Mercredi 8 décembre 2021

Collection - Fondation - Suisse

Colère à la fondation Bührle

ZURICH / SUISSE

Son directeur désapprouve la nouvelle demande d’enquête de la Ville de Zurich sur la provenance des œuvres.

Lukas Gloor lors d'une conférence de presse donnée à l'occasion du vol de quatre toiles de la collection Bührle en 2008. © Nicholas Ratzenboeck / AFP
Lukas Gloor lors d'une conférence de presse donnée à l'occasion du vol de quatre toiles de la collection Bührle en 2008.
© Nicholas Ratzenboeck / AFP

Zurich. Depuis l’inauguration début octobre de l’extension du Kunsthaus de Zurich où 170 des 200 peintures impressionnistes du collectionneur et marchand d’armes Emil Bührle sont exposées, les critiques se succèdent. En cause, non seulement la mise en perspective documentaire considérée comme insuffisante de la collection mais, plus grave encore, un travail de recherche de provenance trop lacunaire selon les membres de la Commission Bergier (qui a travaillé de 1996 à 2001 sur mandat de la Confédération les fonds en déshérence et le rôle de la Suisse face à l’Allemagne nazie), notamment en ce qui concerne les « biens en fuite » de propriétaires juifs. Face à cette salve de critiques, la Ville de Zurich n’a eu d’autre choix que d’emboîter le pas aux historiens, demandant une nouvelle expertise externe (la provenance ayant été menée par la Fondation Bührle). Une exigence qui sonne comme un désaveu pour le directeur de la Fondation Bührle, Lukas Gloor. Interrogé le 14 novembre dernier par le SonntagsBlick, il s’étonnait de cette décision prise par la Ville sans en avoir été informé : « Pour le moment, des QR codes sont affichés à côté de chaque œuvre, qui mènent directement à notre recherche de provenance ; c’est un excellent outil de transparence. Mais il ne faudrait pas que la collection devienne un mémorial de la persécution nazie, cela ne rend pas justice aux œuvres. »

C’est dans ce même entretien qu’il annonce son départ de la fondation à la fin de l’année : « Mon travail est fait. Les œuvres sont au Kunsthaus. L’idée originelle était que le Kunsthaus reprenne nos recherches de provenance. L’empiètement de la Ville sur l’autonomie du Kunsthaus a maintenant créé une nouvelle situation. Si la Ville de Zurich dicte désormais au Kunsthaus comment la collection Emil Bührle doit être expliquée au public, nous ne pouvons plus continuer à y participer. » Ces propos, interprétés comme une menace de retrait des œuvres, ont participé à alimenter le malaise à Zurich, avant d’être relativisés par l’intéressé. Il est vrai que si le Kunsthaus a beaucoup à perdre de ce retrait, les dégâts (en termes financiers – même si l’accord de donation est tenu secret – comme d’image) seraient immenses du côté de la fondation qui a misé depuis des années sur cette vitrine.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°578 du 26 novembre 2021, avec le titre suivant : Colère à la fondation Bührle

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