Mercredi 11 décembre 2019

Architecture

PATRIMOINE

L’Etat acquiert le chalet de Courchevel en kit 

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 25 avril 2018 - 583 mots

COURCHEVEL

Ses pièces détachées viennent d’être acquises par l’État. Ce rare bâtiment des années 1950 de Courchevel attend son remontage.

Vue du chalet Lang, façade nord-ouest, en mars 2010.
Vue du chalet Lang, façade nord-ouest, en mars 2010.
Photo Eric Dessert/Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel.

Depuis plusieurs années, le sort du chalet Lang, qui compte parmi les premières constructions de la station de ski de Courchevel (Savoie), inquiète les amoureux du patrimoine alpin. Son devenir est toujours très incertain, mais, signe positif, l’État vient d’acquérir ce bâtiment à l’histoire mouvementée.

Bâti par l’architecte urbaniste Denys Pradelle en 1950 pour l’industriel Georges Lang, cet édifice avait retenu l’attention des services des monuments historiques dans les années 1990 ; il témoigne en effet de l’architecture moderniste très fonctionnelle qui s’épanouissait à Courchevel avant que les chalets néotyroliens de luxe ne déferlent sur une station de plus en plus urbanisée. Mais, contrairement aux constructions de la même époque, il n’avait pas été protégé au titre des monuments historiques car son propriétaire ne voulait pas s’embarrasser de contraintes. Si l’administration n’a pas forcé la main de la famille Lang, c’est que le bâtiment n’était alors pas menacé. En 2010, la situation change. Le chalet est vendu à un promoteur immobilier, François-Xavier Susini. Ce dernier a obtenu de la commune un permis de démolir pour édifier à la place de cette demeure de vacances plutôt modeste « un des plus grands chalets à louer des Alpes ».

Alerté, le ministère de la Culture dépose une instance de classement qui conduit à la protection de l’édifice. Un accord est trouvé en 2012 : le promoteur s’engage à faire démonter le chalet Lang à ses frais sous le contrôle scientifique de la Drac (direction régionale des Affaires culturelles) et à assurer le coût de son stockage en attendant qu’il puisse être remonté ailleurs.

En 2013, le chalet est minutieusement démonté. Depuis, ses pièces se trouvent en caisses dans un hangar climatisé près d’Albertville. Mais où remonter l’édifice ? En 2012, la municipalité de Saint-Bon-Tarentaise, renommée depuis « Courchevel », s’était engagée à mettre une parcelle de terrain à disposition près de son altiport. Le lieu est assez excentré et mal orienté mais présente l’avantage d’offrir une pente à la forte inclinaison, nécessaire à l’installation du chalet Lang dit « à pattes » car dressé sur pilotis à flanc de montagne. Le terrain était cependant inconstructible d’après l’ancien plan local d’urbanisme (PLU), que la commune devait modifier. En raison des contentieux qui sont légion dans cette ville où la spéculation immobilière est forte et où le prix du mètre carré atteint des sommets, le nouveau PLU, annulé deux fois, n’est adopté qu’en 2017. Mais le promoteur immobilier n’a pas attendu. Également poursuivi pour n’avoir pas payé les entreprises chargées de la construction de son nouveau chalet, il a cessé de régler le loyer de l’entreposage. Aussi le tribunal d’Albertville décide-t-il de mettre le chalet Lang à la vente pour dédommager le propriétaire du hangar. Le 29 mars 2018, c’est l’État qui, pour 10 000 euros, reprend la propriété des pièces détachées. Il paiera aussi leur stockage. « Une manière de se donner le temps de trouver une solution pérenne pour le chalet », explique Pascal Mignerey, directeur du pôle architecture et patrimoines à la Drac.

Le remontage du chalet, toujours envisagé près de l’altiport, est aujourd’hui incertain car il aurait dû être financé par le promoteur immobilier. Et la nouvelle destination n’est toujours pas arrêtée. Un centre d’interprétation longtemps souhaité par les historiens de l’architecture de montagne, ou un projet économiquement plus rentable qui pourrait s’appuyer sur des groupes de luxe bien implantés à Courchevel ? « Nous allons commencer les négociations », commente sobrement Pascal Mignerey.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°499 du 13 avril 2018, avec le titre suivant : Chalet moderniste en kit

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