Château

L’étonnant parcours de la commode de Versailles

Par Antonin Gratien · lejournaldesarts.fr

Le 9 juillet 2019 - 467 mots

VERSAILLES

Commandé par la famille royale au XVIIIe, cette commode signée BVRB a longtemps disparu avant de revenir au château.

Commode de la chambre de la Dauphine réalisée par Bernard Van Risen Burgh, récemment acquise par le château de Versailles, juillet 2019. © Photo Christophe Archambault/AFP.
Commode de la chambre de la Dauphine réalisée par Bernard Van Risen Burgh, récemment acquise par le château de Versailles, juillet 2019
© Photo Christophe Archambault / AFP

Après plus de deux siècles d’absence, une précieuse commode du XVIIIe a retrouvé son lieu d’origine, dans les appartements des filles de Louis XIV au château de Versailles. Visible depuis le vendredi 5 juillet, cette pièce à l’histoire étonnante a été rachetée auprès d’un collectionneur américain pour plus de 4 millions d’euros.

C’est l’un des chefs-d’œuvre de Bernard II Van Riesen Burgh, auteur de plusieurs meubles du château de Versailles. En 1744, le fameux ébéniste parisien reçut la commande de ce mobilier rococo en bronze doré d’or moulu et laque du Japon pour décorer la suite de Marie-Thérèse Raphaëlle d’Espagne, épouse du fils de Louis XV.

Livré en 1745, il y est demeuré après le décès de la dauphine l’année suivante. Puis il meubla les appartements du comte et de la comtesse de Provence, dans l’aile du Midi. Début octobre 1789, le roi est contraint de déménager au Palais des Tuileries. Le château de Louis XIV n’en demeure pas moins un symbole de l'absolutisme ; la commode de Marie-Thérèse Raphaëlle d’Espagne fut pillé durant la révolution française puis revendue.

Le meuble réémerge sur le marché de l’art fin XIXe mais la trace de ses propriétaires précédents est perdue. Selon l’AFP, il est vendu pour 1 million de francs en 1973 par la maison d’enchères Tranjan, puis se retrouve en 1981 aux Etats-Unis dans les collections d’un marchand new-yorkais, Martin Zimet.

Celui-ci prend sa retraite 17 ans plus tard et place 60 pièces en vente via Christie’s. Un des experts de la maison, Patrick Leperlier, est chargé de leur étude. Lorsqu’il découvre l’inscription « 1343 » au dos de la commode, le mystère des origines du mobilier est levé. Le numéro, mentionné dans le journal du Garde-Meuble de la Couronne, se réfère au meuble remis le 23 janvier 1745 pour « servir dans la Chambre de Madame la Dauphine à Versailles ».

Cette révélation poussa le vendeur à mettre un prix de réserve de 6 millions de dollars. Une somme bien trop élevée. La commode ne trouva pas de client lors de l’enchère. Un collectionneur dont l’identité n’a pas été révélée en fît l’achat peu après de gré à gré, et la garda pendant 20 ans avant de la céder au château de Versailles pour 4 millions d’euros, à nouveau par l’intermédiaire de Christie’s.

L’opération a été rendue possible grâce au legs d’une résidente monégasque décédée il y a 3 ans, Jeanne Heymann. La donatrice a donné près de 20 millions d’euros au château de Versailles, indique le site d’Europe 1, en stipulant que cet argent devait uniquement servir à l’achat de mobiliers et objets de l’Ancien Régime disparues des salles du château. D’autres acquisitions sont donc à espérer.
 

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