Vendredi 6 décembre 2019

Comment se faire remarquer

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 4 octobre 2011 - 687 mots

Expositions personnelles ou de groupe, face-à-face, appels à des curateurs : les exposants de la Fiac sortent le grand jeu pour promouvoir leurs artistes.

Dans une foire dominée par des poids lourds du marché, les galeries doivent souvent donner le change avec des pièces historiques, spectaculaires ou inédites. Le New-Yorkais David Zwirner présente ainsi sur la Fiac une œuvre de 1989 de Dan Flavin, réalisée spécialement pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française, mais jamais montrée dans l’Hexagone. Quand on ne peut s’offrir un tel luxe, on joue sur la présentation de stands inventifs et jouissifs, composés d’œuvres elles aussi historiques, mais agencées dans un esprit buissonnier. Habituée de l’exercice, la Galerie 1900-2000 (Paris) joue sur le thème de la machine à écrire comme machine à œuvrer, en convoquant des artistes aussi différents qu’Ian Wilson, Hanne Darboven, Giuseppe Chiari ou Jiri Kolar.

La galerie Le Minotaure (Paris) a, pour sa part, confié à l’historien de l’art Bernard Marcadé le soin d’orchestrer un projet autour du noir et blanc, clin d’œil aux Quatre histoires de blanc et noir de Frantisek Kupka. Ce duo chromatique servira de fil rouge entre le constructivisme et les œuvres de Bernd et Hilla Becher. Il reflète aussi la part d’ombre reliant les travestissements de Pierre Molinier à l’officier nazi Uncle Rudi de Gerhard Richter. « C’est une manière de montrer les œuvres en dehors de toute chronologie, dans un jeu assez formel et ludique », confie Bernard Marcadé, qui effectue l’accrochage avec la complicité de l’artiste Mathieu Mercier. Ce dernier siège d’ailleurs en majesté sur le stand de la galerie berlinoise Mehdi Chouakri, qui présente notamment Last Day Bed, un banc en marbre, dernière couche et avant-goût de la tombe. 

Ironie et politique
La galerie Frank Elbaz (Paris) a décidé de mettre en exergue l’une de ses dernières recrues, l’artiste Bernard Piffaretti, sous le libellé « Montage ». « L’exposition pose déjà la question du point de vue. Ici, «montage» est à relier à «bande-annonce», signe manifeste de ma première collaboration avec la galerie Frank Elbaz. Les tableaux présentés en mai étaient des figures repérables d’une histoire à venir (déjà écrite) où chaque cas de ma pratique nous projetait dans un futur antérieur, explique l’artiste. La bande-annonce matérialisée dans cet «empire du milieu» trouve son prolongement avec ce «montage» où les données événementielles sont transformées en fictions mémorielles. De plus, avec tous mes voisins de la Fiac, vous êtes mis à l’épreuve, vous passez du général au particulier et du particulier au général. » New Galerie (Paris) présente, quant à elle, une exposition personnelle de l’Autrichien Florian Schmidt, « Ribbon », composée de trois œuvres réalisées en différents matériaux. Ou quand la peinture résulte de gestes sculpturaux. De son côté, Galerie of Marseille (Marseille) consacre son stand à Berdaguer & Péjus avec des œuvres de la série Rosabel Believe. À travers des pièces baptisées Bulles de confiance, Sablier ou Timezone, la sculpture apparaît comme un outil d’introspection et de recherche.

Outre les expositions personnelles, plusieurs galeries jouent sur le face-à-face. Polaris (Paris) fait dialoguer les dernières photographies de la Franco-Marocaine Yto Barrada avec les vidéos du Palestinien Khaled Jarrar. Ce dernier montre notamment une installation aussi ironique que politique, baptisée State of Palestine, dans laquelle il propose aux habitants de Ramallah de remettre des green cards (permis de séjour) pour vivre en harmonie. Une œuvre qui revêt un sens tout particulier alors que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a demandé la reconnaissance d’un État palestinien aux Nations Unies. Une autre forme de sarcasme pointe dans le dialogue instauré par Marcelle Alix (Paris) entre Eduardo Costa et Tobias Kaspar sous le titre « Le bleu est à la mode cette année ». Un titre tout droit sorti d’un article du sémiologue Roland Barthes publié en 1960 dans la Revue française de sociologie. Les deux artistes jouent à la fois sur le vocabulaire de l’art conceptuel et les symboles populaires. Transgénérationnelle, la galerie Torri (Paris) propose une rencontre au sommet entre un jeune plasticien, Florian Pugnaire, et une tenante de l’Art concret, Vera Molnar. De quoi faire travailler les méninges des visiteurs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°354 du 7 octobre 2011, avec le titre suivant : Comment se faire remarquer

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