Mercredi 20 novembre 2019

Musée

Louvre

Les six premiers mois de Jean-Luc Martinez

Silencieux durant près de six mois, le nouveau président du Louvre n’est pas resté inactif pour autant

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2013 - 988 mots

Six mois après sa nomination à la tête du Musée du Louvre, Jean-Luc Martinez sort de son silence pour expliquer les grandes lignes de son projet. Le nouveau président a remis sur les rails plusieurs chantiers laissés en souffrance par son prédécesseur, et fait de l’accueil des publics et de l’éducation artistique et culturelle ses priorités.

PARIS - On l’avait peu entendu depuis sa nomination le 15 avril 2013, mais à l’approche des six premiers mois de sa présidence du Musée du Louvre, Jean-Luc Martinez se rattrape. De l’AFP au 13 Heures de TF1 de Claire Chazal, en passant par la matinale de France-Culture ou le quotidien La Voix du Nord, il a à cœur d’expliquer sa feuille de route, entre le projet présenté pour sa candidature et les priorités qui lui sont dictées. Au premier rang de celles-ci figure le Louvre-Abou Dhabi, où il y a le feu. Deux jours après sa nomination, il accompagne la ministre dans le Golfe pour rassurer les Émiratis sur l’engagement de la France. Quelques mois plus tard sera acté le changement d’équipe dirigeante de l’Agence France-Muséums, chargée de la gestion du projet (lire le JdA no 396, 6 sept. 2013). Jean-Luc Martinez doit également régler au cours de ce déplacement l’épineux problème du nom d’une haute personnalité émiratie qui devait être donné aux salles d’un pavillon de Flore libéré du C2RMF. Le Centre de recherche et de restauration des musées de France ne partant plus, « je leur ai expliqué la situation, leur indiquant qu’il était possible de travailler sur une solution alternative. Ils ont dit “oui” en avril. Nous leur avons fait des propositions, et nous attendons qu’ils les valident », nous a-t-il déclaré au cours d’un long entretien.

9 millions de déficit
Deuxième urgence, la clôture du budget 2013 et la préparation du suivant. Les dépenses de l’année 2013 ont augmenté plus vite que prévu, notamment en raison de l’ouverture du département des Arts de l’Islam, et les comptes virent au rouge. Le billet d’entrée augmente dans la plus grande discrétion le 1er juillet 2013, passant de 11 à 12 euros. Ce ne sera pas suffisant pour couvrir le déficit, qui devrait atteindre 9 millions d’euros, selon l’annexe au projet de loi de finances pour 2014. Le Louvre est un énorme paquebot dont le coût par jour de fonctionnement (496 000 euros) est presque équivalent à celui du Quai Branly, du Centre Pompidou et d’Orsay réunis. Pour 2014, contrairement aux autres opérateurs publics, le Musée du Louvre bénéficie d’une hausse de 1,2 % de l’aide de l’État qui passe ainsi de 102 millions d’euros à 103,3 millions. S’il est vrai que la « subvention pour charge de service public » baisse de 1,6 % (et non pas de 2,5 % comme cela a été dit), la dotation en fonds propres augmente de 9,3 à 12,1 millions d’euros. En contrepartie, le Louvre perd 20 postes, qui correspondent au non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, et doit accepter un contingent supplémentaire de 52 « contrats d’avenir ».

En contrepartie aussi, Jean-Luc Martinez est prié de montrer sa solidarité avec la priorité de la ministre : l’éducation artistique et culturelle. Il accepte de rédiger un rapport sur l’implication des établissements publics dans l’éducation artistique, initialement confié à Henri Loyrette, et va ouvrir des salles pour l’accueil des scolaires et la formation des enseignants.
Autre dossier, en jachère depuis l’abandon du projet d’un vaste complexe à Cergy-Pontoise, celui des réserves. Le président du Louvre n’a ici pas la main et se contente de faire le service après-vente de l’installation à Lens (Pas-de-Calais). « C’est du gagnant-gagnant, assure-t-il. On ne part pas d’une situation où les réserves, qui sont un lieu où l’on conditionne les œuvres pour les étudier, seraient toutes logées au Louvre dans un état satisfaisant et déménageraient à Lens. Aujourd’hui, il y a plusieurs lieux de stockage et les espaces d’étude au Louvre sont peu confortables. Nous allons gagner du confort en allant à Lens. »
Jean-Luc Martinez peut alors se consacrer à ses propres priorités, à commencer par l’accueil du public. « Il y a des musées que je fuis car je sais que je vais commencer par une heure et demie de queue et une galère pour rentrer. Je sais par des amis et des collègues en région qu’il y a des gens qui ne viennent plus au Louvre à cause de cela », se lamente-t-il. Sa réponse ? le « projet Pyramide », lequel consiste à déplacer certains services comme la billetterie et créer un accueil pour les groupes dans le hall Charles-V (qui figurait déjà dans le projet Louvre 2020 de son prédécesseur présenté en février 2008, comme d’ailleurs la création d’un espace de présentation du musée).

Confort des visiteurs
Enfin, dernier chantier à avoir fait couler beaucoup d’encre, celui de la restructuration des expositions. Jean-Luc Martinez souhaite rassembler toutes les expositions, y compris celles d’art contemporain, sous le hall Napoléon, afin d’assurer une meilleure lisibilité à « l’offre » du Louvre et allouer plus d’espace pour les expositions-dossiers. « 600 mètres carrés dans cet espace, c’est mieux que 240 dans les collections permanentes, non ? », lance-t-il dans un demi-sourire.
Six mois après son arrivée, le nouveau patron du Louvre semble avoir pris ses marques. Moins flamboyant que son prédécesseur, il est tout aussi déterminé, l’enthousiasme en plus. Pur produit de la méritocratie républicaine, qui colle assez bien à l’image que veut donner de lui-même le pouvoir politique actuel, il s’intéresse plus au confort des visiteurs et aux conditions de travail des conservateurs qu’au rayonnement international de l’institution. On peut porter à son crédit la remise sur les rails de plusieurs projets laissés peu ou prou en friche par son prédécesseur. Mais ce changement de cap notable par rapport à celui d’Henri Loyrette prend le risque d’être moins séduisant pour les sponsors au moment où leur contribution est de plus en plus cruciale.

Consulter la fiche biographique de Jean-Luc Martinez

Légende Photo :
Jean-Luc Martinez. © Photo : Didier Plowy/Musée du Louvre

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°399 du 18 octobre 2013, avec le titre suivant : Les six premiers mois de Jean-Luc Martinez

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