culturels. Ma
culture se nourrit plus de films, de livres et de bandes dessinées, le cinéma et la lecture étant des activités que je peux facilement improviser en fonction de mon emploi du temps.

Enfin, j’apprécie des artistes de ma région, dont je possède quelques œuvres, en particulier deux peintres, Sama et Yves Regaldi, ou encore le photographe Gérard Benoît à la Guillaume.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°257 du 13 avril 2007, avec le titre suivant : Dominique Voynet, Les Verts

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