Lundi 24 septembre 2018

Scandale

Vols à l’Ermitage

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 8 septembre 2006 - 549 mots

Après la disparition de nombreuses pièces, le directeur du musée de Saint-Pétersbourg a reçu un blâme.

SAINT-PÉTERSBOURG - Trois hommes ont été mis en examen dans l’affaire du vol de deux cent vingt et un objets conservés dans les réserves du Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Ces disparitions ont été constatées au printemps, lors de l’inventaire des collections du département d’art russe. Parmi les objets disparus figurent plus d’une centaine d’icônes du XIXe siècle avec châssis en or et argent, des vases en argent incrustés d’émaux, des montres et des bijoux, dont trois pièces signées Fabergé. Si les responsables du musée estiment la valeur totale des pièces manquantes à 5 millions de dollars (3,9 millions d’euros), Valentin Skurlov, spécialiste de la maison Christie’s, avance le chiffre de 15 millions de dollars. Marchands, collectionneurs et anonymes ont déjà restitué une vingtaine de ces objets, dont le plus précieux, Assemblée des saints, une icône de 1893.

Inspection générale
Dans un communiqué, le Musée de l’Ermitage indique que des membres de son équipe étaient impliqués dans ces vols, sans doute opérés entre 1999 et 2005. En octobre 2005, la mort soudaine de Larissa Zavadskaïa, conservatrice du département d’art russe, avait éveillé les soupçons. Son époux, Nikolaï Zavadski, professeur d’histoire, et son fils, qui collaborait avec elle, ont été mis en examen pour vols, de même qu’Alexandre Sobolev, professeur d’histoire de l’université de Saint-Pétersbourg. « Des preuves indiquent que ces individus, sur une longue période et avec l’accord de la défunte Zavadskaïa, ont subtilisé des pièces de joaillerie et d’orfèvrerie dans le dépôt du musée, qu’ils ont ensuite revendues », a mentionné le parquet russe dans un communiqué publié à la mi-août. Un marchand russe, Maxim Shepel, accusé d’avoir détenu quelques-uns des objets volés, a été relâché faute de preuves.
Mikhaïl Chvydkoï, directeur de l’Agence fédérale russe pour la culture et le cinéma, a déclaré que le gouvernement « sanctionnera autant que possible les responsables du Musée de l’Ermitage » pour avoir enfreint les règles de conservation et de documentation. Mikhaïl Piotrovski, directeur du musée, a reçu un blâme pour faute professionnelle, mais il n’a pas été invité à donner sa démission. Le ministère de la Culture russe a appelé, sur ordre du président Vladimir Poutine, à l’inspection de toutes les collections muséales russes, une première depuis trente ans. La récente annonce de la disparition des archives nationales de plusieurs centaines de dessins du peintre et architecte d’avant-garde Iakov Tchernikhov (1889-1951), des pièces dont la  valeur totale est estimée à plusieurs millions d’euros, n’a fait qu’accentuer l’urgence d’un tel recensement.

Informatisation des collections
Mikhaïl Piotrovski a pour sa part annoncé à la hâte la mise en place de nouvelles mesures de sécurité et a précisé que seules les œuvres d’art parfaitement documentées seraient autorisées à sortir du pays dans le cadre de prêts. Le musée entend accélérer son processus d’informatisation des collections, « afin que chaque objet, pas seulement les plus importants, soit inclus ». Depuis 1999, l’Ermitage n’a répertorié dans son catalogue informatique que 5 % des trois millions de pièces formant sa collection. Mikhaïl Piotrovski a ajouté qu’une des priorités consiste en la hausse des primes internes : actuellement, le salaire national auquel un conservateur pourrait prétendre s’élève à 2 800 euros par an, mais la plupart gagnent près de trois fois moins.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°242 du 8 septembre 2006, avec le titre suivant : Vols à l’Ermitage

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