Vendredi 20 septembre 2019

Musée

La maison de ceux qui se sont illustrés

Un label peu connu : « Maisons des Illustres »

Depuis sa création en 2011, 196 demeures ont reçu le label « Maison des Illustres ». Pour quel bénéfice ? Bilan après deux ans d’expérimentation

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 14 janvier 2014 - 803 mots

Créé en septembre 2011 par le ministre de la Culture de l’époque, Frédéric Mitterrand, le label « Maison des Illustres » distingue des lieux où ont vécu ou travaillé des femmes et des hommes ayant marqué l’histoire politique, sociale et culturelle de la France. À ce jour, 196 demeures ont reçu le label censé donner une visibilité à ces lieux méconnus du grand public.

PARIS - Créé en septembre 2011 par Frédéric Mitterrand, le label « Maison des Illustres » est en bonne place dans La Récréation, ouvrage dans lequel l’ancien ministre de la Culture a raconté jour après jour son emploi du temps Rue de Valois. Dans les derniers mois de son exercice, celui-ci s’est en effet prêté à de nombreuses cérémonies d’apposition de plaques « Maisons des Illustres » à travers la France. Durant cette première campagne, cent onze villas, appartements, châteaux ou ateliers d’artistes, d’écrivains, de politiques ou de scientifiques… ont ainsi été labellisés.

Relevant de tutelles variées (collectivités territoriales, associations, particuliers…), ces maisons ont été des lieux de résidence ou de travail de femmes ou d’hommes qui se sont distingués dans l’histoire politique, sociale et culturelle de la France. Elles ont également pour point commun d’abriter des collections et d’être ouvertes au public au moins quarante jours par an, dans un but toutefois non lucratif. L’auberge Ravoux, dernière demeure de Van Gogh à Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise) et restaurant prisé des touristes, n’est ainsi pas concernée.

En 2012, la nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, et Vincent Berjot, qui succède à Philippe Bélaval à la direction générale des Patrimoines, poursuivent le programme de labellisation qui n’a pas à craindre les coupes budgétaires : à la différence de l’appellation « Musée de France », celui-ci ne prévoit pas l’attribution de subventions pour les établissements labellisés. Sa vocation : signaler au public les maisons conservant la mémoire de ces personnes illustres, apporter une visibilité à des lieux souvent peu connus et peu fréquentés, ainsi qu’une expertise du ministère via les directions régionales des Affaires culturelles (Drac). Plusieurs maisons ont pu observer une augmentation de leur public depuis leur labellisation. Ainsi, le château La Fayette (Haute-Loire) est passé, selon son administrateur, de 12 000 visiteurs à 14 000 de 2011 à 2012, tandis que le musée-atelier Rosa Bonheur à Thomery (Seine-et-Marne) aurait vu sa fréquentation croître de 20 %. Leur présence sur le site Internet du ministère de la Culture, le signalement du label dans la communication des collectivités territoriales et la médiatisation locale lors de l’apposition de la plaque ont pu contribuer à doper la fréquentation de ces établissements.

Aux référents absents
Toutes les maisons non franciliennes interrogées déplorent toutefois une absence totale de suivi de la part des Drac, alors que celles-ci ont souvent sollicité leur candidature lors du lancement du label. Si Jacqueline Eidelman, chef du département de la politique des publics qui supervise le programme à la direction des Patrimoines, affirme qu’un référent « Maison des Illustres » est présent dans chaque Drac, son nom n’est pas indiqué sur le site Internet du ministère de la Culture, à la différence de celui du responsable dans chaque région du label « Jardin remarquable » mis en place en 2004.
60 maisons ont été labellisées en 2012, 25 en 2013. « Il n’est prévu aucune campagne en 2014 », déclare Jacqueline Eidelman, même si « des candidatures de maisons sont examinées à l’automne ». Il s’agit aujourd’hui de « mettre en marche ce label » qui n’a jusqu’ici pas suscité beaucoup d’actions concrètes.

La mise en réseau des Maisons des Illustres, qui fait partie des objectifs, a pour le moment été limitée à l’Île-de-France. Ainsi, le 29 novembre 2013, jour d’apposition de la plaque sur le Musée Curie, à Paris, trente propriétaires et gestionnaires des Maisons des Illustres franciliennes ont été réunis par le ministère : conseils, bilans et perspectives étaient à l’ordre du jour.

Le 3 avril prochain, toutes les maisons de France se donnent rendez-vous en Picardie. Une date choisie pour coïncider avec celle de la réunion des Maisons d’écrivains et des patrimoines littéraires, 42 % des Maisons des Illustres étant également affiliées à cette fédération créée il y a quinze ans, selon son président Jean-Claude Ragot, par ailleurs directeur du domaine de Malagar (Gironde), maison de vacances de François Mauriac.

Pour 2014, les responsables de l’appellation « Maison des Illustres » à la direction des Patrimoines prévoient de développer la communication du label en direction des publics et membres du réseau par le biais de dépliants et d’une application numérique. Les Drac seront invitées à livrer – sans l’octroi de budget supplémentaire – leur expertise aux maisons dans un but de professionnalisation en conservation préventive, médiation culturelle, accessibilité, sécurité, études de publics… Des missions qui concernaient jusque-là en théorie les seuls établissements labellisés « Musées de France ».

Légende photo

Plaque « Maisons des Illustres » sur le mur de la maison natale de Champollion à Figeac - © Photo Thérèse Gaigé - 2013 - Licence CC BY-SA 3.0

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°405 du 17 janvier 2014, avec le titre suivant : Un label peu connu : « Maisons des Illustres »

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