Mardi 10 décembre 2019

Un immeuble protégé détruit illégalement à Korolievo, près de Moscou

Par Séverine Petit · lejournaldesarts.fr

Le 13 mars 2015 - 531 mots

KOROLIEVO (RUSSIE) [13.03.15] – L’immeuble, surnommé le Stroïburo, typique de l’architecture d’avant-garde des années 1930, avait été promis à la démolition avant d’être inscrit sur la liste du patrimoine culturel de Russie en 2013 alors qu’une fresque de Vassili Maslov y avait été découverte.

Dans la nuit du 6 au 7 mars 2015, un immeuble de la banlieue moscovite de Korolievo a été détruit sans autorisation à l’aide de trois pelleteuses, par un groupe non identifié. L’édifice construit dans les années 1930 par Alexandre Langman et Leonid Cherikover, architectes du stade Dynamo à Moscou, abritait une fresque importante de l’artiste Vassily Maslov appartenant à l’avant-garde russe.

Le Stroïburo, tel qu’était surnommé l’édifice, aurait dû être rasé et devenir un immeuble d’habitation de dix-neuf étages dès 2013. Une entreprise du bâtiment avait même déjà obtenu la propriété du terrain et le marché de la construction. Cependant, à la suite d’un incendie important à la fin de l’année 2013, une fresque monumentale à figures multiples est découverte sous les couches de peinture et de plâtre. L’œuvre est celle de Vassili Maslov et elle est unique, tant par la forme et le fond que par ce qu’elle représente pour l’artiste. Une partie de cet ensemble a d’ailleurs pu être déposée et montrée au Musée juif de Moscou, lors d’une exposition consacrée à l’avant-garde.

Le processus de démolition de l’immeuble a alors été suspendu, puis l’ensemble a rejoint la liste du patrimoine culturel de Russie, notamment grâce à l’action d’une association Arkhnadzor, dont le fondement est la vigilance citoyenne auprès de sites patrimoniaux russes. Un espoir de restauration voire de réhabilitation a fait jour avant que le saccage du 6 mars 2015 ne mette fin à tout projet patrimonial. Concernant la destruction sauvage de l’immeuble, Andreï Novitchkov, un militant de l’association Arkhnadzor dont les propos sont rapportés par RadioSvoboda, dit n’avoir aucune certitude. « Quelle entreprise du bâtiment est derrière la démolition ? Nous ne le savons pas. Ils n’avaient aucun signe distinctif permettant de les reconnaître. ». Il exprime tout de même une hypothèse, impliquant les pouvoirs publics locaux qui « récemment, par le biais des médias nationaux, ont fait des déclarations expliquant qu’il était temps de démolir le bâtiment et passer outre tous ces statuts de patrimoine culturel. »

Les militants de l’association ont régulièrement déclaré faire l’objet de menaces ou de pressions de la part des constructeurs. Le soir de la démolition, ils étaient menacés de mort, de pendaison, ou d’être brulés vifs. Les vandales leurs ont dit avoir tous les pouvoirs et ne pas craindre d’utiliser la force. Alors que la police locale était présente, accompagnant les promoteurs, deux personnes ont été rouées de coups, Nikita Inozemtsev du collectif Arkhnadzor et Elena Morozova, journaliste de l’édition Kasparov.ru. Les policiers n’ont pas bougé, refusant de « prendre parti dans le conflit ».

Une enquête va être ouverte sur les auteurs de la destruction de l’immeuble et de la fresque, pourtant protégés au niveau fédéral. L’affaire rappelle tristement ce qu’Andreï Zviaguintsev a récemment dénoncé à travers son film Leviathan, sorti en 2014, à savoir la complaisance voire la complicité des pouvoirs publics face aux enjeux financiers du bâtiment et de l’immobilier en Russie.

Légende photo

Le palais du Grand Kremlin à Moscou - © Photo Ed Yourdon - 2008 - Licence CC BY-SA 2.0 

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