Mercredi 26 janvier 2022

Collection - Musée

Les chiffres en trompe-l’œil du récolement 2019

Par Catherine Gimonnet · Le Journal des Arts

Le 19 janvier 2021 - 431 mots

FRANCE

Plusieurs raisons expliquent le faible taux de récolement des objets déposés par les grands opérateurs culturels.

En 2019, le recolement a permis de retrouver la copie de La Belle Jardinière de Raphaël (ici l’original conservé au musée du Louvre) par Alexandre Carloni, déposée par le Cnap à Bessines-sur-Gartempe. © Public domain
En 2019, le récolement a permis de retrouver la copie de La Belle Jardinière de Raphaël (ici l’original conservé au musée du Louvre) par Alexandre Carloni, déposée par le Cnap à Bessines-sur-Gartempe.
© Public domain

France. Pour tenir le rythme décennal ou quinquennal imposé par l’État aux grandes institutions qui mettent en dépôt une partie de leurs collections dans d’autres lieux (préfectures, ambassades, musées…) [voir ci-dessous], il faudrait récoler chaque année – c’est-à-dire constater de visu où sont les œuvres – environ 52 800 biens. C’est ce que rappelle la commission de récolement des dépôts d’œuvres d’art (CRDOA) qui vient de rendre son rapport annuel.

Or, pour 2019, le nombre total d’œuvres récolées s’élève à 6 778. Un résultat qui laisse d’autant plus perplexe que, parmi ces récolements, certains ont été effectués avant 2019. Les rapports qui sont transmis à la CRDOA peuvent en effet parfois porter sur des campagnes ayant eu lieu des années auparavant. Plusieurs éléments doivent néanmoins relativiser ces chiffres.

Un travail au long cours

Il faut d’abord considérer le nombre d’objets devant être récolés, lequel peut être très important dans le cas de certains dépôts, et qui va donc mobiliser longuement les équipes scientifiques chargées du récolement. Ensuite la préparation documentaire en amont qui, dans certains cas, exige un long travail préalable. Ainsi du Centre des monuments nationaux (CMN), qui a procédé cette année à l’identification de biens archéologiques en vue de leur récolement futur, et qui a par ailleurs déjà récolé 58 % de ses dépôts les années précédentes. Le Centre national des arts plastiques (Cnap), dont une partie des collections remonte à la toute fin du XVIIIe siècle doit, de son côté, parfois accomplir un travail d’inventaire préalable extrêmement chronophage.

Tableau : État du récolement en 2019 des établissemnts publics (musées, préfectures, amabassades, etc.) © Le Journal des Arts
État du récolement en 2019 des établissements publics (musées, préfectures, amabassades, etc.)
© Le Journal des Arts

Il y a également des spécificités, comme dans le cas de la Manufacture de Sèvres, qui, outre le volume énorme de ses dépôts (262 319 assiettes, tasses et autres petits objets) et une équipe réduite, doit gérer le marquage des objets lors du récolement. Si le taux de récolement de la Manufacture de Sèvres est très faible en 2019, il doit être relativisé au regard des chiffres de l’année précédente, où 76 706 dépôts avaient été récolés, en majorité au palais de l’Élysée.

L’avancement global du récolement doit donc avant tout s’apprécier sur la durée, le rythme annuel n’étant qu’incitatif. Ce que ne manquera pas de faire Le Journal des arts, ne serait-ce que pour rendre compte d’un programme que la France est sans doute l’un des seuls pays au monde à réaliser avec autant de minutie. Les 2 477 plaintes recensées depuis 1996 pour signaler la disparition criminelle d’un dépôt montrent que le récolement a toute sa raison d’être et qu’il est l’un des garants de l’intangibilité des collections publiques.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°558 du 8 janvier 2021, avec le titre suivant : Les chiffres en trompe-l’œil du récolement 2019

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