Dimanche 22 septembre 2019

Restauration

Versailles restaure le cabinet du Roi

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 24 mars 2019 - 532 mots

VERSAILLES

Le cabinet d’angle du Roi, lieu intime et historique, ferme pour rénovation. L’occasion de restaurer le bureau du roi Louis XV, joyau d’ébénisterie.

Le cabinet du Roi à Versailles - Didier Saulnier
Le cabinet du Roi à Versailles
© Didier Saulnier

Versailles. C’est sans doute le saint des saints de l’appartement intérieur du Roi à Versailles : le cabinet d’angle, au cœur du château avec vue imprenable sur la cour royale et la cour de marbre, écrin du célèbre bureau du roi, va bénéficier d’une nécessaire cure de jouvence, dès ce mois-ci et pour une durée d’un an.

La salle, accessible jusqu’à présent uniquement à la visite guidée dans le cadre du parcours des appartements privés, est un lieu hautement symbolique du pouvoir royal. D’abord cabinet des collections les plus précieuses de Louis XIV, il devient le lieu du travail intime et solitaire de Louis XV, une fonction poursuivie sous le règne de son petit-fils Louis XVI.

C’est un intérieur composé de lambris somptueux au décor rocaille, conçu par l’architecte Ange Jacques Gabriel et exécuté par l’ébéniste Jacques Verberckt entre 1738 et 1760, illustration de l’excellence française. « Avec un roi de France, l’intimité n’exclut jamais la grandeur », résume joliment Frédéric Didier, architecte en chef des Monuments historiques, chargé de la restauration.

Comme le salon avait nécessité des travaux de restauration en 1954 afin de combattre des infiltrations d’eau et traiter une invasion de mérules, elle n’a pas bénéficié des campagnes de restauration menées au cours des années 1990 dans les appartements privés du roi. « Soixante-cinq ans après, elle a besoin d’une restauration, pour traiter les lambris disjoints, les dorures écaillées, les désordres de parquet »,énumère l’architecte. Au cours des douze prochains mois, parquets et lambris seront déposés pour consolider les structures et dissimuler les réseaux d’éclairage et de sécurité.

Le bureau, « plus bel exemple de l’ébénisterie française du XVIIIe siècle »

Le mobilier va également être restauré ou nettoyé. Le célèbre bureau du roi, secrétaire à cylindre commandé par Louis XV à Jean-François Oeben et signé Jean-Henri Riesener, « plus bel exemple de l’ébénisterie française du XVIIIe siècle » selon Élisabeth Caude, conservatrice générale à Versailles, va être restauré en collaboration avec le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF). Depuis deux ans, des batteries de tests (radiographies, scintigraphies, infrarouges) ont montré que les mécanismes anciens sont en grande partie préservés. « L’impératrice Eugénie a été moins destructrice que ce que l’on pensait », relève Yves Carlier, conservateur chargé du projet de restauration à Versailles. Le bureau a en effet servi à l’Impératrice dans son château de Saint-Cloud avant d’intégrer les collections du Louvre en 1870. Une commode-médailler d’Antoine Robert Gaudreau livrée en 1739 et deux encoignures fournies par Gilles Joubert en 1757 seront également nettoyées. Après la restauration, ce précieux remeublement, fruit de décennies de labeur et d’ingéniosité de la part des conservateurs, retrouvera un éclat digne de sa qualité.

Le château a trouvé un mécène de choix : l’entreprise horlogère Rolex, déjà mécène des horloges de Fontainebleau, s’investit maintenant pour la restauration du cabinet d’angle. « Versailles a un rayonnement mondial, le cabinet est le lieu où s’est forgée l’indépendance », explique Philippe Schaeffer, directeur général de Rolex France. C’est en effet dans cette pièce que Thomas Jefferson est reçu par le roi en 1778. À Versailles, l’intimité n’exclut pas la grandeur.

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°519 du 15 mars 2019, avec le titre suivant : Versailles restaure le cabinet du Roi

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque