Vendredi 22 novembre 2019

Des jardins en peinture

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 27 avril 2011 - 678 mots

Le Musée de la vie romantique, à Paris, prête ces cimaises à l’art du jardin pittoresque - Un retour sur l’histoire de la nature domestiquée.

Un jardin à mes yeux est un vaste tableau. / Soyez peintres […] Les arbres, les rochers, les eaux et les fleurs / Ce sont là vos pinceaux, vos toiles, vos couleurs. » En 1782, l’abbé Delille écrit ces quelques vers dans un poème intitulé Les Jardins ou l’art d’embellir les paysages. Pour l’écrivain, rien de mieux en effet qu’un tableau pour permettre à l’artiste de fixer l’image du spectacle de la nature, pour constituer le brillant brouillon d’une composition du végétal soigneusement mise en scène. À la fin du XVIIIe siècle, en matière de jardin, les temps ont en effet changé. Après les rigueurs du parc absolutiste à la française, qui avait imposé son tracé au cordeau, l’heure est venue de réintroduire une nouvelle sensibilité. Les peintres et les poètes se saisissent du sujet pour plusieurs décennies. Parcourir un jardin devient alors synonyme d’émotion, mais aussi de réflexion sur les leçons de la nature. Les Rêveries d’un promeneur solitaire de Rousseau n’ont-elles pas pour cadre le parc d’Ermenonville ? Si la tendance est apparue depuis les années 1720 en Angleterre, ce goût nouveau arrive en France sous le règne de Louis XVI. Il se maintiendra sous diverses formes jusqu’au milieu du XIXe siècle, avant que le jardin ne redevienne l’affaire de concepteurs techniciens. Il n’empêche : le jardin a entrepris une mue radicale, avec sa topographie accidentée, ses contrastes entre espaces gazonnés, bosquets et parterres de fleurs, eaux vives ou bassins mais aussi ses fabriques éclectiques, alternant temples, grottes ou ruines et tombeaux.

Le Musée de la vie romantique, à Paris, consacre une exposition à cette mode du jardin pittoresque, réunissant à cet effet un bel échantillonnage de tableaux et de documents graphiques – dont de nombreux sont issus de collections privées. Un tableau illustre ce changement d’époque. En 1773, le duc de Chartres, cousin de Louis XVI, fait transformer son parc à la française qu’il avait pourtant fait aménager quelques années plus tôt. Il fait appel au peintre Carmontelle, qui en laisse une série de vues (Vue des jardins de Monceau, vers 1775, Paris, Musée Carnavalet). Hubert Robert recomposera, quant à lui, le parc de Méréville avec l’aide de Jean-Marie Morel, auteur d’une célèbre Théorie des jardins (1776). S’ils ne conçoivent pas de jardins, des peintres tels que Boilly ou Sublet n’hésitent pas à les utiliser en toile de fond de leurs tableaux. Grands plans aquarellés et dessins de fabriques séduisent les amateurs, signe d’un engouement pour le sujet. Ainsi de cette feuille signée par Claris – un inconnu – dessinant une fabrique en forme de tête de mort telle une étrange vanité (Fabrique en vanité, début XIXe siècle, Paris, collection particulière). 

Art de vivre 
Cette tendance de l’art du jardin ne fait pourtant pas l’unanimité. Le peintre Pierre-Henri de Valenciennes en dénonce le caractère artificiel, la multiplication des aménagements à la mode (grottes, fausses montagnes…) au détriment du « génie du lieu ». Le sujet se diffuse pourtant dans la société et le jardinage devient un art de vivre, d’abord très féminin. L’impératrice Joséphine, férue de sciences naturelles, suit avec la plus grande attention les travaux de son parc de Malmaison, achevé en 1808. L’époque est aussi celle de la vogue des portraits de plantes, telles les roses peintes à l’aquarelle par Pierre-Joseph Redouté, ou encore du Yucca gloriosa dans le parc de Neuilly figuré sous le pinceau du dessinateur scientifique Antoine Chazal (1845, Paris, Musée du Louvre). Vanté par Baudelaire au Salon de 1845, cette étrange icône avait été peinte pour le duc d’Orléans (dans son parc de Neuilly). La peinture joue alors pleinement son rôle pour témoigner de la place nouvelle acquise par l’horticulture.

JARDINS ROMANTIQUES

Commissariat : Catherine de Bourgoing, commissaire scientifique ; Daniel Marchesseau, directeur du Musée de la vie romantique

Scénographie : Claude d’Anthenaise, conservateur en chef du patrimoine, directeur du Musée de la chasse et de la nature, à Paris

Nombre d’œuvres : 130

JARDINS ROMANTIQUES FRANÇAIS (1770-1840). DU JARDIN DES LUMIÈRES AU PARC ROMANTIQUE

Jusqu’au 17 juillet, Musée de la vie romantique, hôtel Scheffer-Renan, 16, rue Chaptal, 75009 Paris, tél. 01 55 31 95 67, tlj sauf lundi 10h-18h. Cat., éd. Paris-Musées, 256 p., 30 euros, ISBN 978-2-7596-0159-2

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°346 du 29 avril 2011, avec le titre suivant : Des jardins en peinture

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