Mardi 17 septembre 2019

Musée

Quel avenir pour la culture à Marseille ?

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 16 janvier 2014 - 1993 mots

MARSEILLE

Après un an de festivités et l’expositions, voilà venu l’heure de dresser le bilan – positif – et de dessiner les enjeux – décisifs – de Marseille-Provence 2013. Même si la pérennisation des effets « MP13 » reste, pour l’heure, suspendue aux résultats des prochaines élections.

Lille, capitale européenne de la culture 2004, est restée un modèle. Marseille-Provence 2013 le deviendra-t-elle à son tour ? À l’heure du bilan, et en pleine campagne municipale, la culture n’aura jamais fait autant parler d’elle à Marseille, et ce depuis bien longtemps. Le désir de rester sur cette longueur d’onde est manifeste, tant au niveau des partenaires culturels que des élus et des communes de la région. La question de l’après MP13 est devenue un enjeu de débats. Car, au-delà des manquements de la programmation, « en particulier en matière de musiques actuelles », comme le reconnaît Jean-François Chougnet, directeur de MP13, et du dépassement de budget de 2,8 millions d’euros en grande partie comblé dès la mi-décembre (étaient restées alors non réglées la quote-part d’Aix-en-Provence de 200 000 euros et celle de 14 000 euros d’Istres), le bilan de MP13 a été positif à plus d’un titre pour la cité phocéenne. Le regard porté sur la ville a changé, porté par la métamorphose du vieux port, du front de mer et la construction du MuCEM, bâtiment désormais emblématique de la ville. Les 8 millions de visiteurs enregistrés pour les expositions et les événements de MP13 ont profité à son secteur touristique. « L’hôtellerie marseillaise a enregistré plus de deux millions de nuitées en 2013, soit une hausse de près de 8 % par rapport à 2012 ; entre 2011 et 2012, elle avait été de 2 % », constate Isabelle Brémond, directrice du Comité départemental du tourisme des Bouches-du-Rhône.

Des infrastructures qui ont changé le territoire
« Beaucoup de choses ne se seraient pas faites si Marseille-Provence n’avait pas été retenue pour capitale européenne de la culture en 2013 », rappelle Jean-François Chougnet. Le MuCEM en tout premier lieu, objet de remises en cause récurrentes pendant quatorze ans. Les rénovations du Musée Cantini, du Palais de Longchamp et du Musée des beaux-arts ou la création du Musée des arts décoratifs du Château Borély, n’auraient par ailleurs jamais été engagées aussi rapidement par la municipalité, ni avec autant d’ambitions, sans MP13 ; voire n’auraient pas été du tout programmées pour certains d’entre eux si l’on se réfère à la métamorphose frappante du Musée d’histoire ou celle du Vieux Port aucunement programmée au début. « Toutes ces infrastructures marquent désormais le territoire d’une manière ou d’une autre et auront un impact sur la vie culturelle de Marseille dans les années à venir », souligne Sébastien Cavalier, délégué à l’action culturelle de la ville de Marseille. « MP13 a été un vecteur de changement au service d’un projet urbain global et un véritable projet fédérateur pour le territoire tant au niveau des collectivités territoriales, des acteurs culturels que du monde associatif ou du secteur privé. » Invariablement on le relève : MP13 a amené les administrations à travailler ensemble, en particulier au niveau des transports en commun du département, et les opérateurs culturels à se coordonner.

« MP13 a généré des échanges, sorti les responsables d’institution de leur structure, corrobore Pascal Neveux, directeur du Frac PACA. Avec le Musée d’art contemporain, le MuCEM, le Cirva (Centre international du verre et des arts plastiques, ndlr), la Friche de la Belle de Mai, nous poursuivons nos échanges. Il est de notre responsabilité de prendre en main la suite et de nous fédérer. Nous savons que nous avons un rôle à jouer dans cette dynamique culturelle qui s’est enclenchée, en particulier en art contemporain. D’autant que les artistes, les commissaires d’expositions, les conservateurs, les directeurs d’institutions qui sont venus à Marseille ont manifesté le désir de revenir, et de travailler avec nous. » Le galeriste Didier Gourvennec Ogor dresse le même constat : « MP13 a fait revenir des institutions parisiennes et internationales à Marseille et a positionné à nouveau la ville dans son rôle de porteur de projets. Il a donné envie à des artistes de s’y installer. » « On oublie que Marseille dispose en matière d’art contemporain d’un terroir bien plus important qu’Aix-en-Provence, Nice ou Montpellier », rappelle à cet égard Jean-François Chougnet.

L’avenir incertain de la Vieille Charité et du MAC
Demeure désormais la question des orientations, des choix en matière de politique culturelle qui seront pris par la future équipe municipale qui sortira des urnes au printemps. Libre en effet à elle de modifier ou non en premier le budget prévisionnel de la culture de l’équipe sortante puisque le vote définitif du budget 2014 n’interviendra qu’après les élections municipales. Son alignement sur celui de 2013 en matière de crédits d’intervention, soit 65 millions d’euros, dont 5,5 millions pour les musées, a été acté par le dernier conseil municipal du 9 décembre dernier, « l’enjeu étant la consolidation de l’effort et la stabilisation de l’édifice », note Sébastien Cavalier. D’ores et déjà acquise cependant, la programmation 2014 des musées de Marseille qui, selon ce dernier, « n’a pas à rougir par rapport à celle de 2013. En termes d’offres de spectacles, de festivals ou de saison, l’offre est similaire. Réduction de la voilure en revanche pour les grands événements dans l’espace public type Transhumance ou “Flammes et Flots”, bien qu’ils aient été fédérateurs et bien accueillis par la population. »

À la prochaine équipe municipale de décider également de l’avenir de la Vieille Charité, lieu emblématique de Marseille éclipsé par MP13, et de celui du Musée d’art contemporain dont l’exposition remarquable, « Le pont », proposée par son directeur Thierry Ollat, a donné au contraire en ce qui le concerne un nouvel éclairage sur les collections et potentiels de ce musée regardé depuis avec plus de considération par les élus. Une étude sur le devenir de la Vieille Charité a été lancée par la municipalité en décembre dernier afin de la repositionner en tant que grand musée de la ville et site inscrit dans la nouvelle dynamique urbaine de ce quartier du Vieux Panier, situé à deux pas du MuCEM, de la Villa Méditerranée et du Musée Regards de Provence, mais aussi du Frac PACA et du Cirva, implantés quant à eux dans le quartier de La Joliette tout aussi proche et en pleine transformation. « Dans cet avenir de la Vieille Charité en tant que grand musée, le Musée d’archéologie et le Musée d’arts africains, océaniens et amérindiens actuellement dans les murs ont évidemment toute leur place », précise Christine Poulain, directrice des musées de Marseille, le déménagement du pôle université et du Centre international de poésie/Marseille devant être une résultante de ce projet. Le déménagement du MAC, d’ores et déjà acquis au regard de la vétusté du bâtiment et de son emplacement excentré par rapport au centre-ville, pourrait-il avoir pour destination les espaces de la Vieille Charité ou ceux de la Friche de la Belle de Mai, ou un autre bâtiment ? La question sera tranchée au cours de cette année à l’instar de celle du devenir de la Friche de la Belle de Mai, pour qui MP13 a été un accélérateur de projets. Son rôle de fabrique culturelle et de lieux d’expérimentation devrait être conforté.

Quant au think tank créé en janvier par Jacques Pfister, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille et président de l’association MP13 dont la dissolution est programmée en mars, il entend réfléchir à la mise en place au niveau du territoire d’un autre événement culturel fédérateur. « Ce projet pourrait prendre modèle sur Voyages à Nantes », confie Jacques Pfister. Excepté Aix-en-Provence qui traîne pour l’instant les pieds, nombre de communes du département sont partantes. « Le monde culturel et économique, porté par la dynamique de MP13 et les transversalités fortes qu’elle a créées, est demandeur d’un événement porteur d’image pour le territoire, confie le président de la CCI. Le temps d’hier est fini. J’ai l’espoir que les villes remettent en cause l’attribution et le niveau de financement de la culture. » Réponse en mai, après les élections municipales.

Ce qu'ils en pensent :

Marie-Jo Garcia, décoratrice de santons chez Arterra dans le quartier de la Vieille Charité
"À Aubagne, où j’habite, les gens ne venaient pas à Marseille. Car ce qu’ils entendaient sur la ville ne les incitait pas à se déplacer. MP13 les a poussés à y venir, à changer leur opinion. J’espère que cet autre regard sur cette ville que j’adore restera."

Marc Cabrolier, propriétaire de l’Île au Trésor, magasin de souvenirs sur le Vieux Port
"MP13 n’a pas fait accroître notre chiffre d’affaires, au contraire, car tout a été concentré sur le MuCEM. Il reste que la culture peut être un vecteur de changement d’image, trop souvent négative pour Marseille."

Zoé Baty, vendeuse de poissons sur le Vieux Port
"Je ne sais pas ce que MP13 a apporté aux Marseillais, si ce n’est des touristes plus nombreux. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas vendu plus de poissons…"

Audrey Jacquot,employée au restaurant Le Petit Pernod sur le Vieux Port
"MP13 a amené plus de touristes, de travail, et a changé notre ville, au moins le Vieux Port, dans sa physionomie et sa fréquentation bien meilleure. J’espère que la ville continuera à faire des efforts culturels, car cela amène un autre type de clientèle."

Maurice Chaumery, chauffeur de taxi depuis 25 ans à Marseille
"MP13 a permis à des gens du monde entier de venir à Marseille, attirés par le MuCEM. Après, on ne sait pas ce qui adviendra pour la ville ; j’espère que ceux qui sont venus inciteront d’autres gens à venir."

Jean-Claude Gaudin \"Ce n’est pas pendant une année d’élection que l’on diminue les subventions !\"

L’Œil Quel a été l’apport de MP13 pour Marseille ?
Jean-Claude Gaudin Marseille a toujours été une capitale culturelle, sans doute méconnue ou mal connue, car ce sont plutôt les faits divers qui retiennent l’attention des médias. Avec MP13, un autre éclairage a été donné sur la ville et l’effet touristique a été démultiplié de manière extraordinaire. Tourisme et culture sont de formidables générateurs d’emplois que je souhaite associer pour l’avenir.

Sans MP13, la rénovation des musées de Marseille aurait-elle eu lieu ? Elle aurait pris un peu plus de temps. Mais elle aurait été menée. Les musées de la ville de Marseille ont la garantie de voir leur budget 2014 reconduit à la même hauteur que celui de 2013.

Les associations craignent en revanche une coupe dans les subventions que la ville leur apporte. Ont-elles raison d’avoir peur ?
Avec la ville pas de danger, ce qui n’est pas le cas avec le conseil régional qui a largement diminué ses aides. Ce n’est pas pendant une année d’élection, Madame, que l’on diminue les subventions !

Que souhaiteriez-vous voir s’implanter au J1 ?
Il y a la possibilité d’y faire une boîte de nuit pour les jeunes, ce qui permettrait de créer un grand lieu de rassemblement sur le port qui, jusqu’à présent, fait défaut. L’idée serait également d’installer à un autre niveau un casino. Nous avions jusqu’alors refusé de voir s’implanter un casino à Marseille, mais puisque les gens vont jouer à Aix-en-Provence, Cassis, Carry-le-Rouet, nous pensons que nous pourrions en tirer des avantages pour la commune. Le conseil municipal du 9 décembre 2013 en a adopté le principe. Mais son installation ne dépend pas de la ville, elle dépend du Port autonome de Marseille.

Comment voyez-vous la place de la culture dans la future métropole ?
La place de la culture doit rester sous l’autorité des mairies. Nous venons de réussir Marseille-Provence capitale européenne de la culture 2013 avec toutes les villes qui sont de sensibilités différentes. Nous le ferons. À Marseille, on a été capables de s’unir à Aix-en-Provence pour créer une université commune. Mais pour l’instant, la culture n’est pas dans les attributions de la loi de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°665 du 1 février 2014, avec le titre suivant : Quel avenir pour la culture à Marseille ?

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