Dimanche 26 septembre 2021

Archéologie

PRÉHISTOIRE

Quelle muséographie pour la Grotte Cosquer ?

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 2021 - 777 mots

MARSEILLE

Se démarquant des répliques de Lascaux ou Chauvet, celle de la grotte Cosquer proposera un parcours davantage axé sur l’environnement de la grotte que sur l’art pariétal.

Projet de réplique de la grotte Cosquer à la Villa Méditerranée. © Kléber Rossillon
Projet de réplique de la grotte Cosquer à la Villa Méditerranée.
© Kléber Rossillon

Marseille. Sur l’esplanade du J4 à Marseille, l’entreprise Kléber Rossillon poursuit à bon rythme la transformation de la villa Méditerranée en une réplique de la grotte Cosquer : l’échéance de juin 2022, pour l’ouverture, devrait être tenue. Comme à Lascaux et Chauvet, les visiteurs pourront y découvrir une reproduction de la grotte découverte en 1985 par le plongeur Henri Cosquer, au cœur des calanques marseillaises. Le parti pris muséographique sera, quant à lui, un peu différent des deux répliques d’art pariétal déjà existantes, et plus adapté au contexte particulier de la grotte Cosquer, dont l’entrée a été submergée par la montée du niveau de la mer, mais aussi à l’architecture de la villa Méditerranée, inaugurée en 2013, tout près du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée.

« On ne peut pas faire abstraction du bâtiment très marqué, faire une boîte noire y est impossible, explique Bastien Cornu, chargé de développement chez Kléber Rossillon. Il faut une muséographie qui réponde au lieu. » Avec son dernier étage en porte-à-faux, qui a inspiré aux détracteurs du bâtiment le surnom d’« agrafeuse », l’œuvre de l’architecte Stefano Boeri offre un espace d’exposition ouvert et lumineux, peu adapté à l’exercice muséographique et à ses nouveaux outils : « Le fait que le bâtiment soit très vitré n’aide pas pour les projections », souligne Bastien Cornu.

Le centre d’interprétation qui accompagne la reproduction de la grotte prendra pourtant place dans ce niveau, en s’adaptant à l’architecture épurée du lieu. L’exposition permanente se fondra dans un espace ouvert et utilisera des moyens spectaculaires pour tirer le meilleur parti du bâtiment. Au bout du porte-à-faux, la paroi vitrée du bâtiment se transformera ainsi en un écran simulant une montée des eaux sur l’esplanade du J4.

Une grotte menacée par la montée des eaux

L’augmentation du niveau de la mer a ici été choisie comme fil rouge de l’exposition, prenant le contre-pied des centres d’interprétation consacrés aux sites préhistoriques. « C’est une proposition complémentaire à Lascaux IV qui est orientée “art pariétal”. Ici, on traitera plutôt du paléo-environnement », fait savoir Bastien Cornu. Le parcours sera divisé en deux temps : un premier sera consacré à l’environnement des peintures de la grotte Cosquer, et s’ouvrira sur une reconstitution d’un abri sous roche où un théâtre optique donnera vie à un paysage peuplé de pingouins, de chevaux et d’aurochs.

La seconde partie aura pour thème la montée des eaux, qui fait la spécificité du site de la grotte Cosquer. Dans ce qui est « un centre de science plus qu’un centre d’interprétation de la Préhistoire », les visiteurs découvriront les phénomènes physiques qui président à l’augmentation du niveau de la mer, ainsi que les outils qui permettent de mesurer ce phénomène et de le modéliser. Le parallèle entre la montée des eaux survenue à la fin de l’ère glaciaire, il y a 10 000 ans, et celle provoquée par le changement climatique actuel sera ici évident.

Côté grotte, l’adaptation au bâtiment a été un véritable casse-tête. Pour les ingénieurs modélisant la réplique, il a fallu faire rentrer la grotte dans un bâtiment moins vaste qu’elle. Le travail préparatoire de dix-huit mois – contre sept prévus au départ –, a nécessité quelques concessions qui, selon les dires de leurs promoteurs, ne nuiront pas au contenu de la réplique. « C’est comme si dans une maison, on avait gardé la salle de bains, le séjour, la cuisine, mais avec des circulations qui ne sont pas les mêmes », illustre Laurent Delbos, qui pilote le chantier pour Kléber Rossillon.

Une médiation spectaculaire

Alors que les premiers panneaux reproduisant les peintures pariétales seront posés sur la structure de la grotte à la fin de l’été, le programme de la visite est lui déjà bien établi. Il s’agira d’une véritable plongée, puisque l’entrée dans la réplique simule le long boyau immergé qui donne aujourd’hui accès à la grotte originale. Dans l’espace restreint de la grotte, difficile de faire rentrer des groupes guidés à la lampe : Kléber Rossillon a alors opté pour une nouvelle formule, un voyage dans une nacelle mécanisée faisant le tour des 220 mètres de la grotte en une quarantaine de minutes. Cette visite scénarisée mettra en lumière les fresques les plus significatives de la grotte. Un choix de médiation là aussi spectaculaire, justifié par les contraintes du lieu, mais aussi par les spécificités de l’art pariétal : « On sait qu’avec l’art préhistorique, les gens ne voient pas les œuvres, explique Laurent Delbos. D’expérience, le premier objectif est de faire en sorte que les fresques soient remarquées par le public. »

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°572 du 3 septembre 2021, avec le titre suivant : Quelle muséographie pour la Grotte Cosquer ?

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